Projet culturel, projet artistique : le management comme boussole ?


MH à la plage

Avec la formation « Impulser, renforcer, sécuriser et développer son projet artistique et/ou culturel », Films en Bretagne expérimentait en 2021 un nouveau parcours de formation autour du management de projet, et un nouveau type d’accompagnement des acteurs.

Ce parcours connaît en 2022 un nouveau développement, et devient certifiant*.

Avec Marie-Hélène Bonnot, coach et « accompagnatrice » de Films en Bretagne, revenons sur ce qui nous guide dans cette aventure de formation.

* le détail du parcours « ENTREPRENEURIAT CULTUREL : DÉPLOYER UNE VISION, RÉUSSIR SON PROJET ET CONDUIRE SES ÉQUIPES », , le programme, les dates… c’est par ici


  • Marie-Hélène, peux-tu nous parler de ton parcours professionnel ?

Après des études à l’Institut d’Études politique, suivi d’un DESS orienté droit et économie, j’ai choisi la culture. J’ai aussi fait une maîtrise d’allemand, parce que j’avais envie de mieux connaître ma culture maternelle. J’ai commencé par un poste de chargé de mission en DRAC, un poste d’observation idéal pour construire une vision des enjeux et des acteurs artistiques et culturels à l’échelle d’un territoire. J’ai par la suite enchaîné les postes dans des théâtres (scènes nationales, CDN, scène conventionnée puis dans des collectivités territoriales : Département, Ville et métropole, agglomération). Ce qui a guidé mes choix, c’est la dynamique territoire et habitants. C’est l’enjeu sociétal et humain de la culture, qui m’anime : ce qui peut relier ou séparer, ce qui peut susciter le meilleur chez l’être humain comme la créativité ou l’imaginaire. Ouvrir le champ des possibles, c’est ça qui est à la base de toute mon énergie depuis toujours, et que je mets aujourd’hui au service  d’individuels ou d’équipes, dans le privé ou le public.

wTrès tôt, j’ai ressenti un fossé entre la puissance de l’art et de la culture, et ses modalités de gestion. Pendant que mes collègues et amis d’autres secteurs inventaient de nouvelles façons de travailler, d’autres façons d’être ensemble et de produire, j’ai eu l’impression que le secteur culturel regardait le train passer. La QVT (qualité de vie au travail) partout se construit pas à pas, les relations humaines évoluent – parce qu’il faut du temps –  et la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) devient chaque jour plus réalité.

J’ai donc choisi de passer de l’autre côté du miroir, pour accompagner,  pour à mon tour contribuer au changement et au mieux-être, à une meilleure communication. Les choses avancent, lentement. Partout en France, des établissements culturels, des organisations travaillent à inventer un nouveau quotidien de travail.

  • Le mot « management » est a priori clivant dans le secteur de la culture : peux-tu expliquer ce qu’il recouvre ? Quel enjeu y a-t-il à ce que les acteurs culturels s’emparent du management ?

Au début du 19e siècle, apparaît la notion vocationnelle de l’artiste. Ce qui relève de l’art, de la culture s’inscrit peu à peu dans un contexte « à part », déconnecté des réalités sociales, politiques, économiques. Comme une « bonne » parole qui descendrait d’en haut, ne nécessitant aucune autre légitimation que celle de l’a priori. En ce sens, les structures culturelles ont longtemps fonctionné de cette façon. Toutefois, confrontées aux crises économiques, à la démocratie culturelle, à l’apparition de la culture mainstream, aux changements induits par la mondialisation et aux nouvelles technologies, le secteur culturel se rend compte aujourd’hui que d’autres méthodes sont à inventer.

Comme je l’indiquais précédemment, le changement gagne du terrain progressivement, pas à pas mais sûrement. Je suis optimiste de nature.

L’engagement et l’implication des salarié·es – peu importe le secteur d’activité – ne peut reposer sur l’unique paradigme de l’excellence du secteur, ou de la chance à travailler pour tel ou tel domaine : il faut des actes concrets, en faveur de la relation, accompagner l’autre à s’intégrer, à progresser, à grandir, à être reconnu, créer du collectif parce que l’intelligence collective est une bonne (la seule ?) réponse à notre monde fragmenté et mondialisé. J’en suis convaincue. Et c’est tellement plus agréable de se quitter avant la pause estivale avec une soirée d’équipe qui finit sur le dancefloor que de partir dans la tension et en priant qu’avec la longue pause de l’été, les choses se tassent…

Je crois au management, pour créer des cadres sereins, sécures et puissants qui favorisent  la créativité de chacun et ainsi le renouvellement des dispositifs de la culture et de l’art en faveur du plus grand nombre. Avec des personnels qui s’épanouissent.

  • Le parcours de formation dans lequel tu interviens pour Films en Bretagne devient certifiant : pourquoi ? En quoi la certification est-elle importante ?

Le management, c’est oser faire, expérimenter, communiquer, au service de l’intelligence collective et de la réussite du projet ou de l’organisation : c’est cela que propose cette formation. Le management, ça s’apprend ! Obtenir cette certification professionnelle, c’est d’abord obtenir la reconnaissance et valider des connaissances et des savoir-faire. Obtenir cette certification professionnelle, c’est également être reconnu au niveau national dans tous les secteurs d’activités.
C’est un atout incontournable pour préparer le monde de demain et les projets les plus fous – le secteur culturel n’en manque pas !


Parole d'adhérent·es

Dans le cadre de ses précédentes attributions, dans l’agglomération lyonnaise, Olivier Calonnec, directeur de Cinécran (Vannes) a eu l’occasion de suivre une formation en management de projet culturel… Des enseignements et une expérience qu’il met chaque jour à profit !

« En 4 ans de direction du cinéma le Zola à Villeurbanne, il m’a fallu à la fois prendre la mesure des responsabilités qui m’incombaient dans les choix éditoriaux de la structure, lui définir une ligne claire et engagée/engageante, tout en impliquant l’équipe salariée (10 personnes + 3 services civiques) et l’association qui l’administrait. Un travail de dentelle où parfois l’on se casse les dents quand on pense les brosser. Il a fallu comprendre finement les attentes des un·es et des autres, mieux définir et formuler les miennes, me faire accompagner par des personnes compétentes dans une réflexion sur la qualité de vie au travail, sur la redéfinition des fiches de postes, pour harmoniser un collectif en recherche de méthode sans le savoir.

Cette recherche commune, admise, a engagé chacun·e, a permis de confronter la compréhension d’un poste à sa réalité d’exécution, a de fait, à partir de ces remontées personnelles, contribué à consolider un esprit d’équipe. J’ai voulu légitimer cette considération entre la volonté d’installer ce sens du collectif, ses réussites et ses échecs, en suivant une formation de management culturel. J’ai eu le sentiment de revisiter les écueils, les travers, les anticipations, les bons choix que j’avais pu deviner sans pouvoir toujours les formuler. Je l’ai vécue en définitive comme une validation des bonnes et mauvaises pratiques, sans pour autant déshabiller la réalité du terrain, qui nous met souvent face à des situations inattendues et devant lesquelles seules de la méthode et de la ressource peuvent nous sortir de l’ornière. Cette recherche de l’équilibre entre les gens et le projet qui les animent est aujourd’hui le ciment de mon travail. »

Véronique L’Allain, directrice du Cinéma La Salamandre ©YLM-Picture

Véronique L’Allain, directrice du cinéma La Salamandre à Morlaix, évoque aussi les nombreux bénéfices qu’une telle formation lui ont apporté. 

« J’ai suivi cette formation il y a deux ans juste avant l’ouverture de notre nouveau cinéma et le doublement de notre effectif. Cela m’a servi dès les entretiens d’embauche.

Les techniques enseignées sont simples, c’est comme une boite à outils dans laquelle je me sers quotidiennement pour organiser le travail d’équipe, fluidifier les relations avec mes salariés et entre les salariés, résoudre les problèmes dès qu’ils émergent. Tout le monde y gagne, employés comme employeur, le climat au travail est apaisé.

Je ne regrette qu’une chose c’est de pas avoir suivi cette formation plus tôt.«