« ÉTÉ 96 » : c'était 96, les vacances avec Tati…


César du Meilleur Court-métrage cette année, Été 96 est un objet curieux et très simplement beau… De ce qu’on pourrait qualifier de « fait divers » familial (!) une belle fin d’après-midi d’été, Mathilde Bédouet tire le fil faussement naïf de l’enfance : comme une carte postale au charme suranné, mais si singulièrement naturaliste derrière la couleur, comme des vacances avec Tati pendant lesquelles Paul grandit et se sait soudain loin de ses parents.

Les vacances, les habitudes, la trivialité de la vie, les bévues du quotidien… tout est à sa place dans ce film, en 1996 comme pour toujours, comme des souvenirs fugaces mais bien indélébiles.

Comme c’est un film d’été, je n’ai pas oublié mon chapeau… Alors chapeau !
Comme c’est un film d’été, c’est avec masque, tuba, marinière et tout l’attirail que je me lance en plongeant dans quelques plans…

… Hey, pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu, Été 96 est projeté en compétition des Rencontres du Cinéma Européen de Vannes, le dimanche 24 mars !


Retour d'écran

Souvenirs, souvenirs… un peu en vrac mais bien précis !

Alors… Pour poser d’emblée la chose, Été 96 est un drôle de film… Parce que dans son apparente simplicité, dans son dispositif évident d’évocation, et autant que dans les différentes couches de son processus de fabrication, c’est quelque chose de complexe qui se joue, comme quelque chose qui aurait plus à voir avec le pouvoir d’une chanson pop, que celui d’un film à proprement parler.

En effet, dès les premières images, nous sommes en terrain connu. Les gestes, les sons, les paysages nous sont familiers et il y a ce je ne sais quoi qui nous chatouille, ou plutôt nous cherche…

« Message personnel »

Bien qu’elle ne soit pas là, et bien qu’elle soit sortie en 45 tours quelques 10 années plus tôt, je ne sais pas pourquoi j’ai immédiatement pensé à la chanson de Voulzy « Belle-Ile en Mer… Marie-Galante » avec sa petite rengaine qui a traversé la fin de mon enfance, une grande partie de mon adolescence et qui résonne encore souvent dans le petit appartement strasbourgeois de ma mère… A la nostalgie de moments heureux, se mêlent des souvenirs moins drôles, des sensations, des souvenirs triviaux de coups de soleil, de crèmes solaires appliquées de force, de piqures de vives, de baignades proscrites juste après de repas, de disputes familiales, d’étés passent trop vite, etc. Pour ma part, ses souvenirs ont pour décor Belle-Ile, Séné, Erdeven… Et c’est bien là la magie de ce film qui, à l’image d’un « message personnel » de Françoise Hardy, peut devenir une musique pour toujours, tantôt rassurante, tantôt doucement mélancolique, en tout cas quelque chose de NOUS.

Le « naturalisme » que travaille le film, dans le son, dans les gestes, dans la précision des silhouettes et des formes qui habitent le coloriage, renforce encore les sensations et les sentiments que l’on traverse. Parce que de « sentiment » il est définitivement question !

Ce sentiment… de solitude, et d’isolement…

De la chronique familiale, d’un souvenir pour ainsi dire assez banal de vacances en Bretagne, Mathilde Bédouet décide d’extraire les petits détails qui rappellent, qu’un jour, sans doute un jour très précis, on est devenu grand. Ce sont tous ces détails de décors, de situations, d’enchainements de circonstances… qu’avant, on n’interprète pas, qu’avant, on « lit » pas. Et soudain, l’ile sur laquelle on se trouve tout à coup à marée haute, l’arrière d’une voiture, le convoi familiale morcelé, les gens qui dorment entre eux, la nuit qui tombe… sont autant de signes, d’annonces, de traces.

Quelque chose change. On est tout à coup seul et quelqu’un au milieu du monde.
C’est subrepticement, touche par touche, sur un mode presque impressionniste (si on parle de touche d’impressions…) que le film se focalise sur Paul et son apprentissage de lui-même – une forme de naissance, qui passera par l’eau et la nuit.

Poésie du premier degré #1 : le silence de la mer

Pour revenir sur l’apparente simplicité du film, elle tient beaucoup à une réunion d’éléments connus, au premier degré, dans lesquels le point de vue se place, se déplace, se replace. Il y a la mer, comme un spectacle permanent du haut de la falaise, le silence étouffé de la nage coulée, cette eau aussi sur laquelle, lorsqu’elle est calme, « être sur le même bateau » est réconfortant… on peut prendre la barre, même enfant, comme un grand.

Les recoins silencieux alentours, comme une expérience du monde…

 

Poésie du premier degré #2 : traverser la nuit

Et puis il y a la nuit… qui vient ponctuer cette petite tragédie en trois actes… Nuit qui isole, nuit mystérieuse, nuit où les choses se voient différemment, nuit de l’eau dans laquelle il est possible de « traverser le miroir ».

Il y également quelque chose de troublant dans le contraste saisissant entre le « jour blanc » qui prend forme à l’écran dans le plus simple appareil des formes et des couleurs, et la nuit où les ombres viennent donner des nuances au formes et aux couleurs… Une fois encore la duplicité de la manière dont le film peut nous traverser : des instantanés précis ramenés à l’essentiel (le jour, trois couleurs, des fonds blancs), un souvenir très précis qui se déploient en de menus et multiples détails tout en nuances (entre chien et loup).

Un souvenir précis dans lequel Paul est littéralement « plongé » et dans lequel il s’est mouillé…

 

A scene at the sea

Paul s’est littéralement « mouillé » disais-je… il ressort du songe d’une d’été trempé, pas forcément glorieux… et la vie continuera… Mais la vie est partout dans Été 96 avec une irruption quasi-constante du réel, de manière quasi documentaire : le flou d’une mise au point de la caméra vidéo qui tourne le film des vacances, la pluie qui tombe forcément le soir venu et tout le monde abrité sous les parasols, se retour trempé tout habillé de la mer, une grimace dans le film… Il y a bien sûr la mise en abîme occasionnelle dans le film – le film tourné à hauteur d’enfant, le film d’un souvenir, tout ça… ! -, il y a surtout une image de l’enfance et des vacances où une « madeleine de Proust » se voit soudain trempée dans le « lait de la tendresse humaine », avant d’être lentement savourée dans la mélancolie.

Elle a un goût subtil…

 

Franck Vialle, directeur de Films en Bretagne 


Le Films

L’éternel pique-nique du 15 août sur l’île Callot. Mais cette année, Paul, sa famille, leurs amis, se retrouvent piégés par la marée. Paul, bouleversé, coincé entre le monde des adultes et celui des enfants, prend conscience de son individualité.

avec Kauri Moyse, Clémence Cueff,  Gabrielle Pichon, Klet Beyer, Vincent Furic
image : Nedjma Berder • son : Pierre-Albert Vivet • montage : Catherine Aladenise / Albane Du Plessix • mixage : Frédéric Hamelin • musique : Jonathan Leurquin et Thomas Rossi

Une production L’Heure d’Éte / Tita B avec les soutiens de la Fondation Lagardère, de Beaumarchais, du CNC, de la Région Bretagne deschaînes lde Bretagne (TVR, Tébéo, Tébésud) et de France Télévisions