EL PAMPERO CINEMA : résistance, invention, organisation et « coûts » de génie…


Du 2 au 9 mars, le cinéma La Salamandre (Morlaix) organise – en lien avec le Festival Regards Satellites de Saint Denis et avec le soutien du GNCR – une grande rétrospective consacrée à El Pampero, collectif d’artistes à qui l’on doit récemment La Flor et Trenque Laquen.

A cette occasion, Cinéphare et Films en Bretagne proposent à leurs adhérents une rencontre avec l’un des membres fondateurs du collectif, Alejo Moguillansky et l’actrice, danseuse et chorégraphe Luciana Alcuna.

Il y a bien là l’idée, à la fois, de faire découvrir à nos adhérents le fonctionnement original et singulier d’El Pampero, de continuer un parcours d’inspiration avec d’autres manières de faire des films et d’étendre le champ des rencontres que nous pouvons, en croisant les différents réseaux, imaginer.


Un temps privilégié de rencontre - samedi 2 mars, de 14h30 à 16h

 

A la découverte de la Galaxie El Pampero :
Rencontre avec Alejo Moguillansky et Luciana Acuña

Cela fait près de vingt ans que la troupe de cinéma argentine El Pampero résiste encore et toujours en faveur d’un cinéma indépendant, profondément cinéphile et extraordinairement inventif. Comment leur méthode de travail collective a-t-elle évolué au fil des années ? Nous aborderons l’intrication entre désirs de mise en scène et choix de production avec Alejo Moguillansky et nous nous demanderons avec l’actrice et chorégraphe Luciana Acuña en quoi est-il particulier de jouer avec El Pampero.
Pour rappel, El Pampero Cine est né en 2002 du désir d’un petit groupe de cinéastes touche-à-tout – Mariano Llinás, Laura Citarella, Agustín Mendilaharzu et Alejo Moguilansky – de réinventer la manière de faire du cinéma en Argentine : le collectif repense les rapports entre production, réalisation et distribution et œuvre à une totale indépendance vis à vis des financements classiques…

Autre particularité, la porosité des rôles, chaque film étant pensé et fabriqué de manière collective. S’ils travaillent avec des budgets bien inférieurs aux productions industrielles, leurs productions brillent par leur régularité (24 films depuis la création !) et leurs qualités artistiques et techniques, pour preuve la liste de sélections et de récompenses de chacun de leurs films. Après le succès surprise de La Flor en salle (pour un film de 14h30 !), Trenque Lauquen, sorti l’année dernière, a été classé n°1 du Top annuel des Cahiers du cinéma (et 6ème des lecteurs !).

Planète El Pampero : en quête de fictions (d’après Claire Allouche)
La Flor (2018) de Mariano Llinás, film-fleuve de quatorze heures, fut reconnu au moment de sa sortie pour la virtuosité avec laquelle il se métamorphosait en revisitant les genres cinématographiques, comptant notamment sur l’interprétation sidérante des quatre comédiennes du groupe Piel de Lava, dont fait partie Laura Paredes. La Flor a aussi été l’occasion de révéler en France l’œuvre de la troupe… Fondé en 2002, El Pampero Cine a marqué un tournant dans l’histoire du cinéma national avec Historias Extraordinarias (2008) signé par Llinás. Avec ce film, les dés étaient lancés : depuis, les quatre lurons ont réalisé ensemble une vingtaine de longs métrages, qui, sans ne jamais se répéter, excellent à se faire écho, avec un précieux sens du rythme et de la dérision.

Leurs films en général, et ceux montrés pendant cette semaine à Morlaix en particulier, remettent en jeu la construction de la fiction, en confiant dans leurs personnages-enquêteurs, bricoleurs d’histoires, interprétés par des acteurs-détracteurs, lesquels dénotent au passage de la proximité de El Pampero avec la scène contemporaine des arts vivants en Argentine. En huit titres, dont six inédits en salle, ce focus propose d’arpenter un pan de la palpitante planète El Pampero.

Nous parcourrons la Provincia de Buenos Aires de mystère en mystère (La Flor, Trenque Lauquen), nous sillonnerons la capitale inspirés par la poésie argentine (Corsini interpreta a Blomberg y Maciel), nous revisiterons une sonate de Schubert en deux temps (La Vendedora de fósforos, Un Andantino), nous assouplirons nos rituels de confinement (Clementina), nous troquerons l’argent corrupteur venu d’Europe contre un trésor enfoui dans le Nord argentin (El Escarabajo de Oro) puis nous irons dérober un trophée en Colombie (Por el dinero). Et surtout, nous raviverons à chaque plan les flammes de la fiction.

Samedi 2 mars • 14h30 • Cinéma La Salamandre, Morlaix

Rencontre sur inscription gratuite >>>>>>> ICI 

 

 


Des films

Ce focus proposé par La Salamandre en partenariat avec Regards Satellites, est l’occasion de découvrir 5 films inédits en salle en France et de voir ou revoir Trenque Lauquen et La Flor, le tout en présence d’Alejo Moguillansky, Luciana Alcuna, Mariano Llinas, Laura Paredes et Agustin Mendilaharzu.

 

Por el dinero d’Alejo Moguillansky
Argentine – 2019 – 1h19
Inédit en salles en France

Tout commence par une « pièce dansée documentaire » intitulée « Por el dinero » : un cinéaste, un compositeur, une chorégraphe et un danseur font leurs comptes en public, auxquels s’ajoute l’autofinancement de la pièce en question. Un festival colombien invite le quatuor à jouer leur spectacle. Ils gagneront un petit cachet et qui sait, peut-être le bien doté Prix de la Banque. « Pour l’argent », ou plutôt, pour éponger leurs dettes, jusqu’où iront les quatre artistes ? Annoncée comme une tragédie en trois actes, Por el dinero se dédouble en une comédie de troupe à l’esprit renoirien. Le film se fabrique au jour le jour, avec la fougue collective propre aux arts scéniques et un humour critique vis-à-vis des stratégies économiques de survie de chacun. (Claire Allouche)

Samedi 2 mars, 16h00 • cinéma La Salamandre
Séance suivie d’une rencontre avec Alejo Moguillansky et Luciana Acuña

El Escarabajo de Oro d’Alejo Moguillansky et Fia-Stina Sandlund
Argentine • 2014 • 100 minutes
Inédit en salles en France

À l’aune de l’histoire du cinéma, El Escarabajo de Oro est sans doute l’un des films les plus difficiles à résumer. Manifeste de sabotage contre les coproductions internationales imposées, impétueuse comédie décoloniale, film de pirates depuis le plancher des vaches, relecture espiègle de l’histoire de l’Argentine, réjouissant road movie en direction du Nord-Est du pays, autoportrait fictionalisé de la famille élargie de El Pampero, El Escarabajo de Oro rend justice à ce précepte de Walter Benjamin : le véritable trésor n’est pas un monticule d’or mais l’expérience d’une œuvre partagée. (Claire Allouche)

Samedi 2 mars à 20h30
En présence d’Alejo Moguillansky et Luciana Acuña

La Vendedora de fósforos
et Un Andantino d’Alejo Moguillansky
Argentine – 2017/2022 – 1h10 / 1h05
Inédit en salles en France

La Vendevora : Walter est scénographe. Il vient d’être engagé sur un opéra contemporain composé par Helmut Lachenmann, La Petite Marchande d’allumettes. Marie lui inspire des idées dramaturgiques, tout en renouant avec sa vocation de pianiste auprès de l’exigeante Margarita Fernández. Entre eux : leur fille, Cleo, trimballée de théâtre en leçons de musique, inlassablement captivée par une VHS de Au hasard Balthazar. Articulant une réflexion sur les déséquilibres structurels au cœur d’un couple et les aléas économiques de la création artistique, ici libérée de tout imaginaire romantique, le cinquième long métrage de Moguillansky dénote de l’agilité du réalisateur- monteur à faire tenir ensemble de multiples lignes narratives. (Claire Allouche)

Un Andantino : Cinq ans après La Vendedora de fósforos, Alejo Moguillansky réunit les actrices María Villar et Cleo Moguillansky pour commenter une séquence du film finalement laissée de côté au montage. La pianiste Margarita Fernández y étudie la sonate de Schubert qui ponctue Au Hasard Balthazar. Que nous dit ce morceau que le film de Bresson ne pouvait exprimer d’aucune autre manière ? L’analyse musicale se transforme bientôt, de la confession du cinéaste, en une ode à « trois femmes de différents âges dans un même espace, dans un même temps. Sur le temps qui porte. » (Claire Allouche)

Dimanche 3 mars à 15h30
En présence d’Alejo Moguillansky, Luciana Acuña et la jeune actrice Cleo Moguillansky- Acuña

 

et pour continuer de découvrir le cinéma d’El Pampero…  

Trenque Lauquen – Partie 2 de Laura Citarella
Argentine – 2022 – 2h13
Film soutenu par le GNCR
« Adieu, adieu, je m’en vais, je m’en vais ». Ce sont les mots qu’a laissé Laura en disparaissant, sans prévenir. La botaniste était à la recherche d’une fleur rare dans la localité de Trenque Lauquen. Deux hommes qui l’aiment, Rafa, son compagnon et Chicho un collègue devenu complice intime, mènent l’enquête. L’évaporation de Laura entretient-elle des liens avec ses investigations sur des énigmes irrésolues de Trenque Lauquen ? Avec elle, de Preminger à Lynch, c’est toute une histoire cinématographique des Laura disparues qui se réécrit et devient ludiquement subvertie. Élu film de l’année 2023 par les Cahiers du Cinéma, le quatrième long métrage de Citarella excelle à habiter la fiction comme forme d’émancipation. (Claire Allouche)
Jeudi 7 mars à 20h00
en présence de Laura Paredes et Mariano Llinas

Clementina de Constanza Feldman et Agustín Mendilaharzu
Argentine – 2022 – 1h49
Inédit en salle
Comment construire son espace à soi dans un appartement qui déborde de bibelots et tombe en lambeaux ? Tel est le défi qui se pose à Clementina, jeune femme aussi mutique que mutine. Pendant le long confinement argentin, elle se retrouve à vivre avec son compagnon, mais également avec l’extravagante collection d’objets de ce dernier. Pour résister à la monotonie et se frayer une place dans ce chaos casanier, Clementina déploie des stratégies chorégraphiques et laisse aussi affleurer la fiction à partir des moindres sons. Ce premier long-métrage Feldman et Mendilaharzu fait voler en éclat les poncifs du film de confinement au profit d’une mise en scène burlesque, dont la précision musicale n’est pas sans rappeler Jacques Tati.
Vendredi 8 mars à 20h30
en présence d’Agustín Mendilaharzu et Mariano Llinas

La Flor, première partie de Mariano Llinás
Argentine – 2018 – 3h30
Film soutenu par le GNCR
Un film en six épisodes et quatorze heures d’aventures. Nous voilà propulsés de la malédiction d’une momie au pied des Andes à un mélodrame musical en bord de mer, d’un film d’espionnage international à un casting d’arbres printanier dans la Province de Buenos Aires, d’une visite à Jean Renoir en pleine pampa à la recherche de femmes captives dans l’Argentine du XIXe siècle. Un film, un seul, par la force d’une forme florale qui accueille les soubresauts de la fiction. À la racine, une décennie de création partagée entre une troupe de cinéma, El Pampero Cine, et une bande d’actrices, Piel de Lava. (Claire Allouche)
Samedi 9 mars à 15h00
en présence de Mariano Llinas et Agustín Mendilaharzu