Rencontre avec MÉLANIE VAN KEMPEN, nouvelle administratrice de Films en Bretagne


Ton arrivée en Bretagne est récente et nous sommes ravi·es de t’accueillir dans le collectif Films en Bretagne… Pour faire plus ample connaissance, peux-tu brièvement te présenter et revenir sur les quelques étapes clés de ton parcours professionnel (dates, rencontres, projet, nature du projet) ?

Alors, au départ, je viens des sciences sociales. J’ai un Master de recherche en sociologie et tout me prédestinait à devenir prof (j’avais encore des lunettes à l’époque). Le sérieux du monde académique m’a cependant fait prendre conscience que j’avais envie d’avoir davantage de plaisir dans mon travail et mon quotidien.

J’abandonne donc ma thèse et décide de faire des films documentaires ! Je cours alors les festivals, nourris ma culture audiovisuelle et j’intègre l’INA où je m’éclate pendant un an. C’est bon, j’ai enfin trouvé ma voie ! J’enchaîne ensuite les stages et les missions en développement à Paris. J’accompagne des auteurs et réalisateurs dans leur recherche, je m’improvise documentaliste/agente en maïeutique et ça me plait beaucoup. Il faut chercher, faire parler les gens, créer du sens avec des données disparates, au fond ce sont toujours des sciences sociales mais en images et en sons.

Je fais des documentaires sonores en parallèle, c’est une période très créative et sympathique mais je peine à boucler mes heures d’intermittence. Je postule alors un peu par hasard à une annonce d’une petite société qui cherche une chargée de production. Je pensais y rester quelques mois et continuer ma destinée sur les routes, caméra au poing, finalement j’y suis restée 4 ans.

J’y ai découvert un métier, des gens passionnants, une petite famille. Au fur et à mesure, la société a grandi, s’est professionnalisée, et moi avec. Nous étions dans une petite niche, celle du documentaire d’aventure et d’exploration scientifique, où chaque film posait de nouveaux défis. Parmi les projets les plus marquants, Planète Méditerranée, un film de 90 minutes pour ARTE autour d’une expédition un peu folle : 4 plongeurs mis sous pression pendant 28 jours pour plonger à 100 mètres de profondeur et explorer les récifs coralligènes de la Méditerranée. Près de 2 ans de préparation, une cinquantaine de personnes (plongeurs, scientifiques, marins, techniciens de la plongée profonde, équipe du film…), des nombreux partenaires, bref ça a été une trépidante expérience, particulièrement formatrice !

Ton métier de Charg·ée de production peut avoir une formulation « sibylline » au regard de la diversité des aspects de cette fonction, à la fois selon la nature du projet, à la fois selon que l’on soit intégré·e  à une équipe au long cours, ou à une équipe projet… Peux-tu nous parler de ton métier en particulier, des aspects qui te portent dans ce métier, de ceux qui peuvent parfois te peser au contraire ? Le métier lui-même change-t-il au fil des années ?

Un métier « sybillin »… pourquoi pas ! Je dis souvent que c’est coordonner toutes les étapes de la vie d’un film, de l’écriture du projet aux rendus de compte, en passant par l’administratif, le juridique, le financier, la logistique, la technique et sans oublier l’artistique qui porte tout ça. En tant que chargé(e) de production on est un peu la petite main, mais aussi le cœur qui fait circuler les informations et les redistribue aux bons organes. Et c’est justement cet aspect multiple qui m’anime. D’avoir la vision globale du projet, de sa temporalité, de ses acteurs. C’est comprendre les contraintes de chacun et faire en sorte que les pièces du puzzle s’assemblent. Au fond, le cerveau d’un·e chargé·e de production c’est un peu comme une belle timeline de montage, avec des pistes multiples qui se superposent et s’enchaînent sans que ça se voit ! Mais le corollaire c’est que c’est justement un métier qui manque de visibilité, peu valorisé en comparaison à d’autres postes techniques ou créatifs et sur les budgets, c’est souvent la ligne sur laquelle on rogne.

 

Tu as récemment décidé de t’engager dans la fédération Films en Bretagne pour représenter les technicien·nes au sein du collège des comédien·nes / technicien·nes… Peux-tu nous dire quelques mots sur les raisons de ce choix ?  

Je suis ravie d’entrer au conseil d’administration de Films en Bretagne et de représenter ce collège très divers, qui regroupe des professions et des réalités multiples. Plusieurs raisons ont motivé ce choix. Je suis arrivée en Bretagne en 2020. Deux confinements et un bébé plus tard, j’ai eu envie de sortir de ma grotte et de rencontrer celles et ceux qui font des films en Bretagne. J’ai participé au Rencontres à Saint-Quay pour la première fois cette année et j’y ai perçu une très belle dynamique, une ambiance familiale qui m’a donné envie d’en faire partie. En tant que nouvelle arrivante, c’est pour moi une formidable occasion de m’intégrer dans le réseau mais aussi d’apporter mon regard neuf et naïf sur certaines thématiques ou axes de travail.

Venant du documentaire, j’ai aussi à cœur de rencontrer les acteurs de la fiction, de comprendre leurs problématiques, leur vocabulaire et univers.

Mais aussi de représenter la branche des chargé.e/dir de prod dans les rangs des technicien·nes et rendre le métier moins « sybillin ». Car bien qu’on ne sache pas faire le point (sur une caméra), on en fait plein d’autres ! Oui, Excel est une technique, un style qui s’apprend et se peaufine… la prochaine fois on parlera de la magie (solitaire et invisible) d’un rendu de compte au centime près 😉

Propos recueillis par Franck Vialle, novembre 2022