Le Mois du Doc, un travail au long court


maxime Moriceau
Maxime Moriceau - Coordinateur du Mois du Doc en Côtes-d'Armor © Yves Mimaut

Le mois du film documentaire, évènement national initié par l’association Images et Bibliothèques, fête cette année ses dix-huit ans. À l’échelle de la région Bretagne, ce sont quatre structures départementales qui travaillent à la programmation des films, à leurs diffusions, ainsi qu’au lien qui fait le sel du mois du doc, entre les réalisateurs, les diffuseurs, et le public. Maxime Moriceau, coordinateur du département des Côtes-d’Armor, raconte les rouages de cette machine à fabriquer des rencontres.

Ce qui pour les spectateurs ne dure qu’un mois, et ne concerne que quelques bibliothèques ou cinémas à proximité, est en réalité un travail qui s’étale sur pratiquement toute l’année, et qui mobilise en France plus de sept-cents bibliothèques, trois-cent-cinquante cinémas, une centaine d’établissements scolaires et universités, cinq-cents lieux culturels et associations, et une centaine d’espaces sociaux. Ces structures d’accueil se partagent environ trois-mille séances, qui pour certaines dépassent même nos frontières. Autant dire que le Mois du Doc rayonne au delà de nos cantons, même si l’enjeu des coordinateurs, comme Maxime Moriceau, est de nous permettre de profiter près de chez nous de l’évènement. Et de ce point de vue là les Bretons ne sont pas mal logés. « Nous sommes une des rares régions à avoir une association coordinatrice par département » indique d’emblée Maxime, qui prépare sa deuxième édition du Mois du Doc en tant que coordinateur, sous l’égide de l’association Tyfilms. « Je travaille donc de concert avec Erwan Moalic, employé par Doualagad Breizh, association finistérienne, Sarah Budex qui officie pour Cinécran à la coordination du Morbihan, et Émilie Morin qui couvre avec Comptoir du Doc l’Ille-et-Vilaine.»

Plusieurs fois par an ces missionnaires du Mois du Doc se réunissent pour décider des films coups de coeur qui bénéficieront d’une tournée régionale. « Ce sont généralement des films récents mais ce n‘est pas une règle absolue. Chacun des coordinateurs proposent deux films à l’ensemble du groupe, et nous conservons six des huit propositions. Cette année notre choix s’est porté sur Maman Colonelle de Dieudo Hamadi, Les vies de Thérèse de Sébastien Lifshitz, La terre abandonnée de Gilles Laurent, Un Paese de Calabria de Shu Aiello et Catherine Catelle, Islam pour Mémoire de Bénédicte Pagnot, et Burning out de Gérôme le Maire. » Une fois ce choix fait les coordinateurs ajoutent d’autres films à la liste, six supplémentaires pour les Côtes-d’Armor, qui seront proposés, à l’échelle du département cette fois, aux structures accueillantes. « Sur le territoire costarmoricain, je travaille avec environ trente structures, à qui j’ai soumis une sélection de douze films. Le mois de novembre étant aussi celui de l’économie sociale et solidaire nous avons proposé en plus, en partenariat avec les différents pôles ESS du département, une sélection de quatre films sur cette thématique. »

Trois journées de prévisionnage, d’avril à juin, sont organisées pour les responsables des structures d’accueils qui viennent faire leur marché. « Nous essayons de répartir ces séances sur l’ensemble du territoire, et pratiquement tout le monde répond à l’appel. Les diffuseurs sont animés par l’envie de dénicher le film qu’ils auront à coeur de faire découvrir à leur public. C’est aussi une occasion pour eux de rencontrer les autres partenaires du Mois du Film Documentaire. » Aucune obligation cependant pour les partenaires de choisir un film issu de cette liste, chacun étant libre de projeter le documentaire de son choix. « En Côtes-d’Armor, tous les films de notre pré-sélection sont programmés cette année, auxquels s’ajoutent une trentaine de films proposés par les partenaires. »

Cette période de dénichage est un préalable à la bonne fréquentation des salles, et à la qualité des films, mais le Mois du Doc se veut avant tout être un moment de rencontre et de débat autour du cinéma documentaire. « C’est ce qui en fait la spécificité, et qui personnellement m’intéresse le plus. C’est aussi la tâche la plus complexe pour les coordinateurs. Chaque film projeté doit être accompagné, prioritairement par le réalisateur ou la réalisatrice, sinon par un membre de l’équipe du film. Il s’agit parfois de véritables tournées pour les cinéastes, qui ne sont pas toujours en mesure d’offrir leur pleine disponibilité. Pour exemple, Un Paese de Calabria est programmé trente fois dans le mois sur toute la région. Les deux réalisatrices et le preneur de son du film, Jean-François Priester, se sont donc partagés les projections pour ne pas sillonner les routes de Bretagne le mois entier, même si rare sont les réalisateurs qui boudent leur plaisir d’échanger autour de leur travail et de découvrir le territoire. L’on échappe pas malgré tout à quelques déconvenues, lorsque par exemple un réalisateur sollicité en mai, se montre finalement indisponible sur la période du Mois du Doc. Nous veillons en tous cas au bon accueil des cinéastes, pris en charge pour moitié par les partenaires, qui sont généralement très prévenants à l’égard de leurs invités. Certains documentaires sont d’ailleurs si prisés que des structures parfois très proches se portent sur le même choix. Il faut donc faire un travail préventif, comme à Dinan, où le Mois du Doc concerne le cinéma, la MJC et la bibliothèque. Nous encourageons dans ces cas là les partenaires à choisir des films différents, et nous leur suggérons une deuxième option de film si besoin.»

Reste enfin à prévoir le bon déroulement de la séance et de l’échange avec le réalisateur. Assurer les conditions techniques de projection, présenter le film et l’invité, ouvrir la discussion à l’issue de la projection, relancer le débat en cas d’essoufflement, recentrer l’échange sur le film lorsque les interventions s’en éloignent, sont autant de compétences qui s’apprennent. Deux formations gratuites sont ainsi proposées sur huit dates et sur l’ensemble de la région. Elles sont généralement animées par des professionnels du domaine concerné, ou par l’un des coordinateurs. « Pour ma part j’ai proposé aux participants une mise en situation, en salle, autour de l’animation de séances. Nous étions une dizaine, ce qui était suffisant pour le bon déroulement de l’atelier, mais qui reste faible au regard du nombre de partenaires. Ce volet là de notre activité, du moins dans mon département, reste encore à développer. »

Tout n’est donc pas parfait, mais il n’en demeure pas moins qu’en dix ans le nombre de structures partenaires du Mois du Doc en Bretagne est passé de cent-vingt-cinq à deux-cent-huit, et les spectateurs, de douze milles à plus de vingt-mille. Des chiffres en constante évolution, qui laisse envisager de beaux mois de novembre à venir pour le cinéma documentaire.


En savoir plus :

  • Pour devenir partenaire du Mois du Film Documentaire, les structures doivent contacter l’association coordinatrice de leur département. 
  • Le catalogue du Mois du film documentaire sera disponible dans les bibliothèques et autres lieux de distributions à partir de la mi-octobre.
  • http://www.moisdudoc.com/