LA BOBINE 11004 sélectionné à Visions du Réel, en ligne du 17 au 24 avril


La bobine11004 de Mirabelle Fréville, court métrage documentaire (19′) produit par les 48e Rugissants (Adeline Le Dantec) et En Roue Libre (Sylvie Balland), est sélectionné au festival Visions du Réel, Festival international de cinéma de Nyon, qui ouvre aujourd’hui pour une édition tout à fait inédite en ligne.

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Résumé
En 1946, huit mois après les bombardements atomiques, une équipe de cinéma de l’armée américaine réalise au Japon un long-métrage documentaire. Plusieurs bobines sont tournées à Hiroshima et Nagasaki dont la 11004. 

Avec le soutien de la Région Bretagne et de la Bourse Brouillon d’un rêve (SCAM) en partenariat avec le CNC et en coproduction avec ViaVosges.

Montage Image & Son : DENIS LE PAVEN
Musique et son additionnels : MARGARIDA GUIA
Création graphique : ANNE CAMINADE

 

visuel def bobine

Intentions
La valeur ontologique de l’image, écrit Bazin, sert à sauver les disparus d’une seconde mort spirituelle. Par ce film, j’ai voulu faire exister les victimes de la bombe d’Hiroshima et de Nagasaki, ces vivants d’alors, se faire croiser nos regards et leur donner l’attention dont ils ont été privés le temps d’une projection.

Naissance du film

Ce film est né il y a six ans au NARA, les Archives Nationales Américaines de Washington. Je travaillais comme co-auteure et documentaliste sur L’or Rouge, un film produit par Vivement Lundi et réalisé par Philippe Baron composé uniquement à base d’archives que je recherchais dans le monde entier.
Beaucoup s’imaginent que dans l’une des plus grandes bibliothèques du monde, tout est numérisé et sur ordinateur; il n’en est rien. Une grande partie des contenus sont encore référencés sur des fiches bristol et les films sont à visionner sur des tables de montages 16 mm ou 35 mm. On peut y voir outre les sujets montés, les rushes .

J’affectionne particulièrement les rushes dans mes recherches d’archives, j’y découvre des multitudes de détails révélés par le cameraman, des indices qui sont bien souvent laissés de côté par le réalisateur au montage. Chaque plan est une mine d’informations : la texture des couleurs et le logo de la pellicule utilisée rappellent l’époque; les claps donnent les lieux et la date du tournage.

Pendant les deux semaines passées au NARA, je visionnais des centaines de rushes.Tôt le matin, je commandais les bobines repérées la veille et il arrivait fréquemment que je me trompe de numéro d’identification.

Alors que j’attendais un film en noir et blanc sur la transfusion sanguine du commandant Tōjō dans un hôpital à Tokyo en 1945, la « 11004 » est arrivée par erreur sur mon chariot de commande. Je chargeais la copie sur la table. Les premières images se déroulaient dans un hôpital et donnaient à voir les preuves d’une explosion ou d’un bombardement : des mains entaillées, des impacts sur les murs, des morceaux de verre en gros plan, une couverture décolorée. Ces traces qui pouvaient sembler insignifiantes prenaient tout leur sens quand on découvrait la suite de la bobine : des visages balafrés, le dos d’un enfant brûlé, un morceau de verre à l’intérieur du bras d’une victime, une pelade sur la tête d’un petit garçon. Grâce aux claps indiquant « Hiroshima », « Nagasaki et « 1946 «, je compris où et quand elle avait été tournée.

La bobine durait 19 minutes. Je la regardai une première fois; puis une seconde. Ces images me questionnaient et me bouleversaient. Chaque plan témoignait froidement des effets de la bombe.

Comme dans un rapport scientifique, les patients étaient filmés comme des animaux de laboratoire. Les regards étaient vides, les yeux baissés comme écrasés par la honte. Au-delà des plaies apparentes, on décelait les séquelles invisibles de la bombe. J’étais profondément touchée par ce sujet mais aussi par cette matière brute que j’avais sous les yeux. Cette accumulation de plans fixes était très signifiante.

La bobine était muette et en couleurs, en Kodachrome exactement : cette pellicule avec son grain très fin et des colorations quelquefois saturées dont le rouge est la couleur dominante. Notre culture cinématographique autour d’Hiroshima et de Nagasaki est en noir et blanc : Pluie noire de Shôshei Imamura, Hiroshima mon amour d’Alain Resnais, les films d’actualité de l’époque. J’étais donc très troublée par cette couleur. Elle donnait une proximité inattendue avec l’événement et ceux qui lui avaient survécu. Les sentiments de réalité mais aussi d’irréalité qu’elle provoque étaient troublants, la couleur nous rapprochant de ce qui était filmé, mais nous éloignant des souvenirs que nous avons de cette catastrophe atomique. Elle m’évoquait les films de famille et à l’évidence cela augmentait chez moi l’impact émotionnel des images. Touchée par le traitement et le sujet, j’eus tout de suite le désir d’en faire un film.
Dès mon retour en France, je commençai à enquêter.


BIOGRAPHIE

Mirabelle Fréville est réalisatrice, programmatrice et documentaliste. Après des études d’anthropologie politique et de cinéma, elle rentre à la chaîne de télévision la 7-Arte pour acheter les courts et moyens métrages. En 1995, elle part s’installer en Bretagne où elle devient documentaliste sur des films d’archives et programmatrice de Festival de films (Brest, Doc Ouest, Travelling). Elle réalise son premier film La Source en 2012, co-écrit L’Or Rouge avec Philippe Baron en 2014 et vient de réaliser La Bobine 11004 en 2020.

Filmographie

2020   La Bobine 11004, 19’, documentaire,
2012   La Source, réalisatrice  36’, documentaire
2014   L’or Rouge, 52’, documentaire