Quand Elice rencontre Eleonora…

Elice est Bretonne, Eleonora est moitié Italienne et moitié Suisse. Elles se sont rencontrées à Rennes par l’entremise du producteur Mathieu Courtois. Et depuis avril 2012, elles partagent la réalisation d’un court métrage d’animation en 2D, ‘’D’ombres et d’ailes’’, qui met en scène d’étranges créatures hybrides appelées les oishommes. 

Les oishommes sont l’invention d’Elice Meng. Avant de devenir les personnages d’un film d’animation, ils ont été ceux d’un travail pictural inspiré par la tragédie de l’Erika puis d’une installation de dessins calligraphiques. La jeune femme est venue à la peinture en autodidacte après une vie professionnelle toute dédiée aux mots – édition, critique de livres, auteure de plusieurs ouvrages… -. Portée par les encouragements de Mathieu Courtois, fan de sa peinture, elle a renoué avec ses amours premières par l’écriture d’un scénario qui a séduit le producteur de Vivement Lundi ! Et s’il est un talent dont un producteur doit savoir faire preuve, c’est celui de marier les sensibilités et d’allier les compétences. ‘’Ne connaissant rien à l’animation, Elice ne souhaitait pas réaliser le film seule. Et moi, je ne voulais pas l’associer à quelqu’un de trop expérimenté. J’ai pensé à Eleonora qui venait d’orchestrer avec maestria l’animation de Son Indochine de Bruno Collet, raconte Mathieu Courtois.

L'univers pictural d'Elice Meng

L’univers pictural d’Elice Meng

Fraîchement sortie des Beaux-Arts en Italie, puis passée par LISAA, une école d’arts appliqués à Paris, Eleonora Marinoni est arrivée dans les locaux de Vivement Lundi ! à Rennes sur les conseils de son ami Maxime Martin qui travaillait sur Pok&Mok’’Je venais faire une petite expérience de 3 mois et je comptais rentrer en Italie après’’, confie-t-elle. Trois ans et quelques films plus tard, elle a trouvé sa place dans le milieu de l’animation bretonne où on lui a confié des responsabilités que, d’après ses dires, elle n’aurait jamais obtenues ailleurs, puisqu’elle débute dans le métier.

Sur D’ombres et d’ailes, Eleonora qui dit manquer de liberté comme animatrice a pu donner sa pleine mesure en menant, aux côtés d’Elice, tout un travail de recherche et d’élaboration de l’univers graphique du film. A les entendre parler de cette co-réalisation, de la façon dont elles se sont réparti les tâches, de leur fascination réciproque pour le savoir-faire de l’autre, on sent que le film se nourrit de leur complicité artistique et amicale. ‘’Nous apprenons ensemble, nous partageons nos doutes, notre collaboration est équilibrée’’, se réjouit Elice.

Les oishommes inventés par Elice Meng

Les oishommes inventés par Elice Meng

Pas à pas, elles transposent en images l’histoire qu’Elice porte en elle depuis longtemps. Au sein d’une peuplade d’oishommes qui se déclinent en becs d’or, grandsailes et bulballons, Moann voit ses ailes disparaître et d’étranges craquements s’opérer sous ses pattes. Dans cette société où seules importent la taille et l’ambition des ailes, Ciobeck le nihiliste voudrait la protéger. Mais comment survivre dans une terre stérile, peuplée d’esprits « encavernés » ?

Revisitant l’Allégorie de la caverne de Platon, le scénario d’Elice traverse des thèmes qui lui sont chers : l’amour, la place de l’individu dans le groupe, la différence, la maladie, la résilience et la liberté. Une histoire complexe qu’il a fallu simplifier sans lui faire perdre son âme. ‘’Ca a été un beau challenge de devoir condenser le propos pour le faire entrer dans la contrainte des 10 minutes. Je suis attachée au message, à ce qui passe par les mots, mais là, j’apprends à faire confiance aux images’’, souligne Elice.

Les décors Imaginés par Eleonora Marinoni

Les décors Imaginés par Eleonora Marinoni

L’univers graphique du film ‘’va bien au delà’’ de ce qu’elle avait imaginé au départ. Pour créer les décors et les personnages, les deux jeunes femmes ont regardé des films, des tableaux, des œuvres de land-art, des calligraphies et de la peinture chinoise qu’Elice aime tant. Dans l’atelier, Eleonora a testé des textures sur papier – des crayonnés, des tâches de peinture, des traits calligraphiés, des formes plus abstraites… -, pour ramener de la matière sans le recours aux outils de Photoshop dont le style finit par être trop reconnaissable. Les personnages des oishommes ont pris forme, s’émancipant peu à peu de leurs silhouettes initiales pour prendre mouvements et expressions sous le regard ému des réalisatrices qui ont vu, pour la première fois, leurs créatures s’animer. Car, après plusieurs versions du scénario, du story-board (réalisé par Jean-Claude Rozec) et de l’animatique (1) –, le film vient d’entrer dans la phase de l’animation.

Texture à l'aquarelle

Textures à l’aquarelle

Six personnes y travaillent désormais à plein-temps. Aux côtés d’Elice et Eleonora à Rennes, la lay-outer (2) et décoratrice Gaëlle Diot, l’animatrice Johanna Beissière, et en Suisse, les décoratrices et animatrices Shinta Juilland et Natacha Baud-Grasset, le film étant co-produit à parité avec la société helvète Nadasdy Film, partenaire habituel de Vivement Lundi ! Elice a découvert ‘’l’ambiance vivante’’ du petit monde de l’animation – ‘’Ca bosse dur mais dans la bonne humeur’’– et la patience : ‘’si j’avais su au départ que la réalisation du film allait prendre autant de temps, j’aurais été effrayée’’. Si le calendrier est tenu, – Mathieu Courtois espère pouvoir le présenter au prochain festival d’Annecy -, ‘’D’ombres et d’ailes’’ prendra son envol cinématographique en février prochain.

Nathalie Marcault

Photo de Une : Elice Meng (à gauche) et Eleonora Marinoni, co-réalisatrices du court métrage ‘’D’ombres et d’ailes’’

(1) Etape-clé d’un film d’animation : il s’agit d’un story-board rythmé dans la durée réelle du film. 

(2) Lay out : phase précédant le décor qui permet de construire l’architecture de l’image, placer les lumières et les valeurs de tons.

 

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