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Avec « Qui a tué Louis le Ravallec ? », Philippe Guilloux nous offre une belle réflexion sur la transmission orale. C’est tout un pan de culture bretonne que nous découvrons à travers l’histoire d’une gwerz singulière, Pardon Sant-Fiakr, dans un récit tressé avec un émouvant portrait de l’ethno-musicologue Donatien Laurent. Traité comme un scénario policier, le film est un long métrage documentaire nourri de séquences fictionnées. Un film à découvrir du 18 avril au 5 juin dans une dizaine de salles bretonnes.

– À quand remonte ce désir de film ?

Je me souviens m’être longuement interrogé sur l’accueil délirant fait à Denez Prigent aux Transmusicales 1992 puis aux Vieilles Charrues. Il transportait toutes les générations avec des gwerzioù du siècle dernier. Cela a résonné avec une question que je me pose depuis longtemps : comment sensibiliser les jeunes à la culture bretonne ? J’ai voulu utiliser les outils d’aujourd’hui et l’image en fait largement partie.

– Cette réflexion sur les outils vous entraîne sur ce beau sujet de la gwerz, initialement imaginé en fiction ?

Oui, le portrait de l’ethno-musicologue Donatien Laurent, et au-delà, le récit de ce qu’est la gwerz pouvaient s’inscrire dans une fiction. Comme la gwerz qui, inspirée par le réel, finit toujours par raconter une histoire. Comme Donatien, qui n’est pas seulement un quêteur d’airs, mais qui vient chercher ces histoires. J’avais pensé mettre en scène ce qui s’est joué autour de cette fameuse gwerz de Le Ravallec et rejouer les jeunes années de Donatien.

– Pouvez-vous nous en dire plus sur Donatien Laurent ?

 Je l’ai rencontré, il y a un peu plus de trois ans, et suis tombé sous le charme de ce personnage lunaire : pour lui, s’asseoir sur un banc sur une place au Faouët en 1965 et demander à son voisin s’il connaît Le Ravallec, un garçon mort 250 ans plus tôt, c’est naturel… Après une thèse de breton, il a voulu relier musique, linguistique et ethnologie. Dans les années 50, il recueille des chants populaires. Puis il devient chercheur au Centre de Recherches Bretonnes et Celtiques où il accomplit un immense travail, notamment autour des carnets de La Villemarqué, auteur du Barzaz Breiz. C’est au cours de ces recherches qu’il découvre la gwerz et l’histoire de Le Ravallec.

– Que raconte cette histoire en quelques mots ?

En 1732, le cadavre du paysan Louis le Ravallec est retrouvé dans une rivière, près du Faouët. Au cœur de l’histoire, une rivalité amoureuse. Les autorités de l’époque concluent à un accident et l’affaire s’achève sur un non-lieu. Or, la gwerz évoque un crime, sans donner le nom des coupables par peur de représailles. Le récit s’est transmis et enrichi au fil des siècles, les chanteurs rajoutant des détails au fur et à mesure que les protagonistes directs disparaissaient.
Il faudra attendre 1965 et le travail de Donatien pour accréditer la thèse du meurtre. Il s’est livré à une véritable enquête policière, a étudié toutes les versions de la gwerz, ses évolutions et les a confrontées aux archives judiciaires. Sans chercher au départ à résoudre l’énigme, il ouvre de nouvelles pistes et donne une autre lecture de l’histoire. En découle une magnifique réflexion sur la transmission orale, trop souvent négligée par les historiens.[/vc_column_text][vc_video link= »https://vimeo.com/74732436″ animation= »left-to-right »][vc_column_text disable_pattern= »true » align= »left » margin_bottom= »0″]

– Pourquoi avoir choisi la forme documentaire, mêlant des entretiens avec Donatien et des scènes de fiction autour du personnage Louis Le Ravallec ?

C’est la rencontre avec Donatien qui m’a fait changer d’avis. Il aurait été incongru de faire jouer son rôle par quelqu’un d’autre. Donatien est à lui seul un personnage et son parcours de vie est un scénario plein de rebondissements. De toute façon, doc, fiction, docu-fiction, tout ça, ce sont des cases. Dans tous les cas, il s’agit d’embarquer le spectateur dans une histoire. De la même manière, je ne fais pas un film pour la télé ou pour les salles. D’ailleurs, ce formatage, je ne suis pas sûr qu’il réponde vraiment aux attentes des spectateurs. C’est pour ça que j’aime aller à leur rencontre en diffusant le film en salles. Ce retour direct nous conforte dans l’idée que le spectateur est encore un être humain doté d’un cerveau disponible et pas seulement pour lui vendre du coca. On n’a pas systématiquement besoin de « le prendre par la main ». À partir du moment où on lui donne des clefs, on peut l’emmener sur tous les chemins.

– Le volet fiction a-t-il été difficile à mettre en place ?

Un peu, mais je me suis pris au jeu. Jusqu’à chercher un porte-clés de 2cv datant de 1965 ! Et il ne fallait pas faire n’importe quoi. Par exemple, en 1732 il n’y avait pas encore de costume breton. Au départ, naïvement, je pensais m’adresser aux cercles celtiques pour trouver les costumes. Ça aurait été un beau ratage !
La difficulté a été le financement ! Je savais que le film excéderait 52 minutes. Et quand on dépasse cette durée, ça complique la recherche d’un diffuseur car on ne rentre pas dans les cases habituelles. À ce niveau-là, il y a eu une autre difficulté. La littérature orale est quelque chose d’universel, en Bretagne, en Afrique, en Finlande… Et pourtant, la réponse des diffuseurs a souvent été : « Le sujet est trop breton. » Là, nous touchons à des a priori très profonds. Comme le dit un intervenant dans le film : « S’intéresser à l’ethnologie du proche est considéré comme du folklore. » Nous avons la chance d’avoir en Bretagne les chaînes locales qui sont ouvertes en termes d’écriture et de durée. Mais du coup, je savais que le budget serait contraint.
On a dû innover. On a tourné dans des décors existants. Filmant en numérique, on a tiré profit de l’extrême sensibilité de ces caméras. Toutes les séquences de fiction, y compris les extérieurs-nuit, sont éclairées avec des bougies ou des lanternes, en imaginant ce que pouvait être l’ambiance en 1732.[/vc_column_text][mk_gallery images= »2238,2239″ column= »2″ height= »310″ frame_style= »simple » disable_title= »false » image_quality= »1″ pagination= »false » count= »10″ pagination_style= »1″ order= »ASC » orderby= »date »][vc_column_text disable_pattern= »true » align= »left » margin_bottom= »0″]

– La partie documentaire est d’une grande richesse et les témoignages passionnants.

J’ai sollicité des personnalités assez différentes : Eva Guillorel, Fanch Postic, Annie Ebrel. Leur rôle est d’être précis et concis, ce qui n’est pas le point fort de Donatien. C’est un chercheur, il peut passer 45 minutes à donner une définition de la gwerz. C’est passionnant mais pas très télévisuel ! En plus, il est assez imprévisible et n’est jamais là où on l’attend. Nous sommes retournés sur les lieux évoqués dans la gwerz, à Saint-Fiacre en Morbihan. J’ai « organisé le réel », et à l’équipe d’être opportuniste pour saisir ce qui allait se passer. Nous tournions toujours caméra à l’épaule, pour être à ses côtés.

– C’est donc à un voyage intemporel que vous nous invitez ?

Dans la gwerz, il n’y a pas de temporalité, et cela me passionne, comme me passionne tout ce qui touche de près ou de loin à l’identité et à la culture bretonnes car je fais mienne cette phrase de Quillivic : « Plus on est enraciné, plus on est universel. »

Propos recueillis par Caroline Troin

Qui a tué Louis Le Ravallec, un film de Philippe Guilloux / 2013 / 1h30
Produit par Carrément à l’Ouest, coproduit par Tébéo, Tébésud et TVR. Avec le soutien de la Région Bretagne, du CNC, de la Procirep et l’Angoa.

Le film sera projeté en salle et en présence du réalisateur aux dates suivantes :
Vendredi 18 avril, à 20h30, à l’Auditorium Port-Musée, à Douarnenez
Mardi 13 mai, à 20h30, au Cinéma Rex de Pontivy
Mercredi 14 mai, à 14h30 et à 20h, au Cinéma Ellé au Faouët
Jeudi 15 mai, à 20h, au cinéma La Salamandre à Morlaix
Vendredi 16 mai, à 20h30, au cinéma L’Image à Plougastel-Daoulas
Dimanche 18 mai, à 16h, aux Champs Libres à Rennes
Mercredi 28 mai à 20h au cinéma Roc’h à Guémené-sur-Scorff
Jeudi 5 juin, à 20h30 au Ciné Manivel à Redon
Une tournée coordonnée par Daoulagad Breizh et Cinéphare.

Photographies : Frédéric Hamelin (ingénieur du son), Stéphane Guillard (chef opérateur), Matthieu Delamarche (assistant opérateur) et la comédienne Typhen Lineatte © Leslie Pihier

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