« A la gauche du père » coup de coeur du Mois du documentaire

Découvert en avant-première il y a dix jours par les participants de Doc’Ouest, le film de Nathalie Marcault a fait forte impression.
Un titre qui fait écho au “notre père qui êtes aux cieux”, aux prières de l’enfant à la recherche d’une image de père “beau et fort”. Pendant les cinq ans d’écriture du film, le titre n’a pas changé. Le dossier du film remporte un Trophée du Premier scénario du CNC et une bourse Brouillon d’un rêve de la Scam ce qui encourage Nathalie à s’accrocher.

Diffusé pour la première fois à Pléneuf Val-André, À la gauche du père tient ses promesses. Le pouvoir du cinéma s’affiche à l’écran dès les premières minutes quand les protagonistes du film – la mère, le frère et la réalisatrice, scrutent derrière la fenêtre de la cuisine le retour imaginaire du père. Ce père absent, perdu dans son alcoolisme, qui rentrait en titubant, claquait les portes et noyait sa famille dans un silence honteux. Un alcoolique ordinaire, le Maurice, pas un violent. Employé municipal exemplaire, rigoureux dans son travail, estimé de ses collègues. Le problème c’est que le foie n’a pas résisté à ses abus. Il est parti trop tôt et sa fille veut maintenant savoir ce qu’il y avait au fond de la bouteille. “Un film pour grandir, pour me réconcilier, pour pardonner, pour me libérer, pour renaître” (extraits du dossier).

À l’écran, ce qui surgit, ce n’est justement pas le règlement de comptes redouté ou attendu mais le portrait d’une mère intelligente qui accepte les questions de son enquêtrice de fille : “Je ne comprends pas pourquoi, à ton âge, tu n’as pas réglé cette histoire » dit elle, assise à la droite de son mari qui occupe une chaise vide recouverte d’un tissu brodé, blanc comme un linceul. Et c’est elle qui va transmettre au spectateur les clefs de cette histoire, briser le silence entre mère et fille autour du père.
La séquence de confidences se tient dans l’église, quand la mère parle de sa virginité avant le mariage sous le regard du Christ. À la sortie de l’église, quand surgit la photo des jeunes mariés heureux, se joue aussi la réconciliation entre la fille et la mère. La mise en scène de ce face à face mère-fille progresse en installant peu à peu la présence du père. Marcel filmait ses vacances en Super8, Marcel tenait les comptes de sa vie quotidienne dans un petit carnet. Marcel avait une autre vie sentimentale en dehors de sa famille. Marcel avait su aimer, mais n’avait pas trouvé les mots pour le dire.
Le film aurait pu être une enquête sur l’alcoolisme ordinaire. Il se transforme en film sur la famille. Un film pour lequel la réalisatrice a du prendre le risque de s’exposer à l’image. “Une démarche qui n’allait pas de soi, pour moi » dit elle, « mais qui m’est apparue nécessaire pour que je prenne le même risque que ma mère devant les spectateurs”. Ce dispositif de mise en scène fonctionne parfaitement, nous entraînant sur les traces d’Histoire d’un secret, le film de Mariana Otero. Sauf qu’ici, ce n’est pas le tabou de l’avortement qui est au centre du récit mais le silence ordinaire au sein des familles.
Produit par Moviala films, Jean Raymond Garcia et Olivier Daunizeau, À la gauche du père sera diffusé sur TV Rennes 35 et les antennes du GIE grand ouest à partir de mi-novembre. C’est un film courageux, sensible et maîtrisé qui devrait avoir toute sa place sur grand écran, au cinéma. Ne manquez pas les projections programmées dans le cadre du Mois du documentaire en Bretagne.

Ariel Nathan

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