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« À la folie », le nouveau long métrage de Wang Bing, sort dans les salles françaises le 11 mars 2015. Filmée dans un hôpital psychiatrique du Yunnan, cette œuvre est l’occasion de (re)découvrir l’une des plus importantes figures du cinéma documentaire. En tournée promotionnelle en Europe, Wang Bing a répondu à l’invitation conjointe de Comptoir du Doc, l’Institut Confucius et l’Université de Rennes 2, et a animé, début janvier, une Master Class devant quelque 200 privilégiés. Yann Le Nabasque, étudiant à Rennes 2, revient sur ce temps fort.

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column width= »1/1″][mk_padding_divider size= »10″][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column width= »1/1″][mk_fancy_title tag_name= »h2″ style= »false » color= »#393836″ size= »14″ font_weight= »inherit » font_style= »inhert » letter_spacing= »0″ margin_top= »0″ margin_bottom= »18″ font_family= »none » align= »left »]Respect et humanité [/mk_fancy_title][vc_column_text disable_pattern= »true » align= »left » margin_bottom= »0″]

Citoyen chinois de la province historique du Shaanxi, au centre de la Chine, Wang Bing est encore adolescent quand son intérêt pour l’art se développe. Aux Beaux-Arts, il s’attache d’abord à la photographie. Quelques années plus tard, après s’être immiscé dans le gigantesque complexe industriel de Ti Xie, au Nord-Est du pays, son premier documentaire À L’Ouest des rails voit le jour. Ce film hors norme – une lente exploration de 9h -, est un coup d’éclat. Humain mais jamais misérabiliste, Wang Bing surprend et invente sa propre définition du documentaire. Ne cherchant ni effets plastiques en profusion ni récits vendeurs, le cinéaste filme le temps, le temps qui passe, son effet sur les hommes, sur la société. Ce geste documentaire, symptomatique du cinéaste, se ressent tout au long de sa filmographie. Ainsi, en 2007 avec Fengming, Chronique d’une femme chinoise, il confie la narration à son personnage principal. C’est son histoire qui prime, aucun autre corpus d’images ni commentaire ne viennent détourner l’attention. En 2009 dans L’homme sans nom, la narration est totalement éclipsée. L’homme et le réalisateur n’échangent pas, les images sont éloquentes, le tout dans un profond respect du sujet filmé. Alternant des œuvres très préparées à des tournages sur le vif, ses films s’accordent à mettre en valeur ceux que Wang Bing nomme « les Chinois de base », révélant leur histoire trop souvent balayée par le régime en place et sa course à la croissance.

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column width= »1/1″][mk_padding_divider size= »10″][mk_fancy_title tag_name= »h2″ style= »false » color= »#393836″ size= »14″ font_weight= »inherit » font_style= »inhert » letter_spacing= »0″ margin_top= »0″ margin_bottom= »18″ font_family= »none » align= »left »]De l’importance du temps [/mk_fancy_title][vc_column_text disable_pattern= »true » align= »left » margin_bottom= »0″]

Incroyablement simple pour parler de fondamentaux, le cinéaste nous donne les moyens de ré-apprivoiser notre temps. Comme le préconisait Tsai Ming Liang lors d’une récente conférence de La Cinémathèque Française, « pour bien contempler, il faut du temps, il faut du temps réel », l’œuvre de Wang Bing use de cet outil. Influençant tant les cinéastes que les spectateurs eux-mêmes. Son prochain film À la folie se fraye un chemin dans un hôpital psychiatrique. Installé au seul étage masculin où vit une cinquantaine d’individus dans le dénuement le plus total, Wang Bing filme, comme à son habitude, la vie d’hommes laissés en marge de la société. La bâtisse est délabrée, les espaces restreints, le mobilier spartiate et les infrastructures sanitaires pour le moins datées. Filmant successivement plusieurs sujets en longs et superbes travellings, la caméra s’arrête parfois pour saisir les mêmes gestes quotidiens inlassablement répétés. Coupés du monde, ces patients n’accèdent à l’extérieur que par le biais de la télévision ou de rares visites des familles. Le jour de l’An, seul le bruit des feux d’artifices leur parvient. Pour eux, l’opulence de cette Chine carnassière n’est plus, leur réintégration est vaine, seule la folie semble désormais à leur portée.

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column width= »1/1″][mk_padding_divider size= »10″][mk_fancy_title tag_name= »h2″ style= »false » color= »#393836″ size= »14″ font_weight= »inherit » font_style= »inhert » letter_spacing= »0″ margin_top= »0″ margin_bottom= »18″ font_family= »none » align= »left »]S’adresser aux étudiants[/mk_fancy_title][vc_column_text disable_pattern= »true » align= »left » margin_bottom= »0″]

Alertés par Bastian Meiresonne de la présence de Wang Bing en Europe, Comptoir du doc, l’Institut Confucius (1) et Antony Fiant (2), enseignant à Rennes 2, ont tout mis en œuvre pour accueillir le cinéaste, le temps d’une conférence. Partager sa vision du cinéma à un public composé essentiellement d’étudiants est ce qui a convaincu le cinéaste de venir à Rennes.

Dans un amphi comble – où une bonne trentaine d’étudiants, debout en fond de salle, jouent des coudes pour entre-apercevoir le cinéaste faute d’avoir obtenu un siège – l’ambiance est intense et attentive. Antony Fiant passe son travail à la loupe et présente l’ensemble de sa filmographie. Puis un jeu des questions-réponses permet à Wang Bing de partager quelques clefs de son geste documentaire. L’ensemble de l’amphi est accroché aux lèvres du traducteur Cédric Quénesson – directeur de l’Institut Confucius -, parfois aidé par les étudiants chinois présents dans l’auditoire. 2h30 d’échanges riches et passionnants, où les étudiants ont pris leur part, démontrent combien la force du cinéaste réside dans sa grande capacité à capter son univers, sa famille et son environnement. Dans un monde où l’un des vecteurs de contrôle s’apparente au savoir – Wang Bing filme des gens sans connaissance ni ressources matérielles, afin d’essayer de trouver une valeur à leur vie. Les caméras numériques peu coûteuses qui lui permettent d’opérer seul, le temps qu’il consacre aux tournages, et les longs travellings – si représentatifs de sa libre exploration -, sont ses moyens pour « s’immerger dans la vie de ces personnes rencontrées et filmées ».

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column width= »1/1″][mk_padding_divider size= »10″][mk_gallery images= »10138″ style= »grid » column= »1″ image_size= »full » height= »500″ hover_scenarios= »fadebox » item_spacing= »8″ margin_bottom= »20″ frame_style= »simple » collection_title= »Cédric Quénesson et Wang Bing, lors de la Master Class le 27 janvier 2015 à Rennes © Comptoir du doc » disable_title= »true » image_quality= »1″ pagination= »false » count= »10″ pagination_style= »1″ order= »ASC » orderby= »date » item_id= »1425893879-54fd69f7406dc »][vc_column_text disable_pattern= »true » align= »left » margin_bottom= »0″]

Sa reconnaissance croissante en Europe transforme-t-elle son quotidien ? La réponse du cinéaste est sans équivoque : « Des partenaires étrangers ont produit une partie de mes films […], ce n’est pas une mauvaise chose pour moi car c’est extrêmement important de réaliser des films avec un budget minimal. Ainsi je n’ai pas de pressions économiques et quand je rencontre des personnes, des lieux, ou des problématiques intéressants à filmer, je sais que je n’aurai pas de problèmes pour aller au bout de ma démarche. » Il parle toutefois d’économie de moyens et semble s’en satisfaire, « ça ne représente pas énormément d’argent et aujourd’hui je ne suis pas riche ».

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« Avoir un peu de liberté »

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Questionné sur sa notoriété auprès du public chinois, le cinéaste explique ne bénéficier d’aucune visibilité en salles. Il ajoute que « ce n’est pas quelque chose pour lequel j’éprouve de la peine ». Parlant politique avec un apolitisme quasi revendiqué  : « Je vis dans un environnement où il y a une pression au niveau de la politique. Je cherche justement à y échapper et c’est pour ça que j’ai développé une façon de faire qui me permet d’avoir un peu de liberté ». Wang Bing admet exister a minima pour un certain public. Dvds pirates et internet combinés lui assurent un faible rayonnement et quelques réseaux étudiants semblent vouloir pousser Wang Bing à sortir au grand jour. Le réalisateur demeure discret et revendique son indépendance. Il se défend également d’appartenir à tout mouvement cinématographique  : « Je ne cherche pas à ce que l’on dise de moi que je fais partie de la sixième génération (3). C’est quelque chose dont je ne me soucie pas ». Ne côtoyant pas les élites chinoises, il démontre combien tous les cinéastes de cette mouvance sont surveillés  : « Si c’était mon cas, je n’aurais plus la possibilité de fonctionner tel que je le fais actuellement. »

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La rencontre exceptionnelle prend fin sous un tonnerre d’applaudissements, Wang Bing, visiblement gêné, y répond par plusieurs timides salutations. Le public est invité à retrouver l’artiste le soir même pour la projection de Les trois sœurs du Yunnan, au Tambour, le ciné club de Rennes 2. Cette lente fresque sociale est belle et glaçante à la fois. Le bilan de cette journée est simple, il est vivement conseillé de se rendre en salle le 11 mars pour découvrir À la folie !

Yann Le Nabasque

Etudiant en licence 3 d’Arts du spectacle – section cinéma – à l’université de Rennes 2, c’est par le biais d’un atelier « Critique pour le web », que Yann Le Nabasque a pu se familiariser avec l’écriture critique et fournir cette première parution.

(1) En partenariat avec l’Institut Confucius (qui œuvre à la promotion de la langue et la culture chinoises), Comptoir Du Doc propose de découvrir un cinéma documentaire chinois très créatif. Made In China est programmée et animée par Bastian Meiresonne, également directeur artistique du Festival de cinéma asiatique de Vesoul.

(2) Professeur en études cinématographiques à Rennes 2, Antony Fiant a consacré plusieurs publications au cinéma chinois et à Wang Bing en particulier.

(3) Désignent les cinéastes chinois qui témoignent des importants changements de leur société depuis les années 1990. On peut citer, par exemple, Jia Zhangke, Zhang Yuan

Image de Une : photogramme du film A la Folie © Les Acacias.

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