Muriel Riou : une comédienne au service des figurants


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Muriel Riou face à la Cantine Numérique © Yves Mimaut


Muriel Riou lit le scénario, relève les indications, identifie les raccords, échange avec les assistants réalisateurs, et démarre sa prospection. Chargée de figuration depuis trois ans sur la région Bretagne, elle a déjà travaillé sur trois longs-métrages et accompagné des centaines « d’acteurs de complément » ou « d’extras », comme les désignent les anglophones. Aussi comédienne pour le théâtre et le cinéma, Muriel prête une attention particulière à ceux qu’on ne voit passer qu’en arrière-plan, une cigarette à la bouche, assis sur une caisse au bout du pont.

Comédienne pour le théâtre puis pour le cinéma, Muriel aime les planches et les plateaux, « pour les rencontres qu’on y fait » dit-elle simplement. Parmi ces rencontres il y eut celle de la réalisatrice brestoise Marie Hélia, qui confia un rôle à Muriel dans deux de ses films. D’abord dans Les Princesses de la piste, produit par Paris-Brest Production, où Muriel partage le premier rôle avec Sandrine Bodénès ; puis dans Microclimat, toujours produit par Paris-Brest. « Dernièrement j’ai aussi interprété le rôle d’une patronne crêpière dans Le mystère d’Henri Pic, avec Fabrice Luccini » conclut-elle sans souci d’exhaustivité sur ce premier pan de son activité professionnelle. Car Muriel s’investit dans d’autres domaines, comme celui de la direction de production, avec Tita Production par exemple, où elle a collaboré sur la production de courts-métrages. La Luna Production a également fait appel à elle pour Le travail du castor un court-métrage de Steed Cavalieri, dont le tournage est prévu début octobre en Ille-et-Vilaine. Autre corde à l’arc de Muriel, sa voix. Elle a monté son propre studio d’enregistrement, Blabla Prod, dans les locaux de La Cantine numérique, à Brest. « Je fais des voix-off pour tous les supports, principalement à destination d’entreprises françaises et étrangères ». Et puis depuis trois ans, la comédienne est devenue, aussi, chargée de figuration.


« L’humain, l’humain, l’humain », Muriel ne vente pas son sens de la communication, elle scande le plaisir qu’elle a de partager avec les autres. C’est dans les locaux de la cantine numérique qu’elle m’a d’ailleurs reçu avec la jovialité qui la caractérise. Muriel et moi nous sommes déjà croisés sur le tournage de Kursk, dernier film de Thomas Winterberg. Elle avait retenu ma candidature, ainsi que celle de centaines d’hommes « de type caucasien », pour figurer en tant que marin russe. Le matin de ma convocation, entre les loges des costumiers et celle des coiffeurs, Muriel gérait l’accueil des hommes qu’on s’apprêtait à tondre et à habiller d’un uniforme militaire : café et madeleine, signature des contrats, remise des fiches de poste, mais fait le plus remarquable, Muriel capable sans antisèche de nous désigner tous par nos prénoms alors qu’elle avait écumé 2000 candidatures et appelé 300 hommes.

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Figurants en attente sur le tournage de Kursk © Muriel Riou


Dans l’ordinateur de Muriel sont stockées des centaines de photos de figurants, bretons pour la majorité, comme autant de visages et de corps susceptibles de répondre aux morphotypes exigés par les réalisateurs ou les assistants réalisateurs avec qui elle échange. « Mais je ne m’arrête pas qu’aux caractéristiques physiques, précise-t-elle. Par exemple sur Kursk, il était intéressant d’avoir parmi nos figurants des hommes de la mer, capables d’effectuer des manoeuvres avec aisance. Pas seulement non plus, car cela reste de la fiction, et les petits arrangements du cinéma avec le réel pourraient générer de l’incompréhension chez les connaisseurs. Nous avons donc aussi recruté des intermittents en quête de quelques heures, de simples curieux, des amoureux du cinéma, des comédiens en devenir… Les profils sont très variés, c’est aussi ce qui fait la richesse d’un tournage. » Un pluralisme que l’on retrouve avec le film Les champs de fleurs réalisé par Jeanne Herry, auquel a participé Muriel, en tant que Responsable Casting aux côtés de Sonia Larue. « Sonia m’a refilé le bébé » s’amuse Muriel, qui s’est retrouvée en responsabilité d’un casting de bébé de trois mois, ainsi que de la gestion de leurs parents. « La temporalité d’un tournage est parfois difficile à concilier avec le rythme d’un bébé, et je veillais à ce que tout se passe au mieux, dans le respect des règles qui régissent la figuration. Certains enfants n’étaient que doublures, et il arrivait que des parents éprouvent de la déception à ne pas les voir tourner, d’autant plus qu’ils devaient malgré tout se tenir disponibles. Mais dans l’ensemble, tout s’est bien passé ». Plus récemment, Léo Karmann réalisait La dernière vie de Simon, tourné sur la presqu’île de Crozon. « Sur celui-ci, j’ai fait seule toute la préparation, s’exclame Muriel les yeux au ciel. Les annonces sur les réseaux sociaux et la presse, toutes les convocations, la gestion de la base de donnée.. Il y avait près de 350 figurants, dont des enfants de 7 à 12 ans. Habituellement je veille aussi au bon déroulement du tournage, mais pas cette fois, ou plutôt, à distance. En tant que première interlocutrice auprès des figurants, c’est aussi à moi qu’arrivent les réclamations, lorsqu’il y en a : une paye qui tarde, des incompréhensions sur les heures travaillées. Pour autant, j’ai souvent des retours positifs, et nombreux sont ceux à vouloir renouveler l’aventure d’un tournage. Pour exemple, sur Kursk, une partie du tournage prévu à Lorient a finalement eu lieu à Cherbourg. J’ai du prévenir 50 hommes du changement de programme, en leur laissant évidemment le choix d’accepter ou non. Ils ont tous embarqué ! Thomas Winterberg et l’équipe de tournage ont d’ailleurs vanté l’investissement des figurants bretons, et il y a eu entre eux de vrais moments de complicité. »

D’un point de vue financier l’argent est rarement le moteur des figurants, payés généralement au Smic. Quant au poste de chargé de figuration, la préparation de tournage et le tournage en lui même ne sont pas rétribués de la même manière, mais on peut envisager une enveloppe qui oscille entre 900 et 1300 euros pour une semaine de travail. C’est un métier, et on ne dira donc pas de Muriel qu’elle donne sans compter, mais il y a dans sa manière d’exercer cette nouvelle activité quelque chose de joyeux et chaleureux, qui place l’humain au premier plan.

Yves Mimaut