Ballades numériques

Lundi 13 février, un rendez-vous co-orchestré par Clair Obscur et Films en Bretagne dévoilait «  Quand la mer monte  », petite forme multimédia fruit de la rencontre entre des images de la Cinémathèque de Bretagne et des compositeurs-interprètes de la scène rennaise. Secrets de fabrication de cette création labellisée «  musique et cinéma  » révélant sa très prometteuse réalisatrice : Margaux Dory…

Le festival Travelling s’est achevé avec deux journées jalonnées de rencontres professionnelles. L’une d’entre elles, ouverte également au grand public, s’inscrivait dans un partenariat de longue date entre Clair Obscur et Films en Bretagne, fait de rendez-vous réguliers et questionnant de différentes manières la thématique « Musique et cinéma ». Initié en 2012 au sein de l’union des professionnels, le groupe de travail éponyme vise à renforcer les liens entre ces deux univers créatifs et foisonnants, à penser et renouveler les occasions de rencontres, de correspondances entre les mondes professionnels qui les animent. Ces objectifs étant également portés par l’association de diffusion rennaise dont l’affinité avec la thématique n’est plus à prouver, c’est donc naturellement que les propositions plus réflexives sur ces questions s’organisent aujourd’hui de concert.

Charlotte Avignon, qui n’a pas été étrangère à la mise en place du groupe de travail au sein de la fédération, animait la Master class Quand la mer monte, webdocumentaire musical. Autour d’elle,  la jeune réalisatrice Margaux Dory, deux institutions, la Cinémathèque de Bretagne et l’Université Rennes 2, et trois jeunes talents, déjà sous la lumière, les musiciens Wonderboy, Marion Mayer, Romain Baousson.

Numic pour berceau

Si Quand la mer monte concrétise de belle manière les correspondances entre images et musiques, son cadre pédagogique est l’une de ses singularités. Il a pris corps alors que Margaux est l’une des dix étudiants inaugurant le nouveau Master professionnel Numic porté au sein de l’Université Rennes 2 – études cinématographiques, dont l’objectif est la valorisation du cinéma par les outils numériques.

Ce master, initialement conçu sur un an et désormais proposé en deux années consécutives,  forme de jeunes professionnels en mesure d’éditorialiser des contenus audiovisuels, de converser avec les techniques et les opérateurs du web et de communiquer avec ses outils. « Des profils à la convergence entre le cinéma et le web », précise Grégory Wallet, co-responsable du Master Numic, qui rappelle l’important travail « de concertation et d’association des acteurs, du territoire et plus encore, à la construction de cette nouvelle formation proposée à Rennes 2. »

Dès la rentrée 2015, des professionnels bretons sont invités à présenter leur structure aux étudiants de la première promotion. La Cinémathèque de Bretagne s’est jointe à cette conférence avec l’ambition d’ouvrir sa riche collection aux étudiants. Elle souhaite impulser une dynamique de valorisation du patrimoine cinématographique de la région. Pas de projet imposé si ce n’est la thématique, maritime, et la volonté de partager cette mémoire commune avec la jeune génération.

Une double mise en lumière

Margaux Dory navigue depuis quelques temps déjà au sein de la scène rennaise émergente où elle réalise clips et captations de concerts, mais elle « connaît mal ce monde des archives ». La jeune femme, aujourd’hui chroniqueuse pour KuB, saisit l’opportunité tendue par l’institution brestoise. La découverte des archives du fonds breton la « chamboule » : elle se rappelle combien l’ont transportée les images du marché des Lices dans les années 30 dans lesquelles « ces lieux communs, si bien connus, à la fois semblables et changés, affichent une toute autre ébullition ». Des traces d’une époque qu’elle « ne pourra jamais connaître » et qu’elle n’a pas envie de laisser dans le noir. « Ces images rendent compte et proviennent d’une époque où le souvenir filmé était rare et n’avait pas vocation à être partagé comme aujourd’hui. » C’est la perspective de re-montrer ces images du passé à une époque « où l’on filme tout, l’on garde tout ou presque, où tout circule », sans tri, ni plus d’emballage, qui l’a emportée, avec un « désir de rythmes et une envie de réfléchir à une manière d’inciter à les (re)découvrir. »

Margaux associe trois musiciens qu’elle apprécie à l’aventure et les invite à choisir « des univers qui les inspirent » parmi la collection de la Cinémathèque. Elle leur laisse carte blanche, exprime un souhait de « composition courte, proche du format des archives brutes, pop comme une chanson. » Côté forme, le web-documentaire avec sa lecture non linéaire, interactive, où l’internaute définit son itinéraire, se prête à ce voyage entre deux mondes. Et c’est avec un principe simple ‘un artiste, un lieu’ et une proposition graphique minimaliste et acidulée, que Margaux a calibré son objet, à la manière d’un album de vacance ou de musique.

Le plongeon dans les images

Wonderboy et son rock indé avait déjà une idée fantasmée, celle de travailler à partir d’images industrielles, « pour le côté répétitif, segmenté » : et c’est un corpus d’images filmées aux chantiers navals de St Nazaire qui va le séduire. Il retourne vers d’anciennes créations, les retravaille à l’aune d’un montage d’images saisissant ces décors métalliques titanesques.

Marion Mayer et sa folk rêveuse a craqué pour l’intimité d’un film de famille. Ces vacances sur les côtes bretonnes offrent un écrin à la sensibilité de sa musique. « J’y ai vu comme un souvenir de mon enfance, alors que les images datent des années 20, et j’ai cherché du côté de la douceur, de la tendresse de ces moments. »

Romain Baousson voulait quelque chose d’inattendu et a flashé sur « Sables d’Or Les Pins », l’un des plus anciens films de la collection de la Cinémathèque. Déposé par un opérateur professionnel anonyme, cette bobine 35 mm fixe la station balnéaire au temps de sa splendeur avec ses rites bourgeois, ses courses de voiture sur la grève. « J’ai aimé écrire à partir de la mélancolie qui se dégage des images, me laisser porter pour qu’un dialogue opère entre images et musique. »

Quand la mer monte dévoile le fruit de ces créations à plusieurs mains nommées ciné-concerts ou « concerts ciné » comme le suggère Romain, car « on s’y fait sa propre histoire, sans autre bande son que la musique. » S’y ajoute un making of de l’enregistrement avec des séquences donnant à voir la musique en devenir.

« C’est l’un des atouts de ce projet », se réjouit Jean-François Delsaut, référent et accompagnateur de Margaux au sein de l’équipe de la Cinémathèque. « C’est un triptyque avec trois univers très différents en termes d’images et de créations musicales, mais c’est aussi l’exploration du travail de ces musiciens : ils déploient leur envie, leur relation à l’image d’archive, leur charge affective et le sens qu’a pris, pour ces compositeurs, l’invite de Margaux. » Elle se complète d’un accès à l’intégralité de l’archive brute, « dans son habitat naturel ». L’occasion pour l’internaute de découvrir le contexte du filmage et de se perdre dans la richesse du fonds breton : 4 700 film sont consultables sur la base de données en ligne sur les 27 000 sources différentes archivées à Brest.

L’expérience a fortement convaincu Jean-François Delsaut qui rappelle les nombreuses compétences en jeu chez les jeunes professionnels et la contribution de chacun. Grégory Wallet précisent que « les étudiants de Numic se placent en chefs de projet et doivent donc chercher les compétences qui leur manquent dans le cadre des études, comme à l’extérieur. L’université apporte des logiciels (et notamment celui utilisé par Margaux pour créer l’interface dont elle a assuré l’architecture et le graphisme), le matériel du Centre de Ressources et d’Études Audiovisuelles, les intervenants professionnels et les responsables pédagogiques. Les autres étudiants coopèrent également, dans le même esprit que les trois musiciens qui ont prêté main forte aux enregistrements des uns et des autres. »

Le web-doc est actuellement à la Une du site de la cinémathèque et déjà relayé par des partenaires médias, une session live a permis au public du festival de découvrir une proposition enrichie issue de ce travail et d’autres ciné-concerts sont espérées tant l’envie est forte côté musiciens comme archivistes.

Reste à vous laissez guider et à attendre que la mer monte…

Élodie Sonnefraud

Avis aux compositeurs de musique pour l’image, c’est le moment de se faire connaître auprès de l’équipe de Films en Bretagne !

Au delà de ces rendez-vous réguliers pendant Travelling, le groupe de travail Musique et cinéma prend forme avec un catalogue de compositeurs pour l’image. Au cours du premier trimestre 2017, Films en Bretagne actualise cet outil mis en place en 2014, à destination des auteurs, producteurs, associations de diffusion qui souhaitent intégrer des musiciens à leurs projets (la composition de musique de film, ciné-concert,…). Il recense les profils et projets des compositeurs bretons pratiquant ou souhaitant pratiquer la musique pour l’image et le cinéma.

Si vous souhaitez intégrer le catalogue, rendez-vous ICI.

A noter : Rennes Métropole travaille à la mise en place d’une aide à la production de musique originale pour les court-métrages et documentaires faisant appel à des musiciens du territoire métropolitain rennais. Plus d’informations prochainement.

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Quand la mer monte, webdocumentaire de Margaux Dory.

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