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En Bretagne l’animation brille depuis des années. Côté cinéma, dans la métropole rennaise, deux sociétés majeures entretiennent la flamme et gagnent en envergure. Dans une sphère voisine, plus technologique et industrielle, se sont développées nombre de PME expertes de l’image numérique. Le savoir-faire des acteurs impliqués et l’attention soutenues des collectivités locales à ces industries créatives ont fait naître un écosystème identifié, pérenne et décentralisé. L’image animée ne demande cependant qu’à grandir et ses acteurs sont attentifs à tout événement qui viendra soutenir leur dynamique. L’ouverture à la rentrée prochaine de l’école Creative Seeds, centrée sur les métiers de l’animation 3D fait partie des bonnes nouvelles de saison.

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Un secteur en plein boom

On sait du cinéma d’animation qu’il est celui qui s’exporte le mieux. La France est en outre le premier producteur européen. Et voilà que paraissent tous azimuts des articles décrivant le secteur, versant 3D numérique, en plein boom et à la peine pour recruter. Une situation pas banale, à rebours des apriori sur le peu de débouchés qu’offriraient les filières artistiques et créatives ! Un état de fait qui concerne avant tout la 3D numérique, mais qui touche également l’animation traditionnelle – et nos sociétés rennaises – « aux plannings souvent tendus ». Mathieu Courtois, directeur du studio Personne n’est parfait, explique en effet que certains métiers (le storyboard en particulier) connaissent une carence chronique. « Il faut souvent solliciter des professionnels à l’extérieur de la région. Cette dépendance peut être compliquée. Et, il ajoute : question ressources humaines nous sommes sous pression tout le temps ». Pour disposer, chacun, des compétences locales, les deux sociétés JPL Films et Vivement Lundi ! ont donc l’habitude de s’entendre à l’avance sur leurs plannings de production.

Mais davantage que des difficultés d’organisation, le nombre encore insuffisant de certains profils sur place, pénalise le développement des sociétés, selon Jean-François Le Corre. « Dans une logique de coproduction ou de prestation, les sociétés extérieures vont choisir en premier lieu des studios faisant valoir les compétences ad hoc. C’est une chose que l’accompagnement financier – point sur lequel la Bretagne dispose d’un argument : son fonds d’aide à la création, le Facca – mais ce sont également les équipes associées aux studios qui convainquent une production de s’associer à un partenaire régional comme nous. »

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La formation à la rescousse

Dans ce contexte, l’implantation de Creative Seeds, dans un paysage qui restait pauvre en formations spécialisées, apparaît comme une aubaine. Une bonne nouvelle qui n’arrive pas seule puisque la métropole rennaise devrait accueillir à court terme une antenne de l’ESMA, autre organisme de formation dédié à l’image. Mathieu Courtois et Jean-François Le Corre rappellent combien la formation est structurante pour un secteur, « c’est un vivier avec potentiellement plus de créateurs, plus de techniciens, plus d’émulation », et combien son absence, à l’inverse, peut être délétère.

Creative Seeds, avec une formation « aux métiers du cinéma d’animation et des effets spéciaux », vient donc opportunément mettre sa pierre à l’édifice. Première promotion dès la rentrée 2017, à Cesson Sévigné, à proximité immédiate de Rennes : 19 élèves seront accueillis en présentiel, l’école mise aussi sur la formation en ligne. Camille Campion, l’un des fondateurs, est aussi directeur pédagogique. Il annonce une offre « à la carte », une pédagogie basée sur « la coopération, l’autonomie et la liberté de choix ». Un credo partagé par les dix artistes et techniciens, anciens superviseurs pour de gros studios, associés dans cette nouvelle aventure.

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Articuler formation et industrie

L’école n’émerge pas hors sol et connaît particulièrement le secteur. Confiant être lui-même couramment sollicité par les studios alors qu’il est officiellement sorti du circuit, Camille Campion sait qu’« on s’arrache actuellement les techniciens 3D ». Il confirme ainsi la tension sur le marché de l’emploi évoquant des superproductions « retardées d’un an faute de ressources humaines suffisantes » ou certains studios qui annoncent vouloir recruter plusieurs centaines d’artistes et techniciens dans l’année. « La synthèse sera notre fer de lance puisque près de 70% des embauches en matière d’animation concerne des infographistes, avec une perméabilité des compétences, et des professionnels qui peuvent à la fois travailler sur l’animation traditionnelle, ou ‘indé’, et sur des productions relevant de l’industrie lourde ou encore pour le jeu, la muséographie… », insiste Camille Campion.

Souhaitant vivement tisser tous les liens possibles au plan local, le jeune directeur évoque comme partenaires potentiels Polymorph, Technicolor ou le studio malouin o2o. Il pense également à des formations in vivo, au sein des studios rennais. « On veut aller très loin dans la spécialisation » explique-t-il. « On formera à 11 spécialités « métiers », l’étudiant choisira sa carrière en fonction de ses compétences et de ses affinités techniques et artistiques, en se concentrant généralement sur 1 à 3 spécialités. Très rares sont les professionnels qui excellent sur un spectre plus large. »

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Une place à prendre

Pour Creative Seeds la métropole n’est pas un choix fortuit. Camille Campion et deux de ses associés ont fait leurs études à l’ESRA de Rennes. Ils aiment la ville, y ont des attaches familiales, ceci a compté dans la décision. Mais les sentiments ne font pas tout. Les associés se sont essentiellement voués à une étude de marché préalable. En lice : la Drôme, Angoulême… Au final, Rennes tire son épingle du jeu. Peu de concurrence sur une offre aussi ciblée, une large population étudiante : ces deux critères pèsent dans la balance. Mais Camille admet que ce qui a sans doute été déterminant c’est l’écoute et l’enthousiasme de François-Xavier Jullien, chargé de projet Industries Culturelles et Créatives de Rennes Métropole. Il a su rapidement connecter l’équipe de Creative Seeds à leurs futurs partenaires, a simplifié leurs démarches. Une évidence pour le chargé de mission qui voit clairement l’opportunité.

« Des écoles existent déjà sur la métropole, spécialisées dans l’audiovisuel comme l’ESRA, ou centrées sur l’infographie et la 3D, comme 3 Axes, qui entame sa deuxième année sur place, » rapporte François-Xavier Jullien. Creative Seeds a cependant un profil à part : un projet à la fois ambitieux et original, et un vaste réseau. L’école porte en effet un programme à la fois souple et pointu, en phase avec les attentes de l’industrie. C’est la moindre des choses, un tel cursus représente un investissement financier rédhibitoire pour bon nombre d’étudiants. Et c’est encourageant néanmoins, vu l’effet vertueux constaté dans d’autres régions. Mathieu Courtois décrit ainsi Valence, « où pas moins de quatre studios sont installés à proximité de La Poudrière ». Et la situation est semblable à Angoulême, autour de l’EMCA. Il ajoute qu’actuellement, crédit d’impôts aidant, « beaucoup de studios relocalisent leur activité en France. Il y a des pôles qui profitent de cette vague ». La Bretagne, pas encore, « faute d’école et d’un écosystème suffisamment étoffé. »

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Et maintenant ?

Le contexte global semble plus que jamais favorable, peut-il garantir l’essor du secteur en région ? Si la Bretagne et la métropole rennaise ont bien pris la vague elles doivent encore agir pour rester dans le courant et ne pas perdre le bénéfice de ce qui s’est construit patiemment. On se projette différemment dans les sociétés JPL Films et Vivement Lundi !.

Jean-François Bigot, producteur au sein de la société JPL Films, tient à sa qualité « d’artisan ». Elle recèle, pour lui, « l’identité, et plus encore la force » du microcosme breton. Ces structures de production à taille humaine, qui cajolent un nombre de projets soigneusement sélectionné, « c’est ce que viennent chercher les porteurs de projets. Pas seulement les réalisateurs mais aussi les coproductions. Ce qui fait notre attractivité c’est notre savoir-faire et il s’épanouit dans la durée. Les techniques traditionnelles, le stop motion, c’est notre valeur ajoutée par rapport à d’autres régions. Nous sommes très compétitifs sur ce type de films, notamment en terme de qualité. » Aussi le producteur salue l’existence des aides régionales basées sur l’artistique et inscrites dans la durée. « Elles ont permis de structurer en profondeur ».

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Se développer pour dynamiser la filière locale ?

Jean-François Bigot tempère : « les capacités d’embauche sont liées au volume de production, qui, dans notre métier, est essentiellement conditionné par les fonds d’aide. Et si la formation est importante (…) disposer d’écoles sur le territoire n’est pas déterminant pour l’activité de la société. Sur Louise (en hiver, ndlr) on est allé chercher une partie de notre équipe d’animateur à l’extérieur de la région parce qu’on n’avait pas toutes les compétences sur place. Dans certains cas, c’est peut-être même préférable, car si on forme beaucoup de gens ici, on a ensuite la responsabilité de leur donner du travail sur la durée. » Et si la 3D est une promesse d’emplois en nombre, « la région ne va pas se transformer du jour au lendemain en un territoire qui ferait seulement de la 3D. À court, terme, on ne pourra pas absorber localement des gens formés en masse. C’est d’autant plus vrai que beaucoup d’écoles de 3D se montent actuellement. (…) Et ce qui nous manque le plus sur le territoire, ce sont les cadres. »

Aujourd’hui la société développe du long métrage, trois nouveaux projets après Louise en hiver. Des séries de « shorts » sont aussi en production et en développement. Des courts également. « Depuis plusieurs années notre production s’internationalise avec de nombreuses coproductions avec des sociétés étrangères. L’idée est de produire à l’international et de fabriquer localement. Notre fonctionnement n’est pas basé sur le quantitatif. On préfère grandir tranquillement, avec nos valeurs ». Ce qui n’empêche  pas d’être ambitieux.

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Chez Vivement Lundi !, sans abandonner le court (1), on a pris le parti de la série, et du spécial tv,  il y a quelques années. Un virage bien négocié avec, notamment, Dimitri, le programme en volume d’Agnès Lecreux, produit et fabriqué sur place. L’occasion d’inaugurer le studio Personne n’est parfait !, désormais adossé à la société de production, et indispensable à la bonne santé de la structure. Dans les locaux de la rue Denis Papin, que la société vient de racheter pour entamer des travaux d’agrandissement, on mise beaucoup sur le développement économique, avec le désir de monter en puissance. « Un risque, bien sûr », confie Jean-François Le Corre, mais une évolution logique et nécessaire pour conforter sa place dans le paysage européen et « sortir de la tendance autarcique qui existe dans la région ».

Estimant être « bien accompagnée sur les projets les plus créatifs, avec un fonds bien dimensionné », Vivement Lundi ! craint cependant « de grossir aujourd’hui plus vite que son écosystème. Les projets « d’auteurs » ne suffisent pas à sédentariser les équipes ou à faire venir de nouvelles compétences. L’activité des studios, la prestation, est nécessaire pour offrir le volume de travail suffisant, et nous ne pouvons pas porter cette dynamique seuls. » À la fois confiant dans son potentiel et lucide quant au poids de son secteur, Jean-François Le Corre se félicite, à son échelle, d’avoir embauché 309 personnes différentes en 2016, sur les effectifs cumulés de ses deux sociétés. Un volume directement lié à la production de la série La Science des soucis, livrable en 2017. La saison 2 de Dimitri, dont le tournage commence, réunit par ailleurs une cinquantaine de personnes, hors production, côté français et plus de 30 chez ses coproducteurs belges et suisses. Dimitri, un essai qui conforte la société dans ses plans puisque l’exploitation de la première saison génère à présent des retombées économiques.

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Des marqueurs au vert mais…

« Ce savoir-faire historique en Bretagne est essentiellement portée par ces deux sociétés. C’est encore trop peu pour être envisagé comme un secteur économique, » confirme François-Xavier Jullien. « L’écosystème est constitué mais il n’a pas la masse critique, pas le nombre d’entreprises qui gravitent par exemple autour de Pictanovo. » (Hauts de France, ndlr)

D’autres arrivent cependant. Citons pêle-mêle Wag Prod (2), adossée aux studios de postproduction AGM Factory, Bretagne Production International (3) ou encore À Perte de vue (4), toutes rennaises. Positionnée sur la 3D, dans une logique plus industrielle, une société comme o2o, installée en 2015 à Saint-Malo, est à prendre en compte, avec son ambition d’intégrer 40 techniciens en CDI à court terme.

Mais ce qui se passe dans d’autres régions questionne. Dans les Hauts de France justement, le fonds dédié à l’animation est récemment passé de 500 000 à 2 millions d’euros. L’Aquitaine devrait elle aussi augmenter ses aides. « Ces territoires capteront donc logiquement les plus gros projets. Pour faire face, notre territoire devrait développer une stratégie basée sur le moyen terme, voyant au minimum à dix ans », avance Jean-François Le Corre.

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De nouveaux soutiens au secteur

Attentives, Région et métropole réfléchissent de façon concertée aux mesures qu’elles peuvent mettre en place. Du côté de Rennes Métropole, est né l’appel à projets Créativité croisée. L’objectif selon François-Xavier Jullien est « d’encourager le développement de projets collaboratifs entre acteurs de la sphère culturelle, PME du numérique et centres de recherche, dans le but de structurer l’écosystème, de valoriser les compétences présentes sur le territoire, les rendant ainsi plus visibles, plus attractives ». Le chargé de projet est certain que « Rennes a une carte à jouer dans le domaine de l’image et du son. Les fondations existent, il faut bâtir et consolider, en misant aussi sur des atouts connexes : la qualité de vie, la LGV, tout cela est de nature à convaincre des sociétés et de nouveaux talents de s’implanter. »

La création d’une aide économique, spécifique au secteur, est à l’étude dans les services du conseil régional qui a veillé, en premier lieu, à adapter et faire connaître les dispositifs existants. Une démarche « complémentaire aux interventions culturelles » précise Guillaume Esterlingot, chef du service Images et industries de la création au conseil régional. À la portée des sociétés audiovisuelles : des prêts à taux zéro, jusqu’à 300 000 euros, remboursables en six ans, mobilisables pour de l’avance de trésorerie, de l’investissement, ou du développement. Des aides « débloquées rapidement et conditionnées, dans certains cas, par la création d’un CDI » résume encore Guillaume Esterlingot.

Des mesures encourageantes et bénéfiques. Reste à convaincre massivement les élus du potentiel de la filière audiovisuelle et à construire ensemble une véritable stratégie de développement, qui profitera au territoire.

Charlotte Avignon

(1) Alors que Sous tes doigts et D’ombres et d’ailes continuent leur carrière florissante, pas moins de six prochains courts-métrages sont en production.
(2) producteur du désopilant Le futur sera chauve de Paul Cabon et d’une série ludo-éducative 3 minutes d’univers. Article à venir sur les projets en cours.
(3) A découvrir ici.
(4) la société de Colette Quesson produit le prochain film de Jean-Claude Rozec. Article à venir sur les projets en cours.

Visuel en Une © Creative Seeds

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