Une nouvelle présidente pour Films en Bretagne

Succédant à Philippe Baron, Adeline Le Dantec, productrice à Brest, va guider l’association à l’orée sa deuxième décennie !

Ses priorités : l’ouverture à de nouveaux membres, la participation à l’élaboration des nouvelles conventions CNC-Etat-Région, une analyse sur les aides territoriales, le développement de la formation professionnelle, le soutien à la diffusion. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur Adeline, ci-dessous un portrait d’elle publié sur ce site en 2009.

Voir Brest… et produire

La société Paris-Brest souffle dix bougies et accueille une nouvelle productrice. Après deux années de direction de production aux côtés d’Olivier Bourbeillon, Adeline Le Dantec développe son premier film en solo.

Portrait.

Dans la crêperie où nous déjeunons, son téléphone sonne alors qu’elle vient d’être servie. Elle hésite à répondre et me dit avoir du mal « à faire deux choses en même temps ». Son élocution posée pourrait laisser germer l’idée que la jeune femme préfère un tempo lent au rythme souvent enlevé de la production. Le parcours professionnel qu’elle retrace entre deux plats, révèle pourtant un tempérament qui ne privilégie pas vraiment les temps de pause. Etudes à Science Po Rennes suivi d’un stage à Londres où, pour payer son séjour, elle doit travailler dans un théâtre. Premier contact avec le monde artistique et premières sensations positives qui la conduisent à postuler pour un stage à l’Institut Français de Bilbao en 1997. Elle n’y croule pas sous le travail et cette disponibilité va être une chance. « L’Institut travaillait avec Franck Carcade sur le développement d’un centre d’art contemporain. Franck a senti que j’étais disponible et m’a sollicité pour travailler à ses côtés à l’organisation de la soirée d’ouverture du centre » se rappelle-t-elle, « et lors de cette soirée, j’ai fait la connaissance de Rainer Oldendorf…». Le vidéaste autrichien a un projet de film qu’il souhaite réaliser à Bilbao mais il ne parle pas espagnol. Trilingue, Adeline sera l’assistante idéale pendant deux mois. Et en cet été 1998, le tournage de Der Bilbao Song est une révélation. « Pour la première fois, j’ai pris conscience que le plateau de cinéma était fait pour moi ! » confie-t-elle. Elle choisit de rentrer en France pour en finir avec les sciences politiques. Un rab d’études avec un DESS en médiation culturelle dans le sud de la France et la rennaise prend le chemin du Finistère où elle débute un nouveau stage au festival du film court de Brest. La greffe prend immédiatement et sa mission, ouverte sur l’international, lui convient parfaitement. Pourtant, une soirée festive va à nouveau faire souffler le vent du large aux oreilles d’Adeline : « Le soir de la clôture du festival, Marie-Josée Carta, qui dirigeait la Coordination européenne des festivals de cinéma, m’a proposé trois nouveaux mois de stage à Bruxelles. J’ai quitté Brest dans la foulée et cette décision m’a permis de signer un CDD d’un an avec cette structure ». Elle découvre la grande diversité des festivals en Europe, mais l’atterrissage à Bruxelles se révèle difficile. La mer lui manque, la vie bruxelloise lui semble hermétique. La suite de ses tribulations ne tardera pas à passer à nouveau par la case brestoise…

De Bruxelles à Paris-Brest

Le Festival du film court de Brest siège au sein de la Coordination européenne des festivals et c’est lors d’une réunion de travail que Gilbert Le Traon annonce à Adeline qu’il quitte son poste de délégué général de la manifestation. Un poste se libère et ce départ est l’opportunité qui permet le retour, face à la mer, de la bretonne en manque d’iode. Cette fois, elle semble vouloir durablement jeter l’ancre dans le port de l’Atlantique où elle travaillera six ans comme responsable des partenariats au sein de Côte-Ouest, l’association qui organise le festival. « Je me plaisais à Brest. Mon rôle ne se limitait pas à la mission définie par mon poste et nous participions au comité de sélection des films. Ce rapport à l’artistique m’a permit de découvrir vraiment le court métrage européen » précise-t-elle en ne cachant pas, qu’avant cette expérience, la cinéphilie n’était pas sa principale qualité. Malgré cette évolution, la satisfaction n’est pas totalement au rendez-vous. Un festival, aussi riche soit-il, n’est pas un plateau de cinéma et la fibre qui a vibré quelques années plus tôt à Bilbao ne demande qu’à être à nouveau pincée. Et c’est Olivier Bourbeillon qui va s’y appliquer. Nous sommes fin 2006 et la société Paris-Brest est en quête d’une personne qui pourrait se charger de la distribution du long métrage Microclimat. Adeline est intéressée par le poste, mais cette fois le choix est difficile. La séparation d’avec Côte Ouest sera douloureuse reconnaît, sans vouloir s’y attarder, celle pour qui tout s’est, jusqu’alors, naturellement enchaîné.

La distribution de Microclimat est rondement menée et forte des 15 000 entrées réalisées par le film, la nouvelle recrue de Paris-Brest s’attache maintenant à défricher la production du court métrage. « Je pensais qu’il fallait pouvoir investir des fonds propres pour produire et je découvre qu’en France on peut concrètement trouver des financements pour soutenir des projets d’auteurs ! » et elle va avoir l’occasion de gérer les sommes ainsi collectées par Paris-Brest en assumant la direction de production de plusieurs fictions courtes. S’enchaînent Mangoustan de Pauline Dévi, Le Serrurier puis Reproduction de Sylvia Guillet, la collection Corps. Mais c’est surtout lorsqu’elle évoque le tournage de La Femme serpent de Marie Hélia que son plaisir est palpable. Ce plateau de cinéma auquel elle aspirait lui révèle la force d’une équipe soudée derrière une réalisatrice, même quand surviennent les coups les plus durs…

Aujourd’hui, elle semble dans son élément au sein de Paris-Brest où Olivier Bourbeillon, qui l’encourage à produire, assume un « rôle de passeur qu’elle ne trouvait pas au festival ». Elle dit s’y retrouver dans des thèmes comme la famille ou le monde du travail qui traversent la filmographie de la société. Depuis quelques semaines, elle cherche des financements pour le premier film qu’elle signera comme productrice déléguée : un court métrage documentaire de Mirabelle Fréville intitulé La Source. « J’ai besoin de temps pour apprendre à accompagner sereinement un auteur, mais je sais que l’économie du court métrage nous pousse à produire en permanence et rend cette quête de temps complexe ». Son téléphone l’interrompt : le tournage de Ô Jeunesse de Sylvia Guillet qui vient de débuter à Rennes l’appelle. Elle ne finit pas sa crêpe et file rejoindre le plateau…

Jean-François Le Corre

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