[Série d’initiative régionale] « Rencontres du troisième clic » de Chloé Gwinner : retours d’expériences

La série documentaire d’initiative régionale Rencontres du troisième clic est actuellement diffusée sur france.tv jusqu’au 23 octobre 2026.

Écrite et réalisée par Chloé Gwinner et produite par Quatre et Demi — coopérative de production intégrée au sein du Pôl·e Audiovisuel de Douarnenez-Cornouaille — Rencontres du troisième clic est une série courte de 12 épisodes de 4 minutes, pensée pour un visionnement mobile, notamment sur les réseaux sociaux. Munie de sa caméra et de son micro, Chloé sillonne la Bretagne à la rencontre d’utilisateur·rices d’applications de rencontres. À travers douze récits singuliers, la série explore avec finesse et sensibilité l’amour, la solitude, le besoin de l’autre et ce qui se joue derrière l’écran, esquissant un portrait intime et très contemporain de nos manières d’entrer en relation.

La série bénéficie du soutien de France 3 Bretagne, de la plateforme france.tv, de TVR, Tébéo, KuB et du CNC.

À l’occasion de la diffusion de la série, cinq collaborateurices de l’équipe nous ont partagé leurs expériences : Loeiza Recourt et Gurvan Hue, co-producteurices, Chloé Gwinner, réalisatrice, Pierre Gauchard, témoin intervenant dans la série, ainsi que Renan Coquin, graphiste.

Loeiza Recourt et Gurvan Hue, co-producteurices

Loeiza Recourt…

 

Gurvan Hue…

 

Leur retour d’expérience :

En créant la coopérative Quatre et Demi, nous avions très envie de développer le format sériel en documentaire. La référence en la matière était ce qui se faisait sur Arte numérique. Ce sont des formats hybrides qui portent toujours un contenu documentaire très fort et ancré dans des thématiques contemporaines. C’est ça qui nous intéressait, pouvoir aborder des sujets de fond en s’amusant avec la forme. Par ailleurs avec Gurvan, avec qui nous avons écrit et produit la série, nous discutions beaucoup de l’état des relations amoureuses aujourd’hui et on était curieux : où en sont les français·es avec l’amour ? On sait que le sentiment de solitude se généralise, qu’il y a de plus en plus de célibataires, que l’amour et les relations sont devenues liquides mais comment en rendre compte concrètement, en sortant du discours théorique ?

Quand on écrit pour la télévision, il faut une porte d’entrée, un angle. On a commencé à éplucher la presse et on est tombé sur un article du Télégramme qui relayait une étude disant que les finistérien·nes étaient les pus grands utilisateur·rices d’applications de rencontres en France (proportionnellement à la population). Bingo, nous avions notre porte d’entrée ! On a donc réfléchi à faire une série de portraits de bretonnes et bretons qui étaient sur les applis. Les applications de rencontres étaient un moyen pour nous d’entrer dans l’intimité des gens et d’écouter ce qu’ils avaient à nous dire de leur rapport à l’amour, à l’autre, à la solitude… Nous avons écrit le projet et l’avons proposé à Laurent Le Mouillour de France 3 qui a décidé de le faire passer au COM. Notre projet correspondait à ce que les diffuseurs recherchaient à ce moment là, des formats qui sortent des 26 ou 52 minutes. L’idée était aussi pour eux d’aller vers une plateforme type Arte Numérique. Le COM nous a donc accompagné dans une première phase de développement et nous avons également eu l’aide à la préparation documentaire du CNC.

Au départ, le tournage était au format 16:9 avec des épisodes entre 5 et 10 minutes. Nous avons fait construire un cadre de néon (qui changeait de couleur) et encadrait la personne interviewée. Concernant le casting, notre envie à l’origine était de recueillir la parole de personnes vivant plutôt dans les zones rurales. On s’est donc inscrit sur les appli de rencontres. Sociologiquement, c’était intéressant car on a pu comparer les façons de faire des femmes hétéros vis-à-vis de Gurvan et celle des hommes hétéros vis-à-vis de moi. Sans surprise, ça n’avait rien à voir. À peine inscrite, j’avais 200 likes d’hommes et des messages indiquant clairement qu’ils n’avaient pas lu mon appel à témoins. Gurvan lui, était contacté par des femmes qui avaient lu l’annonce. Et finalement peu de gens vivant en ruralité on accepté de sauter le pas et de passer devant la caméra. C’est difficile de parler de son intimité à visage découvert. Les gens ont peur des répercussions, que ça joue sur leur réputation au travail, où il vivent… Et puis nous avons montré notre pilote au COM qui nous a annoncé vouloir faire une série avec des épisodes au format vertical (9:16) adaptable aux réseaux. Comme ça changeait beaucoup de choses à l’écriture visuelle de la série, on a décidé de demander à Chloé de réaliser la série.

Concernant le financement, ça a été complexe. Le format hybride de cette série sème la confusion pour les financeurs. La dimension réseaux sociaux (avec une diffusion en linéaire et non linéaire) leur donne le sentiment que ce n’est pas vraiment du documentaire, même si a démarche était la même pour nous. D’ailleurs, la difficulté à financer la série raconte quelque chose de la contradiction qui existe entre la demande de plus en plus grande de la part des diffuseurs classiques de produire des formats dits « web » ou « nouveaux formats » et l’absence de guichets de financements correspondant à cette demande croissante.

Autre chose que nous n’avions pas anticipé : la diffusion sur les réseaux sociaux. Travailler sa visibilité sur les réseaux, travailler la communication afin de générer des vues, ça prend beaucoup de temps, demande un certain savoir-faire et c’est un métier en soi ! Donc s’il y a une saison 2, on rajoutera une ligne au devis : community manager.

Présentation de la série à l'Hôtel Pasteur (Rennes) en novembre 2025 | Photo : Quatre et Demi

Chloé Gwinner, réalisatrice

Formée en journalisme au Canada, Chloé Gwinner a d’abord travaillé pour la presse écrite en Asie du Sud-Est et Palestine. De retour en France et après un an et demi en radio, elle s’essaie à la réalisation. Après quelques premiers cours sujets pour une émission culturelle, elle réalise ses premiers films documentaires. Elle partage aujourd’hui son activité entre commandes et projets plus personnels.

Son retour d’expérience :

C’est dans un bar que cette histoire commence. Autour d’une bière, Loeiza me raconte qu’elle travaille avec Gurvan sur l’écriture d’une série documentaire sur les applis de rencontre. Le sujet m’interpelle.

On commence à imaginer ensemble ce à quoi pourrait ressembler la série. Pas facile de raconter des histoires aussi intimes dans des formats si courts et comment faire pour aller au-delà de l’anecdote individuelle…

On décide de tester une approche spontanée, sans préinterview, avec un premier contact. De plus d’une heure d’entretien, on parvient à extraire un récit de quelques minutes.

Mais dans la jungle des réseaux sociaux, il nous faut imaginer quelque chose en plus pour créer l’arrêt sur image dans ces murs qui défilent sans fin.

Alors avec Renan, on imagine un vocabulaire visuel qui viendrait surligner le récit, l’accompagner, dynamiser des plans face caméra. Une animation qui ferait écho à nos messages ponctués d’emojis.

C’est ainsi que le premier épisode est né.

Assez vite, on imagine un dispositif simple et direct, pour conserver la spontanéité des échanges. Pas de casting, on part du principe que tout le monde a une histoire à raconter. La recherche d’intervenants passe de bouches à oreilles en petites annonces sur les réseaux et les rendez-vous sont pris dans la foulée. Comme pour un date, j’ai rendez-vous avec les participants, pour la plupart sans savoir à quoi ils ressemblent ni ce qu’ils vont raconter. Dans un bar, un restaurant ou directement chez eux.

Et à chaque fois, je me fais surprendre. Je pensais traiter un sujet léger et drôle, et je me fais bousculer par des récits troublants qui m’emmènent bien plus loin que je ne l’aurais imaginé.

Des récits qui résonnent avec ma propre histoire et beaucoup d’autres. Des histoires qui questionnent nos fantasmes à l’eau de rose confrontés à ces supermarchés du sexe et de la rencontre à usage unique. Un mélange des générations et des approches, avec ou sans consentement. Si c’est là l’avenir de la rencontre amoureuse, alors comme le dit Pierre, l’un des participants, peut-être devrait-on être prévenus, avant de se lancer dans le grand bain. Parce que nos princes et princesses charmants nagent en eaux troubles où les tréfonds sont parfois bien rances.

Présentation de la série à l'Hôtel Pasteur (Rennes) en novembre 2025 | Photo : Quatre et Demi

Pierre Gauchard, témoin (intervenant dans la série)

Pierre Gauchard est un auteur-réalisateur rennais de film de fiction et documentaire. Il s’intéresse notamment aux questions de mémoires, d’archives et de transmission des histoires queers.

Son retour d’expérience :

J’ai l’habitude d’être de l’autre côté de la caméra : c’est là où je suis le plus à l’aise. C’était la première fois que je témoignais dans un documentaire. C’est un témoignage autour des applis de rencontres gays, des sujets que je connais, dont je parle dans mon travail, mais jamais d’une façon intime, ou alors en le déformant.

C’est toujours un peu bizarre de partager des choses personnelles à quelqu’un qu’on ne connaît pas trop. Mais Chloé était à l’écoute. Progressivement, ça devenait plus facile de parler, de témoigner de tout ça. J’ai apprécié le ton, le temps avec lequel Chloé menait l’entretien. La confiance qui se tissait.

C’était un matin en plein hiver. On s’est retrouvé dans un café, à 10 h. Je ne suis pas très ponctuel, mais j’étais arrivé en avance. Chloé m’avait déjà expliqué le concept de son documentaire, pourquoi elle le faisait. J’avais accepté de témoigner, parce que le projet qu’elle mettait en place me parlait. Alors dans ce café, petit à petit, Chloé me posait des questions, affinait ce que l’intéressait dans mon histoire. Me demandait de repréciser certaines choses. Puis il y a eu un temps où elle m’a dit que ce qui l’intéressait dans ce qui je disais, c’était peut-être ma découverte du milieu gay via Grindr. Elle m’a demandé si c’était possible pour moi de re-raconter ces éléments, d’une traite. C’est ce qu’il y a en grande partie dans la capsule.

C’est troublant comment on se dit que certaines histoires ne nous touchent plus, et nous remuent pourtant quand on les raconte.

Quelques mois plus tard, j’ai découvert la série dans son intégralité à l’Hôtel Pasteur à Rennes, lors de l’avant-première. J’ai trouvé que l’idée, la façon de mettre en valeur ces différents témoignages était pertinente : il y avait plusieurs salles, dans lesquelles plusieurs témoignages étaient diffusés. Entre les salles, les spectateurs déambulaient. Le lieu de diffusion était aussi un lieu d’échange, un lieu de dialogues, de réactions. J’ai croisé et ai pu échanger avec plusieurs autres personnes qui ont participé au documentaire. Je trouve que cette série documentaire est particulièrement réussie, et que Chloé a fait un super travail dessus.

Présentation de la série à l'Hôtel Pasteur (Rennes) en novembre 2025 | Photo : Quatre et Demi

Renan Coquin, graphiste

Renan Coquin est l’un des co-fondateurs de la revue rennaise de bande dessinée La Vilaine. Dessinateur et aquarelliste autodidacte, il pratique la représentation du réel par le modèle vivant ou le croquis in situ mais aime encore plus raconter des histoires et vivre son rêve de gamin : dessiner des bd.

Son retour d’expérience :

J’ai toujours dessiné, d’aussi loin que je me souvienne. Malgré tout, j’ai suivi une formation très classique et j’ai terminé prof de physique. Lorsque j’ai intégré l’équipe de la revue rennaise de bd « La Vilaine », le dessin a pris une autre place dans ma vie : j’en fais à présent mon métier.

Je dois dire que cette nouvelle vie m’enchante. Je passe mon temps à me confronter à de nouveaux défis, chaque projet étant unique. Ça me change du statut d’enseignant, à répéter sans cesse les mêmes choses, d’heures en heures, de jours en jours, mois après mois…

Lorsque Chloé m’a proposé de m’embarquer dans l’aventure Rencontres du troisième clic, je ne me suis pas posé trop de questions. C’est nouveau, dans ma vie, ça aussi. J’ai pris confiance dans mes capacités à répondre à un projet. Je n’ai jamais fait d’animation ? Qu’à cela ne tienne, on va apprendre. Bien sûr, n’étant pas professionnel du domaine, il est évident que je mets plus de temps, que le résultat n’est pas aussi propre qu’il pourrait l’être. Mais je pense qu’à défaut d’être parfait, il correspond à ce qu’on voulait, à savoir un élément dynamique qui illustre le propos. Et, quelque part, ces petits dessins animés sont à l’image des êtres humains, de nous, avec nos défauts et notre perfectibilité, mais honnêtes.

Après que Loeiza et Gurvan aient été convaincus de l’intérêt de ces petites animations – on a fait des tests – il a bien fallu se lancer dans la réalisation des illustrations. Et, comme je ne suis pas animateur, j’ai été au plus simple : j’ai dessiné l’ensemble image par image. Et je me suis rendu compte de l’ampleur de la tâche. On a en gros autour de 10 animations par épisode, 12 épisodes et 24 images par seconde. Le tout dans un délai assez serré, puisqu’il fallait attendre que le montage soit fait pour pouvoir décider des animations à réaliser. Il a donc fallu faire plusieurs milliers de dessins, certes simples – et heureusement – en deux mois. C’était un beau challenge, et honnêtement, je suis content du résultat.

Bien entendu, chaque épisode de la série aurait eu du sens sans ces animations. Mais je pense qu’elles ne sont pas cosmétiques et apportent quelque chose à la fois sur la forme, en dynamisant le montage, mais aussi sur le fond : il était important pour Chloé d’éviter de paraphraser le discours des témoins. Chaque animation devait être pertinente. En fonction de l’épisode concerné, cela entraîne deux problèmes : certains sont légers, les idées de dessin viennent vite. Il faut donc éviter l’effet « sapin de noël », de les multiplier. D’autres sont plus graves, durs. Et là, que montrer ? Que dessiner ? Ce sont ces petits défis qui rendent ce type de projet intéressant, stimulant. Et assez éprouvant. Je retourne donc avec joie à mes petits mickeys.

Voir la série

La série est actuellement accessible en replay sur france.tv jusqu’au 23 octobre 2026.

SUR LA SÉRIE

Rencontres du troisième clic de Chloé Gwinner

12 x 4′ | France | Sortie en novembre 2025

Munie de sa caméra et son micro, Chloé sillonne la Bretagne et part à la rencontre d’utilisateur·rices d’applications de rencontres. Derrière les histoires des un.es et des autres, notre réalisatrice cherche à déceler les émois, les fragilités et les espoirs; à gratter le vernis de l’anecdote pour discuter de l’amour, de la solitude, de la rencontre et du besoin de l’autre. Rencontres du troisième clic, ce sont douze personnes qui nous racontent, à travers une histoire particulière, leur expérience des applications de rencontres.

Écrit et réalisé par Chloé Gwinner

Écrit et produit par Loeiza Recourt et Gurvan Hue (Quatre et Demi)

Avec les soutiens de France 3 bretagne, plateforme Francetv, TVR, Tébéo et Tébésud, Kub ainsi que du CNC

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