Anne Georget : « La Scam continuera à défendre la production en régions »

Présidente de la Scam depuis juin dernier, la réalisatrice Anne Georget a débuté son mandat en pleine crise des télévisions locales et alors qu’une nouvelle équipe venait d’arriver à la tête de France Télévisions. L’année écoulée a connu une forte mobilisation des auteurs à laquelle la Scam s’est associée. Tour d’horizon. 

– La Scam s’est fortement impliquée ces derniers temps aux côtés des auteurs en soutenant les actions qu’ils mènent pour défendre la diversité de la création documentaire. On pense notamment à la levée de bouclier provoquée par la campagne de contrôle du CNC sur les chaînes locales. Qu’est ce qui a motivé cet engagement ?

Anne Georget : La Scam faisait déjà partie des organismes consultés par le CNC au moment de la réforme du Cosip. Nous nous sommes beaucoup investis dans cette longue négociation. Puis, juste après, a surgi cette crise avec les chaînes locales. Ce sont des auteurs vivant et travaillant en régions qui nous ont alertés sur les conséquences de ces contrôles : des télévisions locales contraintes à mettre la clé sous la porte, toute une production régionale particulièrement créative mise à mal, un grand nombre de films qui ne pourraient plus voir le jour. Si la Scam est très sensible à cette situation, c’est parce qu’à travers Les Etoiles, nous avons découvert que les télévisions locales sont un espace de liberté de création qui existe difficilement sur les chaînes nationales.

Ces films, nous ne les voyions pas auparavant. Nous n’avions pas idée de ce qui se passait dans les régions ! Il y a quelques années, des auteurs venus de Bretagne, d’Alsace ou d’ailleurs sont entrés à la commission audiovisuelle de la Scam et nous ont ouvert les yeux sur des réalités nouvelles, sur les spécificités de leurs pratiques professionnelles. Le regard sur toute cette production – qui avait pu être condescendant – s’est modifié. C’est vraiment le fruit de tout ce travail d’information et d’implication des auteurs, conjugué au fait qu’une nouvelle génération avec une sensibilité différente est entrée à la même période au Conseil d’administration. La Scam est devenue plus attentive à ce qui se passe au delà du périphérique et continuera à défendre cette production.

– Quel rôle a joué la Scam dans les discussions avec le CNC au sein de la commission ‘’Transparence’’ ? 

Quand le CNC a annoncé qu’il allait mener cette opération de transparence et mettre en place une commission idoine, nous avons fait partie des organismes consultés, aux côtés de La Boucle documentaire, de Nous sommes le documentaire et des syndicats de producteurs. Dans les discussions préalables entre professionnels, notre rôle principal a été, je pense, de veiller à fédérer, autour d’une plateforme commune de propositions, des partenaires qui n’avaient pas exactement les mêmes objectifs ni les mêmes intérêts. Et nous avons tenu bon, ensemble face au CNC, tout au long de cette consultation qui touche à sa fin.

Il est clair qu’il y a eu des pratiques pour le moins indélicates de la part de certaines chaînes et nous ne les cautionnons pas. Mais il ne s’agit pas de mettre tout le monde dans le même panier. Il était important de rétablir le dialogue avec le CNC. Il me semble très positif qu’il ait finalement reconnu les TV locales comme des lieux précieux pour la vitalité et la diversité du documentaire, et admis la nécessité – du fait de la fragilité économique de ces entreprises – d’adapter le soutien aux œuvres produites, sans pour autant les ghettoïser. Ce maillage de télévisions locales est important aussi bien pour des auteurs confirmés qui ne trouvent plus à s’exprimer sur les chaînes nationales que pour les jeunes auteurs.

– Un autre front s’est ouvert récemment du côté de France 3. La chaîne diffuse désormais après minuit les films coproduits par les France 3 régions et la Case de l’Oncle Doc est remplacée par l’Heure D qui ne diffusera plus qu’une vingtaine de ces films pendant l’été. Comment la Scam peut-elle agir aux côtés des auteurs pour inciter la chaîne à remplir sa mission de service public en programmant à une heure décente ces œuvres qui reflètent la diversité de la création ? 

Nous avons rencontré Dana Hastier, la directrice de France 3, et Olivier Montels, le responsable des programmes régionaux de la chaîne, pour leur faire part de nos inquiétudes. Pour ce qui est de l’horaire de diffusion, nous avons compris qu’il n’y avait pas de volonté de reléguer les documentaires régionaux après minuit mais que la deuxième partie de soirée est dépendante du Soir 3. Il est probable que l’offre d’informations sera repensée quand la chaîne tout infos sera créée. On peut espérer qu’alors les documentaires puissent bénéficier qu’une véritable deuxième partie de soirée et ne soient plus diffusés après minuit.

Concernant L’heure D, le programme qui remplace la Case de l’Oncle Doc, Dana Hastier nous a dit que la chaîne a décidé de ne plus diffuser que 20 documentaires co-produits par les France 3 régions contre 40 auparavant, parce que la qualité n’était pas au rendez-vous sur un aussi grand nombre de films. Et elle a précisé qu’elle ne demandait qu’à être convaincue. Et bien soit ! Il faut que les auteurs relèvent le gant ! Je pense qu’on peut trouver 20, 30 ou 40 documentaires qui méritent une exposition nationale. Quant à la période de diffusion, les études montreraient que les téléspectateurs ont davantage de disponibilité pour regarder des documentaires pendant l’été et qu’ils réalisent de très bonnes audiences. Dana Hastier a été catégorique sur un autre point sur lequel nous l’avons interrogée : il s’agira de films ambitieux, films de société, films engagés, films formellement inventifs. Il n’y aura pas de restriction quant aux contenus et aux formes.

En revanche, en été, la presse écrite parle moins de ces films. Nous avons donc insisté sur la télévision de rattrapage qui est en pleine refonte sur France Télévisions. Il faut une meilleure identification et exposition de ces films à travers le pluzz.

– La Scam travaille sur une charte des bons usages avec les diffuseurs. Où en êtes-vous de l’élaboration de ce document ? 

Au fil des déclarations des responsables des chaînes, des retours d’expérience des auteurs, nous est apparue clairement l‘étendue de la dégradation des relations entre les auteurs et les diffuseurs. Partant de ce constat, la Scam a décidé de discuter avec les diffuseurs pour réfléchir à ce que sont les bonnes pratiques professionnelles. Ce qui est incroyable, c’est qu’il y a des milliers d’heures de documentaires produites chaque année et que ce genre de réflexions n’a jamais été mené ! Nous avons évoqué ce sujet avec Delphine Ernotte-Cunci, la présidente du groupe, en décembre dernier. Venant d’un autre univers professionnel, elle était très étonnée que cela n’existe pas et très favorable à la mise en place d’une telle charte. On peut donc dire  qu’il il y a une vraie volonté politique à France Télévisions pour qu’elle voie le jour.

Il faut arriver à faire comprendre aux chargés de programmes qu’il ne s’agira pas d’un cahier de doléances mais plutôt d’un tour de table, diffuseur par diffuseur, pour décrypter les moments-clés de la fabrication d’un film et ainsi éviter que les visionnements ne tournent au drame. Il n’est pas possible pour un auteur de se voir corriger son commentaire au crayon rouge et il est tout aussi anormal qu’un chargé de programmes découvre au montage que le film qu’il a ‘’signé’’ n’a rien à voir avec le projet initial. Avec les producteurs, les auteurs et les diffuseurs, essayons de rétablir un trépied vertueux où chacun fera son travail au mieux.

– Les auteurs qui travaillent avec les chaînes locales s’interrogent sur la répartition des droits : pour un 52 minutes en prime time sur France 2, un auteur touche mille fois plus que pour un documentaire de même durée sur TV Rennes.  Pourquoi une telle disparité ? Un rééquilibrage est-il possible ? 

La Scam ne fait qu’appliquer la loi qui régit toutes les sociétés d’auteurs. Les droits de diffusion sont fonction des chiffres d’affaires des chaînes qui reposent sur les recettes publicitaires et sur la redevance. Les enveloppes sont fermées. La Scam répartit aux auteurs de TF1 l’argent de TF1, aux auteurs de France 2 l’argent de France 2, etc. Il est impossible de prendre de l’argent de TF1 pour le donner à Bip TV ou à Arte. Le tarif minutaire est donc calculé chaîne par chaîne. La seule chose que la Scam peut mettre en place – et cela est approuvé par les auteurs en assemblée générale – c’est un barème qui porte sur la nature de l’œuvre. Par exemple, le documentaire unitaire et le grand reportage sont crédités de 100% du tarif minutaire. Et la Scam, contrairement à d’autres sociétés d’auteurs, ne tient pas compte de l’audimat. Que son film soit diffusé en prime time ou à minuit, l’auteur touche les mêmes droits.

– Autre sujet récurrent : le faible taux de participation aux élections de la Scam. Quelles en sont les raisons ? Comment faire pour inciter les auteurs à voter lors des assemblées générales ? 

Pendant longtemps, la Scam a été perçue uniquement comme un organisme de redistribution de droits. Depuis que sa politique culturelle est plus identifiée, la vision qu’en ont ses membres a changé. Il devient important de donner son avis. Mais c’est un travail de longue haleine ! A partir de cette année, les auteurs vont recevoir leur matériel de vote de façon électronique, ce qui permettra de faire des relances personnalisées. Avant, si les papiers étaient partis à la poubelle, il n’y avait plus moyen de récupérer ses codes. J’espère que cette généralisation du vote électronique va permettre une meilleure participation. En moyenne, il n’y a qu’environ 2500 votants sur 38 000 membres, mais on ne s’en sort pas si mal par rapport aux autres sociétés d’auteurs !

– Vous avez été élue présidente de la Scam en juin dernier. Quels sont les dossiers que vous avez à cœur de défendre ?

D’un point de vue général, j’ai très à cœur de défendre le genre documentaire parce que politiquement c’est très important. En ces temps de repli sur soi et de fantasmes sur l’autre, c’est une nécessité que de raconter d’autres réalités, que de tisser du lien. Même quand il s’intéresse à l’intime, le documentaire porte une dimension politique. J’essaie de faire partager cette conviction à un certain nombre de décideurs dans les chaînes. J’entends parfois dire que ce genre serait vieillot. Je pense au contraire qu’il est très actuel. Ce n’est pas un hasard si Netflix ou Amazon investissent dans le documentaire…

Je tiens aussi à poursuivre une initiative lancée par Julie Bertuccelli qui m’a précédée à ce poste : il s’agit de créer une cinémathèque du documentaire qui serait un lieu physique réunissant de manière virtuelle des fonds existants et ferait vivre, éditorialiserait tout ce patrimoine.

Et enfin, j’ai envie d’inciter les auteurs de documentaires à s’impliquer au sein de leurs associations régionales et de la Scam. Il y a toutes sortes de possibilités pour s’investir : la commission audiovisuelle, le groupe Auteurs en régions, les jurys de Brouillon d’un rêve et des Etoiles. Sans oublier la maison des auteurs dont la porte est grande ouverte. Beaucoup d’auteurs ne savent pas encore qu‘on peut venir y travailler et y rencontrer des collègues.

Propos recueillis par Nathalie Marcault

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