Les jeunes lions de la production

Le paysage audiovisuel breton s’enrichit d’une nouvelle société de production : Les 48° Rugissants. Créée par Adeline Le Dantec, Mael Cabaret et Anthony Quéré, respectivement productrice et réalisateurs, elle vogue déjà entre Brest et Rennes.

Ils en avaient parlé, il y a plus d’un an. Chacun d’entre eux avait des envies de production, plutôt nouvelles pour Anthony Quéré et Mael Cabaret, dans une démarche de consolidation d’une pratique professionnelle pour Adeline Le Dantec. Ils réfléchissaient à la façon de concrétiser ce projet. Ils ont finalement décidé d’unir leurs forces en se lançant ensemble dans l’aventure. Cette structure, ils la voient comme un espace où ils se complèteront et s’épauleront. La complémentarité est une donnée forte de leur association. « À nous trois, nous rassemblons des compétences et des réseaux différents. Chacun, à sa place, peut contribuer à quelque chose », précise Adeline Le Dantec. « Nos expériences passées de présidente de Films en Bretagne pour Adeline Le Dantec ou président de l’Arbre (1) pour moi vont dans ce sens », souligne Mael Cabaret.

Tous partagent le désir de voir naître les films, d’accompagner des réalisateurs. Pour Adeline Le Dantec, « il s’agit là d’un outil qui me permet d’être indépendante ». Pour Anthony Quéré, « c’est passer de la réalisation à la production, creuser des sillons autour de projets peu communs ». Pour cela, il compte bien comprendre les rouages du fonctionnement d’une société de production. Mael Cabaret envisage, quant à lui, ce nouveau métier comme une continuité de son parcours, notamment de sa formation de production à Lussas, et comme le prolongement de ce qu’il défend comme réalisateur. Il partagera son temps entre les deux activités. Et il ajoute : « Les cas de figure sont différents pour nous trois, mais le projet est commun ».

Partage des rôles

En termes de choix de films, « la société n’est pas là pour produire les projets personnels des uns ou des autres ». Apportés par l’un d’entre eux ou venant de l’extérieur, fictions et documentaires rythmeront leur calendrier de production. Il est établi que chacun peut porter, seul, la production d’un projet. « On tient à cette latitude, même si les autres restent à l’écoute. » Pas de préposé non plus aux projets fiction ou documentaire au sein de la structure. Chacun accompagne le projet qui l’intéresse et qu’il a envie de mener à bien.

« Nous commencerons par ce qui nous est le plus familier, à savoir le documentaire et la fiction courte. La ligne éditoriale se définira au fil des premières expériences de production. Nous allons creuser ces savoir-faire », précise Adeline Le Dantec. « Nous avons envie de défendre des projets atypiques, de faire bouger les lignes », complète Anthony Quéré. À travers les premiers développements, notamment celui d’un documentaire tourné en Russie, Adeline Le Dantec découvre ce genre « qui demande un autre type d’accompagnement ».

Développer des projets de fiction ou de documentaire relève aussi d’un choix stratégique, d’une vision à moyen et long terme. « Il reste extrêmement difficile de ne vivre que du court métrage en tant que producteur », rappelle Adeline le Dantec. « Il est important d’ouvrir le champ. Mais il faut veiller également à ne pas se perdre. La fiction et le documentaire ont leurs réseaux propres, qui ne se mélangent pas. Il faut faire attention à mettre l’énergie au bon endroit pour développer ces travaux sur le long terme. Pour une jeune société, le réseau est primordial et tout reste à faire. Il faut être présent sur le terrain. Et aller vite à l’international. C’est pour cela qu’avec un autre projet documentaire en développement dans la société, j’ai saisi l’opportunité de la formation Eurodoc – produire en régions pour bénéficier d’une expertise solide et acquérir de nouveaux outils en production documentaire. » Découvrir d’autres méthodes, c’est aussi une source de motivation.

Se faire sa place dans le PAB

L’arrivée d’une nouvelle société de production dans la région, c’est un nouvel élan, de nouvelles possibilités. Mael Cabaret rappelle que « les sociétés existantes sont déjà très sollicitées et qu’il y a beaucoup d’auteurs. Il existe donc un vrai besoin ». Ils sentent un bon accueil de la part des sociétés déjà installées, qui poussent à l’émergence d’une nouvelle génération, avec une volonté de transmission.

Adeline Le Dantec a plaisir à voir « que la création de la société a suscité des envies chez des réalisateurs côtoyés ces dernières années dans le réseau ». Cela a du sens pour eux, en tant que jeunes producteurs, d’accompagner des jeunes auteurs. Anthony Quéré, lui, est plus éloigné de ce maillage régional et national malgré son parcours de réalisateur. « La production, c’est aussi l’occasion de franchir le pas et de créer des contacts avec le tissu audiovisuel breton », confie-t-il. « La plupart des jeunes sociétés ne se positionnement pas directement sur la création, elles sont plutôt multi-casquettes, mêlant institutionnel et audiovisuel. Notre profil est finalement peu commun », poursuit Adeline Le Dantec.
La création d’une structure, aujourd’hui, n’est pas simple et tous ont conscience de cette difficulté. « Les premières années d’exercice sont souvent difficiles », rappelle Mael Cabaret. « C’est un secteur délicat. Quand on crée une société, tout n’est pas forcément formidable. Il s’agit d’engagement, de passion. C’est important dans nos métiers ». Adeline Le Dantec a fortement en tête cette réalité de gestion et d’administration, l’anticipation que cela implique. « Il y a là un véritable enjeu. Cette partie du travail nous prendra du temps. Nous allons devoir assurer la pérennité de la structure », affirme-t-elle.

D’est en Ouest

Pourquoi avoir choisi ce nom percutant ? « Brest et Rennes sont sur le 48ème parallèle, dans l’hémisphère nord. Les 40ème rugissants se situent dans la zone difficile de baston, où est situé le Cap Horn, souvent traversé par les vents d’Ouest. Les 48° Rugissants sont une référence qui nous plaisait, pour son ancrage maritime dans lequel nous nous retrouvons », explique Adeline Le Dantec. « Sans vouloir être trop « Breiz », nous avons envie de nous inscrire dans un territoire et de rayonner, de parler du monde entier », renchérit Anthony Quéré.
Leur spécificité est d’être à cheval entre Rennes et Brest, avec des attaches réelles dans les deux villes, ce qui « nous semble être assez atypique en Bretagne, et nous donne le sentiment de couvrir un peu l’ensemble de la région ». Atout ou contrainte ? « Les deux » répondent-ils. En tout cas, cela a compté dans leur réflexion et la construction de ce projet. « Nous sommes attachés à notre région et nous avons envie que cela transpire. Pour nous, c’est un atout d’être à la fois au bout du monde et ouvert sur lui. Et puis, nous avons choisi ce nom un soir de forte tempête fin janvier, c’est un signe… », conclut Adeline Le Dantec.

Véronique Langlois

(1) ARBRE : Association des Auteurs et Réalisateurs en Bretagne

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