Correspondances poétiques

‘’Retour vers le futur’’ est le titre d’un film américain de science-fiction des années 80. C’est aussi le thème de la 4ème édition de Hors-Format. Organisée par l’association Comptoir du Doc, en partenariat avec les Ateliers du Doc, la manifestation aura lieu du 22 au 28 septembre à Rennes et à Nantes. On est aux antipodes du blockbuster : le voyage dans le temps dont il est ici question propose de tisser des liens entre des films d’hier et d’aujourd’hui qui bousculent les genres et les pratiques artistiques.

C’est Federico Rossin, invité d’honneur cette année, qui va jouer le rôle du passeur. Les spectateurs des dernières Rencontres du film documentaire de Mellionnec ont eu l’occasion de faire la connaissance de ce critique, historien et programmateur indépendant pour des festivals comme Cinéma du Réel, les Etats généraux du film documentaire de Lussas ou DocLisboa. En l’écoutant décrire sa conception de la programmation comme « art de la résonance et du rythme », on aura compris qu’elle a beaucoup à voir avec le montage et la création cinématographiques. Il s’agit, pour lui, de « faire penser les films, de trouver des pistes cachées, des liens historiques impensés ».

Il revient animer le second volet d’un atelier consacré, cette fois, à une petite histoire du cinéma expérimental, déclinée en quatre volets évocateurs : lyrique, extatique, hypnotique et bordélique ! La soirée d’ouverture de Hors-Format aura déjà mis le spectateur en orbite. Federico Rossin commencera par présenter un programme de courts métrages baptisé ‘’Dérive dans l’espace’’. « Inviter Federico Rossin est une façon de lui renvoyer l’ascenseur. Dans chaque édition de Hors-Format, nous avons projeté au moins un film repéré dans ses programmations de Lussas. C’est un défricheur qui dévoile des pans inconnus du cinéma en allant fouiller dans des fonds d’archives ou en explorant les recoins d’internet », précise Célia Penfornis, coordinatrice de Comptoir du Doc. Le programmateur apportera un éclairage sur des films réputés difficiles. « En fait, nous nous sommes rendu compte que certains spectateurs demandaient à être davantage accompagnés. Il nous semble important de proposer le regard avisé d’une personne qui donnera des clés de lecture à ces œuvres parfois surprenantes », complète Emmanuelle Lacosse, chargée de la programmation.

Federico Rossin introduira donc toutes les projections de cette édition. Après l’inaugural et métaphorique voyage dans l’espace, on ne redescendra sur terre qu’après avoir croisé la modernité d’un Lionel Rogosin, à travers Good times, wonderful times et On the bowery, deux opus du fondateur du Bleecker Street Cinéma (dont sont aussi issus Cassavetes ou Warhol), avoir partagé l’expérience sensorielle de A spell to Ward off the darkness des artistes anglais Ben Rivers et Ben Russel, ou (re)découvert le magistral et cruel portrait de groupe que filme le Canadien Pierre Perrault dans La bête lumineuse.

Le jeu d’échos entre les films se prolongera dans les correspondances vidéos que se sont échangés tout au long de l’année sept artistes rennais et nantais (1). Elles se seront montrées sous la forme d’installations. L’idée a germé lors de l’édition 2013 qui a invité José-Luis Guerín et montré la correspondance filmée du cinéaste catalan avec Jonas Mekas. Initiative lancée avec la complicité de Roselyne Quemener, maître de conférences associée en cinéma à l’Université de Rennes 2, qui, à correspondance filmée, préfère le terme de films épistolaires et a inventé le joli néologisme de ‘’cinépistoliers’’. On pourra donc voir comment ces cinépistoliers ont interprété le thème proposé : ‘’Entre chien et loup‘’.

« Les correspondances ont été très enthousiasmantes. C’est un dispositif assez simple à mettre en place et c’est aussi un espace de liberté. Elles peuvent être tournées avec des petites caméras, des téléphones portables, et mélanger images fixes et animées. Elles ont permis de faire travailler ensemble des gens qui ont des pratiques différentes. Ils ont pu confronter leurs univers. Les binômes ne se connaissaient pas. Ils ont été tirés au sort. Mais ces correspondances ont débouché sur de belles rencontres humaines et artistiques que certains des participants ont d’ores et déjà décidé de poursuivre après Hors-Format », raconte Emmanuelle Lacosse.

’’Rennes-Nantes avec correspondance’’ a aussi renforcé la coopération avec les Ateliers du Doc, sœur ligérienne de Comptoir du Doc, qui projettera les films épistolaires au Lieu Unique à Nantes (2). Et à terme, poussant encore plus loin le travail en commun, « nous envisageons de construire ensemble la totalité de la programmation », précise Célia Penfornis. En attendant, l ‘opération est reconduite. Ce sont les étudiants des Beaux-Arts de Rennes et ceux de la classe préparatoire Ciné-Sup du lycée Guist’hau de Nantes qui vont s’envoyer des lettres en images et en sons au cours de l’année scolaire 2014-2015. Occasion pour eux de se prémunir d’un certain formatage : il n’est jamais trop tôt pour s’aventurer sur le terrain des expérimentations formelles.

Nathalie Marcault

(1) Jennifer Aujame et Cendrine Robelin, Estelle Chaigne et Thomas Riera, Carole Contant et Lisa Diaz, Solenne Jost et Vincent Pouplard, Emilie Morin et Carole Thibaud, Lucie Rivolaen et Anne-Laure Bomati, Antoine Tracou et Florence Mary

(2) A Nantes, les correspondances vidéo seront visibles au Lieu Unique du lundi 22 septembre (vernissage le 23) jusqu’au 25 septembre. 

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