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Début avril dernier, Marion Gervais présentait son premier film « Anaïs s’en va-t-en guerre » en avant-première à Saint-Malo. Diffusé dix jours plus tard par les télévisions locales de Bretagne, coproductrices du documentaire, il a depuis rencontré un plus large public via le replay des chaînes relayé par les réseaux sociaux. Deux mois seulement se sont écoulés et l’engouement du public ne s’est pas tari, comptabilisant plus de 270 000 vues sur le net. Des articles dans Rue89, Le Nouvel Obs, XXI, 20 minutes, Ouest France… Marion Gervais enchaîne les entretiens avec la presse subjuguée par cette « contagion virale ». L’occasion de faire le portrait de cette réalisatrice qui s’inspire des vies hors de la norme.

« Jean-Pierre Duret, une de mes références en termes de cinéma documentaire, vient de poster un super commentaire sur sa page Facebook ! Je suis vraiment touchée de voir comme le film plait à tout le monde : philosophes, agriculteurs, étudiants, réalisateurs… » Si elle avoue « n’avoir pas encore réfléchi à tout ce qui se passe » autour de son film, Marion Gervais se réjouit de cet engouement à l’image du film, « il vit sa vie sur le net et il y a une cohérence avec la façon dont il s’est fait ».

Anaïs s’en va-t-en guerre est né d’une lumineuse rencontre avec un personnage à l’incroyable volonté. Dans les champs d’Anaïs, jeune agricultrice entourée de ses fleurs, Marion pressent immédiatement que la force de cette jeune fille de 24 ans qui a « ce projet un peu fou de prendre une ferme pour y cultiver des plantes aromatiques » sera l’axe autour duquel elle veut poser sa caméra.

« Le film s’est fait avec peu de moyens. Nous avions le soutien de TV Rennes 35 et des chaînes locales, de la Région Bretagne, très précocement, et je sais que ça été déterminant pour que le film existe. Malgré tout, je savais que j’aurais besoin de temps pour ce film. » Qu’elle a pris effectivement, puisque Marion a tourné pendant deux ans, seule, sans ingénieur du son le plus souvent. « J’avais besoin d’être avec Anaïs, parfois sans ramener aucune image. Mon fil directeur n’est pas intellectualisé, je suis dans une quête du vrai et je ne filme pas si je ne le sens pas. » Sa manière de capter les instants forts, qui font sens par rapport au personnage et à son parcours, lui fournissent une matière inhabituellement limitée pour un si long tournage. C’est à partir d’une cinquantaine d’heures de rushes que Marion et sa monteuse Solveig Risacher entament le travail de tissage du film, en Bretagne près de chez la réalisatrice. Au générique du film s’ajoutent l’ingénieur du son Ronan Gicquel, présent ponctuellement au tournage, et le musicien anglais Michael Wookey qui a composé une musique originale en s’accommodant, « dans un bel élan collectif et créatif », de l’économie fragile du film.

Aujourd’hui, il est « partagé » par les internautes, dans la gratuité. La détermination d’Anaïs et son histoire les touchent et ce succès comble Marion et ses producteurs Juliette Guigon et Patrick Winocour de Quark, qui ont étendu le temps d’accès en replay « car c’est comme ça que ce film a du sens, qu’il veut dire quelque chose. Il reste un électron libre ».[/vc_column_text][mk_gallery images= »3099″ column= »1″ height= »299″ frame_style= »simple » disable_title= »false » image_quality= »1″ pagination= »false » count= »10″ pagination_style= »1″ order= »ASC » orderby= »date »][vc_column_text disable_pattern= »true » align= »left » margin_bottom= »0″]

Cette expression convient aussi à Marion Gervais qui chérit la liberté. Aujourd’hui réalisatrice de documentaire, elle a mené une vie riche de voyages, de rencontres et de cinéma, marquée d’un farouche esprit « d’explorations » et d’indépendance. À quinze ans, celle qui écrivait déjà des films, découvre Claude Lucas par la lecture de Suerte et rêve de faire un film sur lui. Elle lui écrit en prison, il refuse. Qu’à cela ne tienne, Marion fera du cinéma autrement. Après un long séjour en Afrique de l’Ouest, elle a vingt ans et elle travaille aux côtés de Michel Denisot à Canal Plus. Et quand en 1989 est lancé le Zapping, il confie la réalisation de l’émission à Marion et Philippe Eckerlé : « À l’époque on regardait la télé toute la nuit et j’enchaînais avec ma journée de journaliste, c’était une vie dingue ». Elle côtoie Laure Adler, Jean-Luc Delarue, Alain de Greef et tout le petit monde de la télé nouvelle génération de l’époque. Mais ce n’est pas ce monde-là qu’elle veut explorer, « l’appel de la route était trop fort » et elle glisse ses pas dans ceux de Jack Kerouac, son héros, « pour suivre sa route, m’arrêter là où il s’était arrêté… J’étais exaltée et aussi un peu « habitée » comme on peut l’être à cet âge-là ! »

Suivront d’autres années nomades pendant lesquelles elle cultive son intérêt pour les univers à part et ceux qui les habitent : elle passe du temps auprès de gens de la rue, d’Amérindiens, d’Inuits, de Roms. En parallèle, elle fait du casting pour le cinéma, s’affranchissant des agences de comédiens et « préférant trouver les gens dans la rue ». Rapidement reconnue pour la qualité de ses « castings sauvages », on lui confie la recherche de gens au profil hors norme, – SDF, transsexuels, Roms -, pour les réalisateurs Julian Schnabel, Chantal Akerman, Manuel Pradal, Bruno Podalydès, Claire Denis… Un travail qu’elle mène avec fougue, « comme une quête, sans cadres, sans horaires, en immersion complète » dans les mondes où vivent les gens qu’elle cherche. Ainsi pour le film Marie baie des Anges de Manuel Pradal, elle caste des jeunes gens issus des communautés Roms. Elle sillonne l’Europe pendant 18 mois, visite les centres d’accueil, les prisons de mineurs en Corse, en Italie et croise le chemin de la très jeune Vahina Giocante sur un stand de barbe à papa dans une fête foraine. Elle sera choisie pour le premier rôle.
De nombreux castings ou de coaching d’enfants sur les tournages plus tard, elle revient en France, son désir de réalisation est intact. Avant de se lancer, elle choisit les Ateliers Varan pour leur principe de formation avec lequel elle se sent « plus qu’en phase, il n’y avait que là que je pouvais aller ! Le cinéma direct tel qu’il est enseigné à Varan est pour moi synonyme d’un cinéma qui ne triche pas, qui va au cœur des choses. Cette formation est une expérience forte, rigoureuse et même austère mais dans le bon sens du terme, pour moi elle a été fondatrice. C’est une excellente base, à la fois solide et pleine de sens, pour ensuite filmer comme on est… » C’est assurément ce qui fait la sincérité de son film, tout comme ce soin qu’elle a eu de « ne pas penser à ce qu’il allait devenir, car y penser reviendrait à penser à l’argent et ça n’est ni mon moteur ni celui d’Anaïs. Qu’il ait gardé son intégrité depuis la fabrication jusqu’à sa vie aujourd’hui, libre et gratuite, me va très bien ! »
Marion espère bien sûr d’autres moyens pour ses prochains films mais, aujourd’hui, elle aspire à continuer d’accompagner la comète qu’est devenu son film. Elle aimerait qu’il soit un jour montré en prison et dans les lycées pour parler « transmission et transformation », des thèmes qui lui sont chers. D’ici là, Marion Gervais présentera son film au public du festival Etonnants Voyageurs. Souhaitons-leur de beaux échanges.

Elodie Sonnefraud

Dimanche 8 juin à 10h15, dans le cadre du festival Etonnants Voyageurs, projection au Cinéma Vauban, en présence de la réalisatrice, d’Anaïs Kerhoas et de Juliette Guigon productrice chez Quark.

Anaïs s’en va-t-en guerre / 46 minutes / 2014. Un film de Marion Gervais. Une coproduction Quark, TVR, Tébéo, TébéSud. Avec la participation du CNC. Avec le soutien de la Région Bretagne et de la PROCIREP & de l’ANGOA.

A regarder sur http://www.anaissenvatenguerre-lefilm.com/[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]