Une nouvelle ère s’ouvre pour l’audiovisuel breton


Lors des Rencontres de Films en Bretagne, les signataires du deuxième Contrat d’objectifs et de moyens sont revenus sur la construction de ce projet audiovisuel qui associe, sous l’égide de la Région, le secteur audiovisuel et les diffuseurs bretons. Présentation d’une expérience unique en France. 

En ouverture de la table ronde consacrée à la deuxième génération du Contrat d’objectifs et de moyens, Jérôme Parlange, responsable du Pôle cinéma et audiovisuel de Ciclic, qui animait la discussion, rappelle à quel point les autres régions envient ce dispositif unique en France. Parce qu’il réunit autant de signataires, qu’il affiche des montants importants et qu’il flèche leur répartition. Anna Feillou, réalisatrice vivant en Aquitaine, émet le souhait que « cette initiative stimulante puisse voir le jour dans chaque région ». Aurélie Rousseau, directrice générale déléguée de TVR 35, raconte qu’elle passe du temps à expliquer à ces collègues des autres chaînes locales, curieux de cette innovation, les tenants et les aboutissants du COM. Autant de témoignages qui marquent un intérêt certain pour ce que d’aucuns qualifient parfois de ‘’modèle breton ’’.

Est-ce un modèle ? Jean-Michel Le Boulanger, le vice-président à la Culture de la Région Bretagne, se garde bien de revendiquer ce label. « Il y a une phrase que j’ai entendue cinquante fois : ‘’Ah, mais en Bretagne, c’est pas pareil !’’. Ce qui importe, c’est d’accepter la diversité. On ne peut pas faire de copier-coller, mais on peut s’inspirer des méthodes ». Et d’ajouter : « Ma fierté, c’est le temps que j’ai passé à écouter les uns et les autres, et à co-construire ce projet. »

 

Aurélie Rousseau
Aurélie Rousseau © Yves Le Moullec
Jean-Michel Le Boulanger, vice-président du Conseil régional de Bretagne, en charge de la Culture © Yves Le Moullec

C’est bien dans la méthode que réside la spécificité de ce projet audiovisuel. On ne peut que saluer la volonté politique qui a permis de réunir autant de partenaires autour de la table : TVR 35, TébéO et TébéSud (déjà présents dans le COM 1) ainsi que France 3 Bretagne, la web-télé bretonnante Brezhoweb et Breizh Créative, tout nouveau web-média. Des entreprises qui n’ont ni la même histoire, ni la même taille, ni la même ligne éditoriale, ni le même statut, mais qui ont décidé de jouer la complémentarité plutôt que de s’affronter sur le terrain de la concurrence. L’élu régional a recours à un euphémisme pour évoquer des « discussions dynamiques, dans la chaleur du verbe », mais qui, au bout du compte, ont fait émerger « une forme d’intelligence collective ». Ce qui unit a prévalu sur ce qui divise. « Deux traits communs sont apparus : d’abord le fait que nous sommes tous enracinés en Bretagne et avons envie que cette région se développe, puis l’idée de service public. C’est ce qui a permis de dépasser les clivages. » Jean-Michel Le Guennec, directeur de France 3 Nord-Ouest, revient sur « la nécessité de ce temps d’expertise qui n’est d’ailleurs pas terminé », ajoutant « qu’éditorialement et intellectuellement, c’est intéressant et que c’est une stratégie positive pour le tissu professionnel ».

Soutenir la filière

Dans le contexte des réformes territoriale et réglementaire avec toutes les incertitudes qui en découlent, le COM apparaît comme un outil structurant pour consolider une filière du cinéma et de l’audiovisuel qui reste fragile. Le COM 1 a déjà joué ce rôle. En 6 ans, 250 films (documentaire, fiction, animation) ainsi que des programmes en langues régionales ont été produits dans ce cadre. Olivier Clech, le directeur de TébéO, dit sa « fierté d’avoir contribué à coproduire des œuvres d’une qualité surprenante. Elles font de nos chaînes des vecteurs de connaissance, d’ouverture et d’intelligence partagée. Mais nos entreprises sont de petites sociétés dont les ressources ne sont pas stables. L’essentiel est de tenir. Le COM 2 va nous y aider. »

Ce contrat deuxième génération (2015-2018) s’est donné l’ambition de dépasser le (déjà) beau bilan du premier. Il bénéficie de moyens renforcés : 2 millions d’euros par an contre 1,1 million pour le COM 1, signe de l’engagement de la Région aux côtés des professionnels. Le programme de la première année d’exercice est précis, même s’il est entendu que le projet va s’affiner au fil du temps, en raison de sa dimension expérimentale. Du 1er septembre 2015 au 31 août 2016, ce sont 30 documentaires qui seront produits. 20 seront portés par les chaînes locales et 10 par France 3. Chaque projet bénéficiera d’un apport plus important en numéraire, qui respectera, voire dépassera les montants minimum exigés par le CNC. Selon Aurélie Rousseau, « le soutien au documentaire permet de développer une audience. Cette offre intéresse le public ». La fiction aura sa part du ‘’gâteau’’. Olivier Clech s’en réjouit. Il remarque qu’elle « est un élément-moteur pour attirer des téléspectateurs et qu’on peut produire des films sans dépasser des millions d’euros ».

 

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Lionel Buannic
Lionel Buannic, directeur de Brezhoweb © Yves Le Moullec

Le COM 2 ménage une place singulière aux langues régionales et plus particulièrement au breton. Il ne sera pas enfermé dans un ghetto linguistique mais sera présent dans l’ensemble des programmes de flux ou de stock portés par le COM. Lionel Buannic, le directeur de Brezhoweb, souligne la pertinence de cette approche transversale : « Cela contribuera à la construction d’une filière de production en langue bretonne la plus professionnelle possible. Il y a une grande appétence pour la langue bretonne, notamment de la part de jeunes auteurs. Mais on ne parvient pas à faire grandir ce vivier. Il faut l’accompagner et c’est ce que nous allons faire en embauchant un chargé de production qui instruira et développera les projets en breton. »

Quid du fait régional ?

La coopération entre les signataires ne s’est pas arrêtée à la définition des grands principes. C’est maintenant, dans la phase de mise en œuvre du COM, qu’il va falloir huiler le fonctionnement. Surtout pour les projets qui associent plusieurs partenaires. C’est le cas du futur magazine culturel pour lequel un appel à projet sera lancé prochainement auprès des sociétés de production régionales. Jean-Michel Le Guennec revient sur sa genèse : « Nous avons fait le constat qu’il manquait une référence culturelle sur notre antenne. Nous avons une approche large de cette notion qui doit embrasser tous les secteurs de la création. »

Breizh Créative pilotant ce nouveau programme de conserve avec France 3, Serge Steyer, le responsable éditorial du webmédia, précise : « Nous n’en sommes qu’au début de la conception de ce magazine. Il sera nourri de matériaux captés sur le terrain sous la forme de reportages, de documentaires en immersion, de captations. Il y aura 9 numéros par an, plus un best-of en juin ». Plus largement, Breizh Créative pourra être une caisse de résonance des productions du COM qui sont en lien avec sa ligne éditoriale. « Nous souhaitons connaître tous les projets qui se développent sur le territoire et coopérer avec ceux qui pourront générer des contenus pour Breizh Créative. Ce que nous appelons les productions dérivées. Ce sont par exemple des écrits, des images, des sons émanant de rushes que nous pourrons valoriser. »

 

Public Com 2 O. Bourbeillon et S. Daniellou
Serge Steyer et JM Le Guennec
Serge Steyer, responsable éditorial de Breizh Créative et Jean-Michel Le Guennec, directeur de France 3 Nord-Ouest © Yves Le Moullec

La collaboration n’entraînera pas de fusion des lignes éditoriales, chacun tenant à garder sa spécificité. Le COM vient compléter les programmes existants mais ne s’y substitue pas. Il constitue une étape supplémentaire de la décentralisation audiovisuelle, comme l’a réaffirmé Jean-Michel Le Boulanger : « On peut développer une régionalisation ambitieuse sans remettre en cause la République ». Au centre du projet, il y a, en effet, l’idée de renforcer la présence du fait régional sur les écrans. Mot-valise qui demande à être précisé. Le vice-président à la Culture se défie d’une « patrimonialisation de la Bretagne ». « Les innovations nous importent tout autant, l’esprit de diversité culturelle. Nous nous méfions de la fermeture et de la trop grande ouverture. Il faut atteindre le point d’équilibre ». Jérôme Parlange conclut sur « ce constat enthousiasmant  d’une volonté politique qui ne confisque pas l’éditorial ».

Nathalie Marcault

A suivre : « Distributeurs : les fantassins du cinéma »


Séquences enregistrées lors de la présentation publique le 8 octobre 2015 à Saint-Quay Portrieux :

Réalisation Jennifer Aujame © Films en Bretagne