RETOURS D’ECRANS

Retrouvez les paroles et émotions de spectatrices et de spectateurs, chroniques et billets sur des films qui les ont fait vibrer, s’interroger, voyager… Des films qu’ils/elles ont envie de partager !

Les Silencieux de Basile Vuillemin [par Franck Vialle]

SOURDRE PLUS FORT QUE LE CHANT DU LOUP

Le film de Basile Vuillemin Les Silencieux continue joyeusement sa route des festivals en France et ailleurs… avec une première « pêche » de prix, et ce avec une joie non dissimulée, que partagent toutes celles et ceux qui de près ou de loin ont participé à cette aventure. Ces jours-ci, le film part pour Clermont-Ferrand, Mons, Rennes. Pour nous, c’est une occasion toute trouvée de nous plonger dans le film, et d’imaginer faire retentir un peu plus son écho…

Le film fut notamment en sélection des Festivals internationaux de Vancouver (Canada), de Cambridge (UK), de Saint Louis (USA), Oaxaca (Mexique), Tournai (Belgique), Bamberg (Allemagne) et couronné du Prix Marion Hänsel, du Prix Be TV et de la Mention spéciale du jury au Festival International de Namur, du Prix de la production au Festival de Villeurbanne, du Prix du « Cher public 2023 » au festival Paris Court Devant, Prix du meilleur court-métrage Belge au Tournai Ramdam Festival… Cette dernière mention mérite qu’on s’y attarde un peu, dans la mesure où Blue Hour films (Rennes) est particulièrement attachés à la coopération internationale en production… Ce n’est pas la première fois que Thomas Guentch entre en coproduction pour un court-métrage, pour celui-ci, c’est en Belgique qu’il a trouvé son partenaire, pour d’autres, c’est l’Italie, la Roumanie… Juste avant le rendez-vous rennais de Travelling, et avant le Love International Festival de Mons, c’est à Clermont-Ferrand que le film est présenté (et on y croit fort !).

J’ai eu l’occasion de visionner pour la première fois Les Silencieux au sortir de sa fabrication… Nous avons eu le plaisir et l’honneur, avec Films en Bretagne, d’être les premiers à voir et présenter le film lors de la soirée que nous avions dédiée toute entière au court-métrage, le 5 octobre, à Saint Quay Portrieux. Nous avons également été les premiers à voir les spectateurs et spectatrices conquis… et une équipe heureuse…

Mais trêve de détours, parlons de ce film impressionnant. On connaissait déjà le goût des équipes de Blue Hour pour les tournages en mer, mais là… on y est, on est pris dans le « confinement » d’un bateau de pêche, sa chorégraphie aussi, parce qu’en mer, pas question de déconner, de laisser quel que mouvement que ce soit au hasard. Pas de flottement pour ainsi dire, il y a cette puissance à laquelle on se plie, à laquelle on obéit.

La désobéissance est ailleurs.
Ici, après l’insupportable succession de pêches maigres, les marins s’aventurent dans des eaux qu’ils n’ont pas le droit légalement « d’exploiter ». Il leur faut remplir la cale, à tout prix. Quitte à braconner. Dans cette campagne calamiteuse, c’est une question de survie.

MAIS… (non, je ne spolierai pas le film !) Tout ce se joue quant à être au mauvais endroit, au mauvais moment… et d’avoir à porter un secret qui grossit, grossit beaucoup, jusqu’à encombrer, envahir. Alors, on peut lire le film comme une sorte de conte, et se souvenir d’Amédée ou comment s’en débarrasser d’Ionesco, pour peu qu’on souhaite « lettrer » son propos. MAIS. Encore MAIS : la subtilité du film de Basile Vuillemin et de sa mise en scène, tient à la force du réel : ces espaces de fer, de rouille, de peinture délavée / ces hommes de sueur, de fatigue, de peau abimée par le vent et le sel / ces pesanteurs, glacées, puantes, maladives, qui ont su imprimer nos inconscients et nos imaginaires, sans même qu’on ait eu à faire nous-mêmes une campagne de pêche et à subir le balancement traînant du chalut. Au rang de la subtilité toujours, il y a la suspension du bateau sur les flots et la suspension du secret. Personnellement, j’ai pensé au « Chant du loup »… pour cette suspension insoutenable, et le « bruit » du silence qui s’installe avec le cinéma et une économie de plans, de sons, d’images, qui nous rappelle que ce talent d’installer des ambiances et des rapports de forces nous tiendra toujours.

Bon vent à ce film !

Les Silencieux de Baptiste Vuillemin – fiction – 20 minutes – Production : Blue Hour Films / Coproduction Magellan Films (Belgique) et Imagina Studio (Suisse)

Jorick est l’un des quatre membres d’équipage du Perman-Elk, petit chalutier français. Après 4 jours d’une campagne de pêche infructueuse, il se retrouve face à un dilemme cornélien : rentrer les cales vides ou décider, contre l’avis d’une partie de l’équipage, de partir braconner en zone interdite… 

avec Arieh Worthalter, Thierry Barbet, Arnaud Duléry, Hugo Simon, François Gillerot • Directeur de la photographie  : Olivier Boonjing • Chef opérateur son : Théo Viroton • Décors : Pierre Guerin • Costumes : Clémence Dirmeikis • Direction de production : Benjamin Lanlard (ADP) / Alice Leclerq • Casting : Sonia Larue • Montage : Christophe Evrard • Montage son : Roland Voglaire • Mixage : Fred Demolder / Corinne Gigon • Musique originale : Michael Chapon

 


Saint Jean Baptiste de Jean-Baptiste Alazard [par Killian Bouthemy]

Dans le cadre de notre partenariat avec le nouveau master « Ecritures du réel » proposé par l’Université Rennes 2, nous avons proposé à un étudiant de porter un regard sur un film de la programmation. Killian Bouthemy a choisi de nous parler de Saint Jean Baptiste, court métrage expérimental de Jean-Baptiste Alazard produit par Stank.
[Film programmé dans la case « Les courts à l’Ouest » du festival Travelling 2023]

DRUNK

Dès le titre de son film, le cinéaste Jean Baptiste Alazard se proclame prophète. Avec des fragments d’épiphanie, il revient sur sa Trilogie La Tierce des Paumés en montant des rushs ignorés de ces tournages. Une prise de recul à la première personne qui se rapproche du journal filmé. Tous les souvenirs de dix années d’une vie dansent autour d’un feu de camp, seule lumière dans cette montagne isolée. Tant de visages, accompagnés de gestes simples, qui éblouissent la pellicule, ont pu allumer cette flamme. Jean Baptiste Alazard, monte les escaliers du phare de sa vie, il y prend du recul et cherche à donner une lumière nostalgique et pleine d’espoir sur ses souvenirs. Le court-métrage est une exploration poétique et symbolique de la foi, de la fête et de l’éternité. En pèlerinage, le cinéaste gravit les montagnes à travers la France à la recherche d’un miracle, pour concilier ses croyances spirituelles avec ses désirs artistiques.

Une voix off, aux accents prophétiques, venant d’outre tombe déterre les fous et les folles qui accompagnent la vie du réalisateur, la messe peut commencer. Chacun·e est le messie, le·la prophète qui guide le film. Tous·tes sont en quête de trouver Jean Baptiste. Dans l’alcool, la fête, les manifestations, les luttes et ses lumières. Alors l’alcool coule à flot, le sang que l’on partage, dans les joies et les regards éternels.

Le partage de souvenirs et d’archives personnels est un exercice intime que le cinéaste rend universel en nous partageant ces multiples références cinématographiques, lyriques et humaines. Le film-monde prend forme lorsque les portes de Saruna Bartas, de Joseph Delteil ou de Novalis s’ouvrent à nous. Les références affirment une communauté des formes et des souvenirs créant une humanité qui traverse les âges. Jean Baptiste Alazard tente, dans ce montage éclectique, de créer son paradis. Mais dans un aveu d’échec, il nous annonce qu’il n’est pas le Christ. Les nuages se ferment, le soleil disparaît, les verres se remplissent et il lui reste cette caméra pour immortaliser ces visages. Il ne sera pas le Christ mais bien le scrib de ce peuple déserteur et minoritaire vivant en marge de la France Rurale

Saint Jean-Baptiste de Jean-Baptiste Alazard – Expérimental – 20 minutes – Production : Stank

« Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui gronde ? Vous voulez changer le monde ? Montrez-le. »
Jean-Baptiste, évangile de Matthieu.

Tel un journal intime nostalgique, le film retrace dix années de la vie du cinéaste et de ses ami·es, à travers les fêtes et les luttes, en essayant de saisir chaque moment et de se souvenir de ceux passés ensemble. C’est une ode à la vie païenne, aux communautés et à ces gestes qui nous ont permis de vivre ensemble depuis dix mille ans.



A suivre ici prochainement : Nuits blanches et Les Algues Maléfiques

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