TEMPO’ : INVESTIR POUR ECRIRE L’AVENIR


Au printemps 2021, Rennes Métropole lançait Tempo’ dans le cadre du plan de rebond déployé en faveur des acteurs économiques de la culture… Avec 300.000 € de moyens supplémentaires pour financer des projets de développement et de production, TVR a engagé un soutien significatif sur plusieurs projets de fiction cinéma (animation et prises de vues réelles)… De nouvelles perspectives pour les acteurs bretons, un appel d’air enthousiasmant dont nous nous proposons de faire un premier point d’étape, avec Aurélie Rousseau, Directrice de TVR et Thomas Guentch (Blue Hour Films), producteur tout récemment soutenu.

A l’occasion du Festival d’Annecy, nous avions déjà évoqué les deux premiers projets soutenus par Tempo’ : Slocum, le prochain film de Jean-François Laguionie (produit par JPL Films), et de Of Unwanted things and people, co-écrit par Blandine Jet et co-réalisé par Jean-Claude Rozec (produit par Vivement Lundi !), deux films d’animation très attendus et produits à Rennes. Deux nouveaux projets ont été soutenus ces derniers mois : l’un, Le Voyeur, un court-métrage produit par Ten 2 Ten (Gwenaëlle Clauwaert), qui sera à la fois un film de cinéma, et une déclinaison en VR, l’autre, soutenu en développement, s’appelle Marathon et est produit par Blue Hour Films (Thomas Guentch).

Pour présenter brièvement le film, Marathon est co-écrit par Alberto Ségré (réalisateur dont Blue Hour a déjà produit un court-métrage) et Blandine Jet, collaboratrice régulière de Thomas Guentch qui écrit par ailleurs plusieurs films en ce moment (nous y reviendrons vraisemblablement à la rentrée !). Il s’agit du premier long-métrage d’Alberto Ségré, dont l’histoire se déroule en Bretagne, à Paris pendant les Jeux Olympiques et en Algérie. Marathon suit la trajectoire d’un sportif dont la naturalisation française se révèle compliquée, à l’approche des JO de Paris… « Un projet ambitieux, qui croisent les thématiques du sport, de l’immigration et des racines, et dont nous souhaitons pousser l’audace en écriture jusqu’au bout. Nous nous attachons toujours à la rigueur du scénario, parce que c’est l’outil de mobilisation du financement », confie Thomas. Un tournage à ce jour envisagé pour 2023.

La double force du dispositif Tempo’, pour Thomas Guentch, tient à une typologie de projets éligibles très ouverte (du court au long-métrage cinéma, en passant par le documentaire audiovisuel, en développement et en production, ce qui n’est pas le positionnement habituel des chaînes locales), et à des dotations qui pèsent dans le financement des œuvres. En effet, au titre de son volet « production », TVR a positionné Tempo’ à raison de 100.000 € pour Slocum, et 50.000 € Of Unwanted things and people, ce qui représente indubitablement des effets leviers dans le financement de ces œuvres, du point de vue du montant, mais également du point de vue de l’équilibrage des financements publics et privés.

S’agissant de Marathon, l’aide au développement de 20.000 € est décisive dans la phase de développement, exactement pour les même raisons, et parce qu’elle intervient au bon moment : « celui où il s’agit de pouvoir rémunérer les auteur·es, accompagner leur ambition, et aller au bout de l’écriture ».

Aurélie Rousseau
Aurélie Rousseau, directrice de TVR

 

Thomas Guentch précise que ce soutien représente « un investissement supérieur de TVR à celui du CNC, ou celui de la Région Bretagne sur leurs propres dispositifs d’aide au développement. C’est donc un soutien SIGNIFICATIF ». Pour lui, Tempo’ constitue « un réel appui pour l’accompagnement de futurs ambassadeurs et ambassadrices de la fiction bretonne ». Il permet en effet de consolider la phase d’écriture et de développement, d’investir du temps et des moyens dans l’écriture. De tels apports sont proprement structurants, pour les sociétés qui portent les projets autant que pour la filière toute entière – parce qu’il ne faut pas oublier que c’est un attendu de Rennes Métropole dans le cadre du plan de rebond, et que les crédits sont investis au titre du développement économique. « On n’est vraiment loin du saupoudrage, avec un dispositif qui choisit de ne se positionner que sur un nombre limité de projets, mais avec des montants conséquents ! », rappelle-t-il.

Thomas Guentch
Thomas Guentch, producteur

 

Aurélie Rousseau confirme : « L’ambition que nous avons est d’apporter une aide significative en production, comme en développement. Nous avons la volonté de permettre aux projets de monter en puissance, en accompagnant le passage de certains paliers, jusque-là parfois plus compliqués à franchir pour les professionnels du territoire ».

Et la directrice de TVR d’assumer totalement le cadre très sélectif que cela induit immanquablement. Parce que TVR souhaite se donner les moyens de porter les ambitions de la filière, ces ambitions en lesquelles TVR et Rennes Métropole croient profondément. « Quand on tape, on essaie de taper fort ! » aime à dire Aurélie Rousseau. Ce positionnement complète tout ce que TVR peut déjà engager dans le COM Régional des télévisions locales avec la Région Bretagne, COM qui travaille davantage sur un volume de production pour structurer la filière, là où Tempo’ travaille sur le renforcement individuel des entreprises.

C’est la grande proximité que TVR entretient avec les professionnel·les qui permet à la chaîne de prendre ses engagements en cohérence et en pariant véritablement sur l’avenir de la filière. Parce qu’il faut bien le dire, en misant sur des projets de cinéma, en développement comme en production, TVR et Rennes Métropole ne verront les résultats de leur investissement qu’à moyen terme, long terme. C’est néanmoins de cette confiance dans les talents et les compétences du territoire, et dans le temps long, que se nourrit le dispositif – cette même confiance qui aura permis à la filière audiovisuelle et cinématographique bretonne de se développer et s’épanouir au fil des années, avec les résultats que l’on connait (dynamisme ambiant, succès, transformations), pour l’animation notamment.

Aujourd’hui, au regard de la complémentarité des différents dispositifs, de la plus-value que représente de Tempo’ dans l’accompagnement structurant de la filière, mais également de l’appel d’air qualitatif qu’il impulse, sa reconduction sur plusieurs exercices (il a au départ été conçu pour un an dans le cadre du plan de relance) apparaît aujourd’hui cruciale dans le schéma actuel d’évolution de la filière : renforcement et accompagnement de l’animation rennaise, qui est actuellement dans un contexte inédit de développement ; passage du court au long-métrage pour la production de fiction ; mise en capacité et consolidation des acteurs pour la coproduction à l’international tous genres confondus ; approche de nouveaux formats et innovation créative.

En tout état de cause, le CNC, qui a suivi le montage de ce dispositif, semble suivre les choses avec beaucoup de curiosité. Aurélie Rousseau, quant à elle, croit dans la temporalité du dispositif, celui du temps long, avec sa logique d’investissement, structurante pour les entreprises. Ce que confirme Thomas Guentch : « Nous, chez- Blue Hour Films, nous travaillons davantage sur le développement et la production de projets de cinéma, même si nous produisons également en audiovisuel… le palier à passer est celui du long-métrage, d’un développement de long-métrage pleinement réussi. Cette phase constitue une phase de risque important, pour l’entreprise, mais également pour l’auteur·e. Avoir un soutien de ce type, quasiment comme premier financement, est également un signal fort de confiance. Parce que ce qui est appréciable dans le contexte actuel, pour nous, les professionnel·les, c’est la bienveillance et la qualité de dialogue qui existe entre TVR et la filière. Et l’agilité, il faut bien le dire ! ». En effet, les dépôts de dossier et les comités sont réguliers, les réponses rapides, la formalisation également…

Aurélie Rousseau rappelle par ailleurs que la fluidité des rapports qu’entretient TVR avec la Métropole et la Ville de Rennes est particulièrement constructive, et « gage d’un partenariat rassurant pour les acteurs de la filière ».

La preuve, « l’appel d’air du dispositif est important, avec une masse intéressante de projets intéressants », précise-t-elle, « il nous faudra continuer d’assumer la sélectivité de Tempo’, pour rester sur cet objectif du soutien ambitieux et décisif ». En effet, ce positionnement se traduit rapidement dans les chiffres : le solde disponible de l’aide 2021 est aujourd’hui de 80.000 €… avec, comme évoqué précédemment, « une masse intéressante de projets intéressants ».

Autant dire que la confirmation d’un maintien du dispositif Tempo’ en 2022 serait une annonce particulièrement pertinente et bienvenue dans le mouvement dynamique que connaissent actuellement plusieurs professionnel·les breton·nes.

De même, d‘imaginer qu’un tel dispositif puisse « faire des petits », à Brest avec TébéO et/ou auprès de tout département, agglomération ou ville qui aurait la capacité et la volonté de porter une vision d’avenir encore plus ambitieuse pour les professionnel·les et les talents breton, est également une perspective intéressante et enthousiasmante.

Affaire à suivre, avec beaucoup d’intérêt.

Par Franck Vialle, Directeur de Films en Bretagne, le 5 juillet 2021