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Pour sa onzième édition, le festival Longueur d’ondes accueille à Brest, du 11 au 16 février, une multitude de rendez-vous autour de la radio et de l’écoute. L’occasion de mettre en lumière les pratiques d’écriture et de réalisation documentaires et de cerner les différences entre les approches sonore et audiovisuelle.

Il existe aujourd’hui deux principales sources de diffusion de documentaires sonores de création : Radio France et Arte Radio, auxquelles s’ajoutent les radios associatives et web radios. La radio est le média du son, le seul d’ailleurs à se contenter ainsi d’un unique sens pour (re)tenir son public. Le son est un support de narration, une matière à façonner. « Un documentaire sonore est censé procurer autant d’émotion et d’intensité, sinon davantage, que son équivalent audiovisuel, mais autrement : en misant sur la valeur narrative du son, la syntaxe du montage et du mixage », précise Kate Mortley, productrice qui travaille notamment pour France Culture.

Plusieurs réalisateurs de documentaire audiovisuel de la région se sont frottés au documentaire sonore pour la radio. Le choix du son ne s’est fait pas de la même manière pour tous. Ce sont des rencontres qui ont donné envie à Jean-Jacques Rault et à Lauriane Lagarde de déposer un premier projet à France Culture, puis un second. Dans leur démarche de réalisation audiovisuelle, ils prêtaient déjà tous les deux une oreille et une attention particulière au son. Le premier a choisi le son pour explorer d’autres facettes de ses sujets de prédilection. « Aujourd’hui, une méfiance s’est développée vis-à-vis de l’image qui est omniprésente et qui fait peur. Alors que les gens ont moins peur du son, ce qui rend le travail d’approche plus facile », précise-t-il.
Lauriane Lagarde, qui a, grâce au son, exploré le registre de l’intime, estime que « certaines démarches n’ont pas besoin d’images, même si tous les sujets sonores amènent l’auditeur à se faire ses propres images ». Et elle a d’ailleurs très vite senti, lors du développement de son projet de documentaire sonore, qu’il servirait de base à un futur projet audiovisuel. Pauline Burguin, quant à elle, a intégré le son très tôt dans son travail. Comme journaliste, il est très fréquent qu’elle enrichisse un article par une ambiance sonore, un « paysage », un extrait d’interview. Sa collaboration avec l’ingénieure du son Lucie Hardoin a été fondatrice de sa démarche car c’est en travaillant avec elle qu’elle a pris conscience de l’importance du son, comme en témoigne cette Balade cairote.

Liberté chérie

Les pratiques professionnelles changent-elles quand on ne travaille qu’avec le son ? Jean-Jacques Rault apprécie la plus grande simplicité de l’approche sonore et « ça fait du bien. Loin de la lourdeur de l’audiovisuel, le son permet une plus grande liberté ». Souvent une équipe de deux personnes suffit, ce qui induit aussi une plus grande complicité entre le producteur (qui est en fait le réalisateur) et l’ingénieur du son. Et c’est dès la phase d’écriture que le processus s’allège : moins de commissions, des dossiers plus légers. Tout va plus vite et les réalisateurs peuvent jouer de cette spontanéité et de cette dynamique.
Même si l’étape de l’écriture existe bel et bien et va loin dans le détail car il s’agit de donner à entendre les voix et les sons, les ambiances, le paysage. L’écriture sonore se déploie sur plusieurs niveaux qui donnent de l’épaisseur à la narration. « Contrairement au spectateur qui est d’abord attentif à l’image et pour qui le son n’est appréhendé qu’en second lieu, l’auditeur est concentré sur le son. Il faut donner matière à écoute », ajoute Jean-Jacques Rault. Et « déplacer son regard… ou du moins son oreille », ajoute Lauriane Lagarde pour qui « le son semble infini là où le cadre de l’image pose des limites ».
La place de l’imaginaire et celle donnée à la parole sont encore plus marquées dans le documentaire sonore. Ainsi, dans Avec elles, documentaire sur la place des femmes musulmanes en France, la jeune réalisatrice a choisi le son pour donner toute sa place à la parole, qu’elle voulait centrale, synonyme d’épure et de proximité. Parole qui, pour Pauline Burguin, reste synonyme d’authenticité et qui lui permet « d’être plus proche du réel », comme dans Maison de retraite sur écoute.
Dans la phase du montage, le pari est toujours d’approcher au plus près de son idéal avec la réalité de la matière qui a été engrangée. Mais dans un montage de film, le son peut servir à équilibrer les manquements de l’image. Dans un documentaire sonore, il n’existe pas de  »béquille ». Il faut savoir anticiper et collecter toute la matière nécessaire. Lauriane Lagarde a réalisé quatre entretiens séparés qui se sont complétés, répondus, au moment du montage. Les sons donnent ensuite du rythme et marquent les transitions. Pour Jean-François Marquet, d’abord producteur de documentaires sonores pour la radio avant de passer à l’audiovisuel, « l’environnement sonore est au moins aussi informatif et dramaturgiquement aussi important que la parole ». Au final, les deux approches s’enrichissent l’une de l’autre. En sons comme en images, il s’agit de « raconter des histoires, toujours, avec des matériaux, et de faire au mieux », conclut Jean-Jacques Rault.

Véronique Langlois

Autour du documentaire sonore, plusieurs rendez-vous : la carte blanche de la Scam à Frederick Wiseman, invité du festival; un hommage à Jean Couturier en compagnie d’Irène Omélianenko; les nouvelles écritures sonores avec Anne Brunel et des rencontres avec Christophe Rault, Baptiste Etchegaray, Olivier Minot ou encore Olivier Chaumelle et Nathalie Batthus. A noter une rencontre avec Lucie Hardoin, « En binaural », atelier de découverte sonore autour de cette technique, le samedi 15 février à 14h au Quartz.

Toutes les informations sur le site du festival Longueur d’ondes
 »Balade cairote » réalisée par Lucie Hardoin avec la matière sonore collectée dans le cadre du projet de documentaire Les dramatiques de Pauline Burguin / Festival Longueur d’ondes 2011
« Avec elles » de Lauriane Lagarde et Anne Franchini / 22 février 2012 Sur les docks / France Culture
« Maison de retraite sur écoute » de Pauline Burguin / février 2014[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]