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Jeune réalisateur de films d’animation, Jean-Claude Rozec donne, avec ’’La Maison de poussière’’, un nouvel aperçu de son goût pour les métamorphoses. Le court métrage vient de recevoir le Prix du meilleur film d’animation au festival international Quintessence à Ouidah au Bénin.

– L’histoire de  »La Maison de Poussière » a pour cadre une tour HLM en cours de démolition. D’où est venue cette idée ?

– Jean-Claude Rozec : enfant, j’ai vécu à Lorient dans une tour HLM qui a été récemment rasée. Le jour de la démolition, l’émotion était très forte parmi les habitants même si ces tours n’ont pas bonne presse. L’effacement d’un quartier est un moment très violent, surtout pour les personnes âgées qui y ont vécu longtemps. Cela change le paysage, bouleverse la vie du lieu. C’était un sujet intéressant, très riche, trop riche même, car il y a 50 000 façons de l’aborder ! Et à ce stade, je n’avais pas encore d’histoire…

– Comment avez-vous procédé pour la faire émerger de ce chaos de pierres ?

– J.C.R. : j’ai eu du mal à trouver un angle ! Je me suis documenté, j’ai lu des articles de presse, vu des films sur des quartiers HLM qui avaient été détruits, écouté des témoignages d’habitants. J’ai même envisagé d’aller interroger des gens qui avaient vécu cette expérience. J’avais pensé mêler des prises de vue réelles et de l’animation, mais c’est trop à la mode. Les pubs et les clips usent et abusent de ce mélange des genres ! Mon goût pour la fiction a repris le dessus. Et l’envie de construire une histoire qui raconterait le quotidien d’une habitante, au moment de la démolition de sa tour, a fini par s’imposer. Il faut dire aussi que, comme je travaillais au film sur mon temps libre puisque j’étais occupé à la fabrication de Cul de bouteille (1) et de Monstre sacré (2), le projet a pu prendre forme tranquillement.[/vc_column_text][vc_video link= »https://vimeo.com/73145852″ animation= »left-to-right »][vc_column_text disable_pattern= »true » align= »left » margin_bottom= »0″]

– Dans La maison de poussière comme dans Cul de bouteille, vous jouez des métamorphoses. La vision du réel bascule dans l’onirisme, dans le fantastique.

– J.C.R. : je n’avais pas envie d’un dessin trop stylisé. La documentation, que je réunis toujours quand je prépare un film, m’aide à injecter de petites touches de réalisme. Des photos de gens assistant aux destructions m’ont servi pour construire mon personnage principal qui est un mélange de plusieurs personnes. J’ai aussi utilisé des photos de famille. C’est pareil pour les décors auxquels j’attache beaucoup d’importance. J’ai pris des photos de tours en cours de démolition pour savoir comment étaient faits les intérieurs. J’aime partir de ce que je connais pour mieux le transformer. La métamorphose est l’une des possibilités offertes par l’animation qui m’intéresse le plus. Pour La Maison de poussière (3), il fallait que je trouve des idées visuelles pour que les murs de pierre redonnent vie aux souvenirs des habitants. Et pas par la méthode habituelle du flash-back !

– Ces idées sont-elles déjà là au moment de l’écriture du scénario ?

– J.C.R. : pas toujours ! Le scénario que j’ai tourné n’est pas celui que j’ai écrit ! C’est important de se laisser la liberté de sortir du scénario. Je construis le film au moment de l’animatic qui est un story-board monté. Je fais alors de petites animations rudimentaires à partir de croquis en noir et blanc. Je place les mouvements de caméra, je trouve le rythme du montage. Cette façon de travailler n’est pas classique et je ne la conseille à personne, parce que c’est très long de trouver son histoire comme ça ! Mais c’est ma méthode et elle me rend plus créatif. Mes meilleures idées me viennent quand je fabrique l’animatic. A ce moment-là, j’élimine aussi beaucoup. En fait, j’ai passé deux mois à réaliser 13 minutes et 3 mois à enlever 3 minutes ! Je pourrais faire un film à partir d’un simple synopsis. D’ailleurs, c’était la technique des studios Disney et des cinéastes du muet comme Keaton.[/vc_column_text][mk_gallery images= »1605,1606,1607,1608″ column= »4″ height= »216″ frame_style= »simple » disable_title= »false » image_quality= »1″ pagination= »false » count= »10″ pagination_style= »1″ order= »ASC » orderby= »date »][vc_column_text disable_pattern= »true » align= »left » margin_bottom= »0″]

– Vous faites donc aussi le montage de vos films ?

– J.C.R. : oui et c’est l’une des étapes que je préfère. Vraiment, j’adore ça ! Le film prend vie, prend forme. Sur un film, je peux faire le décor, l’animation, le montage, le compositing. Je pense que sur un court métrage de fiction, je me sentirais vraiment frustré si je ne pouvais pas refaire quelque chose qui ne me convient pas…

– Vous réalisez plutôt vos films en 2D ? Quelles sont les techniques d’animation utilisées dans ce film ?

– J.C.R. : les personnages humains sont dessinés image par image et les personnages de pierre, fabriqués en papier découpé, sont animés par ordinateur. J’ai aussi inséré des photos dans le décor pour donner cette sensation de réalisme et que le spectateur ressente les matières. J’aime toutes les techniques d’animation mais le dessin est vraiment mon moyen d’expression favori. C’est dans le périmètre d’une feuille de papier que je m’exprime le mieux.

– Comment avez-vous commencé à réaliser des films d’animation ?

– J.C.R. : j’ai toujours adoré l’animation. Enfant, je dessinais pour moi. Je me suis inscrit en Arts du spectacle à l’Université de Rennes et j’ai bien profité de la fac ! Je ne savais pas ce que je ferais, et j’en ai profité pour tout tester. J’ai fait des stages dans les sociétés de productions de la région, j’ai co-fondé l’association Blink avec d’autres étudiants et j’ai eu l’occasion de réaliser des courts métrages. J’ai beaucoup appris en l’espace de cinq ans.

– Et vous continuez à apprendre puisque vous sortez d’une formation à la 3D.

– J.C.R. : oui, il faut toujours évoluer. J’ai beaucoup travaillé en 2D. La 3D est une technique qui m’intéresse depuis longtemps parce qu’elle permet d’aller encore plus loin dans la mise en scène.

Propos recueillis par Nathalie Marcault

(1) Cul de Bouteille, court-métrage d’animation de 9 minutes /2010. Animation 2D digitale & traditionnelle
Une coproduction Vivement Lundi ! / Blink Productions
avec la participation de l’Unité de Programmes Régionale, du CNC (Aide au programme d’entreprise), de la Région Bretagne, de la Procirep et de l’Angoa/Agicoa.
Un film développé avec le soutien du Conseil général de Loire-Atlantique.
(2) Monstre sacré, court-métrage d’animation de 10 minutes / 2009. Animation 2D. Coproduit par JPL Films / TV Rennes 35 avec les soutiens du CNC et de la Région Bretagne.
(3) La maison de poussière, court-métrage d’animation de 11 minutes. Produit par Mathieu Courtois pour Vivement Lundi ! et Blink Productions, le film a bénéficié des soutiens de France Télévisions, de TVR35, TébéSud et Tébéo, du CNC (aide au programme d’entreprise), de la Procirep, de l’Angoa, de la Région Bretagne et du Conseil général de Loire-Atlantique. Prix du meilleur film d’animation au festival international Quintessence de Ouidah

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