« DISCO BOY » : Le feu et les paillettes comme les miettes de la lumière du monde…


Les films Grand Huit poursuivent leur fulgurante trajectoire et sortiront le 26 avril prochain le premier long-métrage de Giacomo Abbruzzese Disco boy (après I Santi, court qui a fait le tour du monde) : un film singulier qui serpente dans la nuit et ses lumières, qui suit Franz Rogowski (qu’on a notamment vu traverser la filmographie de Christian Petzold) dans les villes et la jungle, qui cultive son cheminement interlope de combattant, en pleine conscience de l’absurdité de la violence.

Voyage dans quelques unes des images marquantes de ce film à l’occasion de sa sélection en Compétition à la Berlinale 2023… Autant dire que Disco boy et son équipage, font leur entrée par la grande porte !


La belle ouvrage…

Un casting impeccable, une bande son de haute tenue, une image et une mise en scène à couper le souffle entre la jungle, les villes, les routes et campagnes de tant de continents…  Tous les ingrédients sont réunis pour la réussite de ce Disco boy troublant, de ce nouveau pan d’univers que nous propose Giacomo Abbruzzese, celui que sa productrice Pauline Seigland aime qualifier « d’artiste total ».

Une fois qu’on a posé ça – « Artiste total » – sur la table, le récit de l’épopée du film est à l’avenant…  « Il faut toujours être à la hauteur ! », rappelle Pauline. « Nous connaissions Giacomo depuis longtemps : ce long-métrage avait déjà l’avance sur recettes quand nous sommes montés dans le bateau, et en parallèle nous avons commencé à travailler, puis avons produit I Santi. Nous avons produit le court, mais le long existait déjà… Pour Disco boy, nous avons fait face à un vrai alignement d’étoiles, dans la mesure où nous sommes parvenu à réunir Franz Rogowski (au casting), Hélène Louvard (à la photographie) et Vitalic (à la musique). Pour ainsi dire, nous sommes également alignés avec notre conception du travail et de notre métier : nous ne sommes attendus nulle part ! Il nous appartient de travailler l’ambition et l’excellence, de réunir les conditions de cette ambition et de cette excellence pour faire exister des films comme celui-là ! ».

Et si on parle d’alignement d’étoiles, pas de recours aux étoiles filantes et aux plans sur la comète pour nos comparses de Films Grand Huit… Tout est dans le travail, l’acharnement, la constance : « Il faut faire en sorte d’avoir suffisamment de bonnes nouvelles pour rester dans l’énergie – et beaucoup échanger avec d’autres, écouter leur conseils et leurs expériences, apprendre et se nourrir de l’expérience des autres, et de l’experiences que nous avons pu acquérir auprès d’autres producteurs et productrices, avec d’autres créateurs et créatrices. En d’autres termes, nous nous appliquons toujours à multiplier les occasions d’avoir de la chance, et d’apprendre. Nous prenons des directions, bâtissons des stratégies. Si cela ne marche pas, nous déployons une énergie folle à toujours rebondir ! ».

De cette énergie, nous avons déjà vu plusieurs éclats, et des états de grâce… Les nombreux prix en festivals raflés par les courts de Films Grand Huit furent des signes avant coureurs. Comme cette mémorable soirée des César avec ce doublé « Meilleur Court métrage de Fiction » et « Meilleur Court métrage documentaire » ! Les voilà passant au long, et entrant par la grande porte, avec ce Disco boy diffusé en première mondiale à Berlin. Logique en quelque sorte, tant le coeur de l’Europe et ses fantômes habitent ce film envoutant. On ose gager que c’est la le premier opus d’un beau line-up à venir, plein de surprises !

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GIACOMO ABBRUZZESE, Cinéaste

Né en 1983 à Tarente dans les Pouilles en Italie, Giacomo Abbruzzese est diplômé du Fresnoy et fait une entrée remarqué dans le cinéma avec Stella Maris court-métrage sélectionné dans plusieurs festivals prestigieux. Il est ensuite artiste en résidence à la Cité internationale des Arts de Paris et au Festival international du Court Métrage de Clermont-Ferrand.
Son dernier court-métrage Santi, tourné dans la vieille ville de Tarente où il est né, suit Maria qui essaie d’aider Donato, son frère camé, menacé de mort pour une dette qu’il n’a pas payée… Il a suivi ce même parcours autour du monde des festivals… Développé dans le cadre de la Résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes, Disco boy est son premier long-métrage.

FILMOGRAPHIE :  ARCHIPEL (CM, 2010) • FIREWORKS (CM, 2011) • THIS IS THE WAY (CM, DOC, 2014) • STELLA MARIS (CM, 2014) • FAME (CM, DOC, 2017) • AMERICA (DOC, 2019) • I SANTI (CM, 2021)

 

PAULINE SEIGLAND, productrice

Films Grand Huit est né en 2015 sous la houlette de Lionel Massol et Pauline Seigland tous deux diplômés des Gobelins et après 10 ans d’expérience professionnelle respectivement comme bras droit de producteurs et directrice de production.

Entre Paris et à Paris et Saint Pierre-Quiberon, Films Grand Huit a produit une vingtaine de courts depuis sa création, et parmi eux Les Mauvais Garçons d’Elie Girard (César du meilleur court fiction 2022), Maalbeek de Ismaël J. Chandoutis– (César du meilleur court doc 2022),  Je serai parmi les amandiers de Marie Le Floc’h (nommés aux César 2021), Les petites mains de Rémi Allier (César du meilleur court & shortlisté aux Oscar en 2019),  The Nightwalk d’Adriano Valerio (Prix Canal+,  Clermont-Ferrand 2021)…

Films Grand Huit est également Berlinale Talent 2019, lauréate du label nouveau producteur 2016 de la maison du film, du Prix France Télévisions Jeune Producteur 2018 et du prix Procirep Meilleur producteur 2021. A l’heure actuelle, Films Grand Huit accompagne plusieurs de ses réalisateurs dans leur passage du court au long métrage : Giacomo Abbruzzese avec Discoboy après I Santi, Rémi Allier avec Quand viendra la fin du monde , Mareike Engelhardt avec Rabia (Prix Arte aux Arcs) après Nos Lions Jonathan Millet avec Les Fantômes (Grand prix du Prix du scénario – sélection Émergence 2022, Ateliers d’Angers 2022, Groupe Ouest 2021 et Moulin d’Andé 2021) après Et toujours nous marcherons, Grand Huit et Les dominosCamila Beltràn avec El dia de mi Bestia après John Marr et Pacífico Oscuro, Ismaël J. Chandoutis avec Deep Fake (en écriture  au Next Step de la semaine de la critique 2021) après Maalbeek.…

Côté série, Films Grand Huit commence la préparation de la série d’animation 6X26min pour France Télévisions de Clémence Madeleine Perdrillat & Nathaniel H’Limi La vie de château dont le 1er épisode a reçu le Prix du Jury à Annecy.


RETOUR DE VISIONNAGE


Lumière dans l’ombre / Ombre dans la lumière

Il est plusieurs façons de concevoir la photographie, et notamment celles-ci : écrire de lumière dans le noir, ou écrire d’ombres dans la lumière. C’est en se saisissant des deux que Disco boy se fraye un chemin dans le récit, dans ces visages comme des apparitions, dans ces lieux interlopes criant leurs lumières colorées, dans ces corps guerriers qui se dessinent dans la nuit du combat presqu’imaginaire dans le champ des caméras qui détectent la chaleur humaine (!), dans ce ciel trop dardé de points.

Mais revenons sur la « chaleur humaine »… parce que dans le dispositif du film, Giacomo Abbruzzese s’applique à ne jamais être « sur-signifiant ». Dans un abus de langage, on pourrait parler de cinéma impressionniste tant il procède par touches d’impressions : impressions de la plus grande familiarité (des situations, des sentiments, des affects), à la plus inquiétante étrangeté. Aussi, dans cette chaleur humaine, il y a autant de sueur que d’impossibilités de rapprochement, autant d’attente que de latente altérité.

En ce qui me concerne, j’ai beaucoup pensé à « Notre Musique » de Jean-Luc Godard (2004) dans ce rapport à la barbarie et ses fantômes, la fenêtre du cinéma quand un filtre / philtre du monde, la musique et la couleur, obsédantes.


« La nuit en rose »?

La nuit fascine, la nuit envoûte, la nuit réchauffe. « Être danseur ou croupier », s’entend-on dire au détour de la route. Voilà une drôle d’alternative, dans le rapport qu’elle pose à « l’autre », à la communauté. Néanmoins, dans les deux cas, c’est bien à la nuit qu’on aspire, à ses bras enveloppant et son peuple d’ombres bien occupées.

La titre du film nous met d’emblée sur une piste – la piste parlons-en !, c’est celle d’un légionnaire en campagne qu’on suit au gré des mouvements -, qui finit sur une autre piste, de danse. C’est une audacieuse correspondance dans laquelle s’est engagé Giacomo Abbruzzese : entre le réel du jour, et les fictions de la nuit, entre le tangible des corps du jour, et la nuit qui s’écrit, tantôt délicatement, tantôt insidieusement, sur l’écran.

Il y a quelque chose de primitif, d’animal à retrouver pour espérer le salut ! Se laisser aller, danser, éprouver au plus profond ce choc esthétique et le voir enfin plus grand que soi : c’est néanmoins dans « l’autre » que l’on peut se retrouver.


Déshabiller l’homme pour faire un bon soldat ?

La chanson dit « Non, rien de rien. Non, je ne regrette rien… » C’est sur cette ritournelle que nous connaissons toutes et tous, sur cette voix du passé, et intemporelle, que se noue le film et toute son ironie : il faut déshabiller l’homme pour faire un bon soldat !

Dans son cheminement sourd, le film et son personnage passe par ce pré, par ce groupe, par ce moment. Comme par un rite initiatique de transformation, du mue.

Le corps (re)devient corps, se sépare de son corps (d’armée)… la sémantique à sa place dans le film.


Circulations interlopes… 

Pour clore ce retour de visionnage, je ne peux m’empêcher de convoquer ce plan de I Santi… Ce qui est compliqué, c’est que je ne sais pas véritablement pourquoi. Les deux films l’un à la suite de l’autre questionnent l’altérité et le lien à « l’autre », chacun à leur façon… Mais je ne suis plus sûr de savoir lequel de Discoboy ou I Santi travaille le plus l’organique, la chair et le sang, l’intimité de la violence.

Un cinéma définitivement métaphysique. Un cinéma fait d’autant d’icônes et de figures, que d’éclats de réel, bardé d’autant de conscience de l’absurdité de la violence, que de fantômes et de regrets.

Il y a tout cela dans ce cinéma, mais il y aussi de la place. Pas tant pour l’identification ou l’empathie, que pour un palimpseste de lectures – poétique, politique, esthétique… – du monde qui tantôt s’allume, tantôt s’éteint, pour ainsi dire hors de contrôle.

Il y a surtout dans ce cinéma, et son monde habité, un coeur qui bat, pour qui l’écoute, dans un spectre de fréquences inouï !


Le film

Synopsis

Après un douloureux périple à travers l’Europe, Aleksei arrive à Paris pour intégrer la Légion étrangère. En quête d’une vie nouvelle, il est prêt à tout pour le passeport français qu’on lui a promis.
Dans le Delta du Niger, Jomo lutte contre les compagnies pétrolières menaçant son village et la vie des siens. A la tête d’un groupe armé, il enlève un jour des ressortissants français. Un commando de la Légion étrangère intervient, mené par Aleksei.
La rencontre entre les deux ne sera pas celle qu’on attend. Les destins d’Aleksei et de Jomo vont se confondre et se poursuivre par-delà les frontières, les corps, la vie et la mort.

 

Equipe artistique et technique

avec Franz Rogowski, Morr N’Diaye, Laetitia Ky, Leon Lucev, Matteo Olivetti, Robert Wieckiewcz, Mutamba Kalonji • directrice de la photographie : Hélène Louvart • décors : Esther Mysius • costumes :Pauline Jacquard, Marina Monge • montage : Giacomo Abbruzzese, Fabrizio Federico, Ariane Boukerche • musique originale : Vitalic • une production Films Grand Huit, Lionel Massol et Pauline Seigland en coproduction avec Division (Arno Moria), Stromboli Films (Juliette Sol), Panache Productions (André Logie), Dugong Films (Giulia Achili et Marco Alessi) et Donten & Lacroix (Maria Blicharska) • avec les concoursde Canal+ et Ciné+, du CNC, d’Eurimages, des régions Ile-de-France et Ile de la Réunion, du Breizh Film Fund, des Sofica Cinemage, Cineaxe et Arte Cofinova, du fonds Wallonie Bruxelles et de Movie Tax Invest, du Polish Film Institute et de la région Podkarpackie

Disco Boy est distribué en France par KMBO et vendu à l’international par Charadessortie salles en France le 26 avril 2023