Salut Gaël…


Gael-Naizet-Une

Nous avons appris la nouvelle, triste et brutale, de la disparition de Gaël Naizet, cinéaste et directeur adjoint de la Cinémathèque de Bretagne. C’est un choc, aussi bouleversant qu’inattendu. Nous adressons nos sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

Plusieurs professionnels bretons ont tenu à lui rendre hommage, à travers différents textes regroupés ci-dessous.


 

Gaël nous a quittés

Le Conseil d’administration et toute l’équipe de la Cinémathèque de Bretagne ont la grande tristesse de vous annoncer le décès de Gaël Naizet suite à une maladie foudroyante. Ses obsèques auront lieu le mercredi 12 juillet à 16 h 30 au Centre funéraire du Vern à Brest.

Gaël partageait la vie de la Cinémathèque depuis près de 23 ans.

Stagiaire en 1994, adjoint de direction depuis 2009, Gaël s’est toujours engagé pour le développement de la Cinémathèque de Bretagne, pour son existence et parfois pour sa survie.

Originaire de Saint-Brieuc, Gaël Naizet suit des études de cinéma au sein de l’Université Paris 8, études qui l’amènent à se spécialiser dans la valorisation du patrimoine cinématographique. Après un premier stage en 1993 à la Cinémathèque de Bretagne, Gaël Naizet intègre l’équipe en mai 1994 et participe à la rédaction du livre « Bretagne et Cinéma » avec Jean-Pierre Berthomé. Après un intermède à la Cinémathèque de Nice en 1997, il revient en 1998 à la Cinémathèque de Bretagne où il est responsable du service des ventes d’images. Entre 2004 et 2009, il coordonne le projet de développement de la base de données Diaz, créée par la Cinémathèque de Bretagne et utilisée aujourd’hui par une quinzaine de cinémathèques regroupées au sein de l’association Diazinteregio dont il est le référent technique. Adjoint de direction depuis 2009, il assure notamment la communication de la Cinémathèque via la création de son site internet et de la lettre mensuelle Entrefil, pilote différents projets stratégiques (collection « Mémoire du Travail ») et représente la Cinémathèque de Bretagne auprès de différentes structures : Zoom Bretagne, Bretania, Inédits.

Gaël Naizet mène, parallèlement à ses activités à la Cinémathèque de Bretagne, une carrière d’auteur et de réalisateur : Lauréat du deuxième concours de scénario Estran, il passe derrière la caméra pour la réalisation d’un premier court métrage Comptes pour enfants, présenté à Brest en 2003 et sélectionné dans de nombreux festivals français. Le syndrome du carambar est son deuxième film de fiction, suivi de trois autres courts métrages : Le + Produit  en 2009, Quidam en 2011 et Duels en 2012.

Gaël était un artiste. Que ce soit devant ses étudiants en écriture de scénario ou en découvrant une image d’archive de la Cinémathèque, sa passion pour l’image et le cinéma s’exprimait toujours avec émotion et enthousiasme.

Gaël, qui n’avait pas l’habitude de faire les choses à moitié, a réussi à attraper un cancer et en mourir avant même que les examens pour valider le diagnostic n’aient eux le temps d’être exécutés. Une radio a révélé une tache sur le poumon il y a 10 jours. Il a été hospitalisé jeudi 6. Ça a été très très brutal.

Gaël n’était pas effondré et a vanné jusqu’au bout. Le boulet.

Mickaël Ragot

Des séquences de toi

Séquence 1 // Ext Jour // Gare de Saint Brieuc 2003
J’ai 19 ans et toi tu viens d’entrer joyeusement dans ta trentaine, accompagnée d’une petite tête blonde. Tu viens de gagner le concours de scénario ESTRAN, tu as écrit une comédie acerbe nommée « Comptes pour enfant » et tu cherches une gamine pour jouer le rôle d’Audette, la peste de petite sœur de Pitou.

Bernard Mazzinghi te parle de moi, on se rencontre pour la première fois pour un casting à la cafétéria de la gare de Saint Brieuc et on sait tout de suite qu’on va commencer ensemble nos premiers pas sur un plateau de cinéma.

Tu deviens le premier à me filmer. Je goûte à l’énergie du plateau. Celle qui ne me lâchera plus.

De « Comptes » je garde ta joie d’entendre tes mots dans la bouche de tes comédiens et ta capacité à faire vivre des histoires. Tu es un formidable directeur d’acteur ; tu ne lâche rien. Tu travailles mot par mot le script avec nous. Comment faire vivre la dramaturgie à chaque plan, comment garder le rythme de la séquence. Ton émerveillement de la machinerie, ton respect de la prise de son, et surtout ton indicible humour noir font de toi un jeune réalisateur aimé.

Séquence 2 // Ext Jour // Festival de Douarnenez 2005
Tu appelles un matin d’été alors que je tracte sur un marché de bord de mer.
Tu me dis : « J’arrive te chercher dans 2h. On va au festival de Douarnenez. Faut absolument que tu y sois. »

On roule et tu ne me dis rien. On se raconte des anecdotes du tournage du « Syndrome du carambar » qu’on a terminé quelques semaines auparavant. On parle de cinéma, de tes envies de faire une vraie série avec la famille Grall.

Sur la place du festival quelques heures plus tard, Marie Hélia me remettra le scénario de ce qui sera quelques mois plus tard le tournage de « Microclimat ». J’y interpréterai le rôle de Juliette. Avec ta complicité, Marie était passée 5 minutes sur le tournage du Syndrome pour me caster sans que je ne me rende compte de rien…

Quelques jours plus tard ce sera au tour de Sonia Larue de me téléphoner pour le rôle de sa Rosalie.

Séquence 3 // Int Nuit // Festival de Brest 2005
C’est le début du mois de novembre, je viens de terminer le tournage de « Microclimat », il est 22h30 et tu m’appelles pour me hurler : «  Ma Juju !!!! Ramène toi au pot Gan on a gagné le prix France 2 (ex æquo) !!!!!!!!! »

Je ne comprends rien, je ne sais même pas ce que c’est que le « POT GAN » mais j’arrive, un peu fébrile au Quartz. Je découvre avec toi ce que c’est que la joie d’une récompense. On part faire la fête et tu t’endors au milieu de la nuit, sur la chaise d’un bar….comme à ton habitude….repu de joie.

Dernière séquence // Ext Nuit // Rues de Brest 2015
Je suis en tournage avec Durringer ; je suis devenue assistante à la mise en scène ; je n’ai plus envie de jouer.
Je te croise par hasard comme à chaque fois que je viens séjourner à Brest.
Tu me parles de cette prochaine histoire que tu aimerais raconter et c’est vrai qu’on attend tous le prochain tournage…
Tu me dis que tu ne crois pas une seconde à ma décision de ne plus être devant une caméra…

Et tu as raison. J’ai rempilé il y a une semaine.

Tu ne seras pas là pour voir ça. Mais je sais que tu vas continuer à me faire croire en moi, comme avant.

Julie Henry


Pour ma part j’ai eu la chance de travailler avec Gaël sur 2 de ses films « Le + Produit » et « Quidam ».

Je suis particulièrement touché par sa disparition si brutale. Je garde de Gaël le souvenir d’un cinéaste engagé et obstiné dans son travail avec lequel j’ai eu un grand plaisir de collaborer. Je considère qu’il a participé activement à l’émergence d’un cinéma que j’appellerais de « culture bretonne », loin de toute tradition mais par la manière qu’il avait de travailler et de vivre ici, à la pointe de notre région.

Les sujets de société qu’ils traitaient et le désir de construire, en équipe, ses projets, sont emblématiques de la manière dont nous aimons, ici, faire du cinéma.

Il a ouvert un sillon que d’autres auteurs-réalisateurs ont pu suivre à leur tour, notamment en étant un premier lauréat remarqué du concours Estran en 2002 avec « Comptes pour enfant ».

Sans avoir fait de la réalisation son activité principale, il nous laisse une filmographie riche et cohérente par les thèmes qu’il a abordé mais malheureusement éternellement inachevée.

Mes pensées vont immédiatement à ses proches, ses filles Swan et Salomé, sa femme Carine qui ont aussi été les interprètes de ses films.

Pierre Vivet


En décembre 2003, j’habite encore à Paris, et j’assiste complètement par hasard au cinéma des Cinéastes à la projection des films du deuxième concours Estran. J’y découvre « Comptes pour enfants », sa verve et son acidité joyeuse. Tellement Gaël, ce film. Gaël que je ne connais pas encore. C’est dans son film que je repère les yeux ronds de Julie H., et c’est Gaël qui me donnera ses coordonnées, quand, arrivée en Bretagne, je cherche celle qui incarnera Rosalie.

Je garde un souvenir aigu de sa grande gueule, le coeur sur la main, ses yeux clairs et sombres tout à la fois, le sourire jamais très loin malgré son goût pour le clair obscur. C’est certain, il va manquer au monde. Gravement.

Sonia Larue

Avec la disparition brutale de Gaël, ce n’est pas seulement la petite communauté sympathique et solidaire du cinéma brestois qui perd l’un de ses éléments les plus fédérateurs et talentueux, mais c’est aussi Brest et son identité qui sont orphelines. Gaël, c’était l’humour, un regard, une gouaille, des mots. Gaël, c’était le parler bressoâ, l’irrévérence et l’indépendance d’esprit. Il va beaucoup manquer à cette ville unique. Gaël, tu nous laisses un héritage ; tes films.

Bon vent à toi et mersi braz !

Olivier Broudeur

Comme tant d’autres pour lesquels tu as été un passeur et un fabricant de rêves, j’ai eu la chance de partager avec Toi Gaël des moments de complicité inoubliables. Il y a eu pour commencer les discussions et apéros animés sur les films du Festival du court de Brest, sur ceux qui les fabriquaient aussi, et ceux qui les diffusaient … mais surtout il y a eu les tiens. Ces films que tu aimais tant écrire, et pour lesquels tu ciselais des dialogues aux petits oignons, et inventais des situations si absurdes et si justes à la fois. Du Jubilatoire « Comptes pour Enfants », à l’énigmatique  « Syndrome du carambar » en passant par le corrosif « Plus produit » et le drôle de braquage de « Duels ». Et puis il y a eu « Quidam » : encore une tragi-comédie où tu savais si bien nous parler de ces petites et grandes fêlures de la vie avec lesquelles il faut apprendre à composer.

Tu prenais aussi un plaisir certain et une grande virtuosité à diriger tes comédiens, qu’il s’agisse d’un Mathias Mlekuz, d’un Bernard Mazzinghi, d’une jeune comédienne ou d’un ami à Toi faisant ses premières armes devant la caméra.

Tu étais si heureux sur le plateau ! Et Tout le monde le sentait. Tu embarquais toute ton équipe avec cette force tranquille qui te caractérisait. Même quand il fallait faire un travelling à la tombée de la nuit et que la caméra tombait soudainement en panne, tu ne te départissais pas de ton calme et d’une certaine légèreté, malgré la « crise » !  On a bien fini par le rentrer ce plan pourtant. Mais au final tu ne l’as pas monté. Lui préférant l’évidence d’un visage plein cadre, en forme de point d’interrogation.

Rayonnant. Comme tu pouvais l’être parfois. Sourire en coin et regard lumineux. Vibrant de ce désir qui t’habitait de nous raconter des histoires. De réinventer le monde, ton monde a travers  tes films.

Et puis il n’y a pas eu « Les Vermeils du Monde ». C’était ton nouveau scénario, ton dernier opus, que nous préparions ensemble. M. Dieulangard, septuagénaire peu gêné, fait irruption dans le quotidien de Solange et René, un vieux couple complice ayant élu domicile dans un cabanon du Valais pour y vivre leur amour comme dans une bulle. Rempli de tendresse et de malice, cette fable moderne autour d’un trio improbable – où l’amour, la vie et la mort se côtoient de près, de très près, tu l’avais rêvé dans ce lieu que tu aimais tant. Et j’aurais tellement voulu qu’il existe.

Mais tu nous as joué à tous un dernier tour de passe-passe. Et laisse moi te dire Gael qu’elle n’est pas drôle cette dernière blague ! Mais alors pas drôle du tout. Et alors quoi, tu m’aurais répondu ?  Et je n’aurais pas compris. Personne ne comprend. Il n’y a rien à comprendre. Si tu étais là, tu aurais peut-être dit aussi : Allez, souriez les amis et buvez un coup à ma santé !

On n’y arrivera pas Gael, pas tout de suite, je suis désolée.

Alors reviens nous faire un clin d’œil de temps en temps s’il te plaît, pour nous rappeler que malgré tout, la vie est belle – aussi absurde soit-elle. Camarade cinéaste, notre ami, cher Gaël, tu ne nous as pas quittés, nous te garderons toujours Toi et tes films bien au chaud dans nos cœurs. Toutes nos pensées se tournent vers tes proches dans cette terrible épreuve.

Et le film de la vie continue… alors plutôt que de te dire au revoir, je préfère partager ce court extrait de ton dernier scénario :

« LES VERMEILS DU MONDE »
SEQUENCE 37 – EXTERIEUR JOUR – SUR LA GRÈVE

Solange marche sur la plage du Valais dans une carte postale en noir et blanc. Soudain celle-ci s’anime.

Solange est plongée dans des images d’archives. Elle croise un petit garçon et une petite fille. Le bruit des sabots sur le sable résonne, elle tourne la tête à droite et voit passer des chevaux. Derrière elle, une rumeur de foule, elle se retourne, la foule parle, des gens aisés, d’autres de milieux plus populaires, des enfants qui courent. Au dessus d’elle un avion passe. C’est un biplan, celui-ci entame un looping, un peu plus loin, une course d’âne, en couleurs, des gens qui jouent à la boule bretonne sur la plage. Les images se succèdent et s’accélèrent. Solange marche sur la grève, elle s’éloigne.

FONDU AU NOIR 

Adeline Le Dantec

Mon cher Gaël, je voulais te saluer pour celui que tu a été, drôle, brillant, dans la vie comme dans tes films.  Tu as le sens du dialogue, des mots, bref de la répartie.

Ce fut un des meilleurs films Estran « Comptes pour enfants »…puis « Le syndrome du carambar » coproduction avec les amis de Vivement lundi ! et « Quidam» produit avec Adeline, une adaptation d’un grand Edgar Keret.
Chapeau mister Naizet … Il y avait toujours le plaisir de te voir, et d’échanger. Toujours parler de Cinéma, enfants incorrigibles que nous sommes.

Dans la vraie vie nous avons eu du plaisir à te voir d’endormir en fin de soirée au milieu du pire brouhaha. Ta photo de toi endormi doit orner pas mal de nos portables …

Je te laisse  continuer le dialogue avec les anges ou les diables, qui sait. Fais les rire comme tu l’as fait avec nous. Ton sourire de beau bosse, ton sens du verbe nous manquent déjà…

Ciao Gaël.

Olivier Bourbeillon, Paris brest productions

A toi. Je suis très fier d’avoir eu la chance de croiser ta route. Briochin de naissance, comme toi, je me languissais de te voir intégrer Saint-Brieuc et les cabanes décrépies du Valais dans ton prochain film. Devenus professionnels dans ce métier aléatoire mais choisi, nous avons pu partager le temps d’un film, une joyeuse aventure, débutée à Marseille avec une bande de braqueurs prêts à tout casser, achevée entre Douarnenez et Brest et prolongée à Aubagne. Je me souviendrai toujours de la facilité avec laquelle nous avons dévalisé le frigo rempli d’un camarade lors des dernières « Rencontres » à Saint-Quay, pour que la nuit déjà bien noire ne s’achève pas, jamais, et qu’on continue à se marrer. D’ailleurs c’est ce qu’on va faire, continuer à se marrer en se rappelant qui tu étais. Merci.

Fred Prémel

Un coup de massue, à l’heure d’ouverture des bureaux : Gaël Naizet est décédé dans la nuit… C’est Fred Le Gall qui m’apprend la nouvelle. Fred avait produit les premiers films de Gaël : « Comptes pour enfants » et « Le Syndrome du carambar ». Deux comédies qui avaient, notamment, révélé le talent de dialoguiste du jeune réalisateur. Un réalisateur « à ses heures » comme il se définissait, car réaliser était sa passion, pas son métier qui, lui, le faisait côtoyer d’autres films dans les réserves de la Cinémathèque de Bretagne. Il devait parfois se sentir cinéaste « de contrebande », le Briochin aux faux airs de marin cornouaillais.
J’ai encore en mémoire la joie de Gaël recevant sur la scène du Quartz lors du festival du film court de Brest 2005, le Prix France 2 des mains du critique Alain Riou. Il n’en revenait pas : honoré « à la maison », parmi ses potes, ses collègues, dans cette ville d’adoption où il disait « trouver un environnement propice » à sa création.

Ces dernières années, il avait réalisé « Quidam » (2010), « Duels » (2012). Il avait d’autres projets…

Nos pensées vont à sa famille et à ses collègues de la Cinémathèque de Bretagne.
Jean-François Le Corre
(photos du tournage de « Comptes pour enfants »)

La première photo de fin de tournage de Gaël se constitue ainsi: les copains, la famille, les comédiens, les techniciens. De photo de fin de tournage en photo de fin de tournage, des copains font les techniciens, des membres de la famille font les comédiens, des comédiens deviennent des copains, des copains deviennent comédiens, des membres de la famille sont techniciens, des techniciens deviennent des copains.

Tout cela se faisait le plus naturellement du monde, chaque aventure cinématographique de Gaël étant une aventure du coeur, portée par l’amour du cinéma autant que par l’amour et l’amitié de ceux qui lui étaient proches. On ne faisait pas juste un film avec lui, on intégrait une petite famille solide et solidaire.

C’est une chance d’avoir pu croiser ta route, connaître tout ça.

Adieu notre ami

Maryline Brûlé

cinémathèque

Gaël partageait la vie de la Cinémathèque de Bretagne depuis près de 23 ans.

Il est arrivé à la Cinémathèque, en 1994, en tant que stagiaire à la fin de ses études de cinéma à Paris 8.

Je ne vais pas revenir en détails sur son parcours professionnel, je retiendrai simplement 3 dates.

Tout d’abord les débuts en 94 avec la rédaction du livre «  Bretagne et cinéma » co-écrit avec Jean-Pierre Berthomé qui est devenu une référence comme l’Album d’André Coleu l’avait été 10 ans auparavant.

Et puis entre 2004 et 2009, la coordination du développement de la base de données Diaz, créée par la Cinémathèque de Bretagne et utilisée aujourd’hui par une quinzaine de cinémathèques regroupées au sein de l’association Diazinteregio dont il était le référent technique et même bien plus.

Et enfin plus récemment la mise en ligne, enthousiasmante et fastidieuse à la fois, de près de 5 000 films sur le site de la Cinémathèque de manière à rendre plus visible et plus accessible les trésors de notre fonds d’archives filmées.

Gaël s’est toujours engagé pour le développement de la Cinémathèque de Bretagne, pour son existence et parfois, dans les moments de crise, pour sa survie. Il n’était pas toujours tendre mais sa ténacité ne faisait jamais défaut.

Il a beaucoup œuvré pour la renaissance de la Cinémathèque depuis 2015. C’est lui qui m’a interpellé au cours d’une Assemblée générale quelque peu tendue et qui m’avait invité à être candidat à un poste d’administrateur. C’est un peu grâce à lui que j’ai l’honneur et la chance aujourd’hui de présider aux destinées de cette association.

La Cinémathèque perd un des ses piliers historiques. Gaël emmène avec lui tout un pan de notre mémoire et une partie de l’histoire des films que nous conservons. C’est une perte immense pour l’équipe de la Cinémathèque comme pour notre Conseil d’administration. Aujourd’hui nous sommes unis et réunis dans l’hommage que nous rendons à Gaël…et dans l’espoir que la Cinémathèque continue de grandir, sans lui…

Sans Gaël, cet homme intelligent et sensible dont la passion pour l’image s’exprimait toujours avec émotion et enthousiasme, que ce soit devant ses étudiants en écriture de scénario ou en découvrant une nouvelle image d’archive de la Cinémathèque, un nouveau trésor.

Salut l’artiste
Salut Gaël

Michel GUILLOUX, Président de la Cinémathèque de Bretagne

Il y a tout juste 2 ans, la Cinémathèque de Bretagne procédait au recrutement de son futur directeur, ou de sa future directrice.

A l’issue de mon audition pour le poste, j’avais précisé que, si la Cinémathèque souhaitait travailler avec moi, je ne prendrai aucune décision sans avoir rencontré l’équipe au préalable. Quelques jours après, Michel Guilloux me demandait de revenir pour un deuxième entretien et pour rencontrer une partie de l’équipe. Ce 15 juillet 2015, j’ai donc fait la connaissance de Mevena, d’Antoinette, de Nicolas et de Gaël et j’ai pu échanger brièvement avec chacun d’eux. A la fin de l’entretien, Michel avait demandé à Gaël de me reconduire à l’aéroport, occasion de notre toute première conversation.

Nous avons surtout parlé d’écriture ce jour-là, de ses films, de la difficulté de concilier une activité de création avec un travail passionnant à plein temps, sujet qui nous intéressait tous les deux. Je lui ai dit que je pensais que l’un nourrissait l’autre, finalement. Il a réfléchi un moment et m’a dit « Vous avez sans doute raison ». On se vouvoyait ce jour-là.

Le lendemain, quand Michel m’a demandé si je voulais bien rejoindre la Cinémathèque, j’ai dit oui. Ce joli moment partagé avec Gaël a joué beaucoup dans ma décision. Je ne l’ai jamais regrettée.

Cette conversation avec Gaël s’est poursuivie pendant un peu plus d’un an et demi, quotidiennement ou presque. Je crois que je devais traverser au moins 50 fois par jour le palier qui sépare nos bureaux pour l’informer, solliciter son avis, faire avancer un projet, interroger sa fabuleuse mémoire et sa connaissance des collections qui m’était si précieuse.

Quand j’avais une nouvelle idée, un nouveau projet pour la Cinémathèque, je m’asseyais en face de lui et je lui disais « J’ai pensé à un truc ». Je lui exposais le « truc » et j’observais sa réaction. Parfois c’était une moue dubitative – voire très dubitative, voire consternée (bon, je reconnais que mettre des cris de goéland sur le jingle de la Cinémathèque n’était PAS une bonne idée) – et je devais le convaincre. Ou pas. Parfois il affichait un intérêt perplexe, et nous élaborions la suite de l’idée ensemble. Parfois, il disait sobrement : « C’est une bonne idée ». Et je savais qu’en langage Gaël, ça pouvait même dire une « putain de bonne idée ! ». On a fait une belle équipe tous les deux. Son regard intelligent et sensible sur mes idées et mes « trucs » va salement me manquer.

Gaël était tout en émotions, capable d’avoir les larmes aux yeux devant une belle archive de la Cinémathèque, ou de s’émerveiller bruyamment et de rameuter toute l’équipe pour ce film 16mm sur la construction du village de Begmeil qu’un monsieur venait d’apporter, une rareté ! Ce jour-là, il a passé beaucoup de temps à parler avec le monsieur, l’a invité à boire un café, chaleureux, enthousiaste, passionné.

Gaël était le baromètre de l’équipe. Je lui ai dit un jour « C’est bien simple, quand tu es enrhumé, c’est toute l’équipe qui éternue ! ». Il a nié, mais j’avais raison. Quand il était gai, qu’il plaisantait, tout le monde était au diapason. Quand il était grognon, tout le monde ronchonnait un peu. Ou attendait que ça lui passe. Et on parvenait assez facilement à le dérider. Il n’a jamais résisté à un bon mot.

Aujourd’hui la Cinémathèque a perdu son baromètre, un pilier porteur. Je ne connaissais Gaël que depuis 20 petits mois trop courts, les membres de l’équipe, eux, depuis des années. Ils étaient des amis beaucoup plus que des collègues. Avec eux, ensemble, avec autant de passion que Gaël qui aimait profondément cette belle Cinémathèque de Bretagne qu’il accompagnait depuis 23 ans, nous allons continuer, nous rassembler pour faire connaître ses merveilles longtemps encore. Parce que c’est pour cela que Gaël s’était investi et même battu parfois. Ce sera difficile sans lui.

Cécile PETIT-VALLAUD, Directrice de la Cinémathèque de Bretagne