Estran 6 : les films et leurs auteurs 1 an après


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Un an déjà que les auteurs lauréats d’Estran 6 ont coupé le cordon avec le dispositif qui leur a permis de réaliser, chacun, leur premier court de fiction. C’était à Saint-Quay-Portrieux, le 6 octobre 2016, à l’occasion des Rencontres de Films en Bretagne. Se présentaient au public : trois filles, un garçon et quatre films courts. Quelles routes ont-ils suivi depuis ? Nous avons repris contact.

Au terme des 18 mois d’accompagnement inscrits au programme Estran 6, les professionnels découvraient les premiers, l’an passé – pendant les 16es Rencontres de Films en Bretagne – quatre films courts, tout juste sortis des mains de leurs mixeurs-étalonneurs. Un bon cru cet Estran ! s’accordait-on à dire au sortir de la salle. Chacun, chacune, avait son préféré. À l’Horizon, Danse, poussin., T’es con Simon, Jusqu’à ce que la mort nous sépare ? Pas de palmarès unanime. Quatre films très différents et quatre essais transformés.

Vient ensuite le Festival européen du film court de Brest, la vraie rencontre avec le public, et l’entrée dans une autre phase pour les jeunes réalisateurs. Accompagner son film en salle, voir et revoir son propre travail, faire face aux réactions du public : une nouvelle expérience, plus ou moins facile pour quatre primipares… Reste aussi désormais à convaincre les programmateurs, les diffuseurs, à faire vivre les films sur les écrans. Cette mission est confiée à Anthony Trihan et à sa jeune société Next Film Distribution, pour trois des quatre courts et à Amélie Quéret et sa société Respiro Productions pour le dernier film. Et après ?

Germain Huard, « Jusqu’à ce que la mort nous sépare »
Produit par Jean-Philippe Lecomte – Distribué par Anthony Trihan, Next Film Distribution

La vie de son film en salles, ses sélections en festival ? « 7, 8 ? Pas fou pour l’heure », confie Germain, sans que cela semble lui peser particulièrement. Parce qu’il y a quand même eu, déjà, des moments qui font plaisir : un prix du Public au festival Armoricourt (Plestin les Grèves – Côtes d’Armor) cet été ou la diffusion à Carhaix, en juin, liée au Breizh Film Fund : « j’ai eu de super retours du public. Voir que le film fonctionne, même si tout n’est pas comme on aurait voulu que ce soit, c’est important ».

Et, c’est à une nouvelle occasion de rencontrer le public que se prépare le réalisateur puisque, dans quelques semaines, « le film est en compétition à Paris Court Devant, un festival de catégorie 1 (classifié par le CNC comme un festival majeur, ndlr) », précise-t-il. Une sélection qui intervient alors que, côté petit écran cette fois, « s’est récemment conclu l’achat du court par OCS (Orange Cinéma Série) », confirme Anthony Trihan, en charge de la distribution. Joli doublé.
De quoi prendre confiance quand le jeune homme admet « être sorti du tournage avec la peur d’avoir raté ».

Germain Huard_GO © Brigitte Bouillot
Germain Huard en séance de travail au Groupe Ouest © Brigitte Bouillot

En décembre dernier, Germain postule à la sélection annuelle du Groupe Ouest. Ils sont 8 lauréats. Cette fois, la sélection se fait sur une ébauche de projet : « j’ai écrit en peu de temps, quelque chose d’embryonnaire, sans avoir encore vraiment l’histoire ».
Alors qu’il sort de la 3e session, il raconte : « j’ai deux consultants exceptionnels », et ajoute : « c’est un sacré chantier l’écriture d’un long… Mais cette semaine, c’est apparu avec beaucoup de clarté, j’ai enfin mis le doigt sur le cœur de mon projet. Le Groupe Ouest c’est génialissime ! Et sans Estran et la réalisation d’un premier court, je n’aurai pas pu y entrer ».

La fin de la résidence approche, mi décembre, « mais le scénario ne sera pas achevé. Un synopsis solide ce sera déjà bien ». Chercher un producteur ? Germain n’en est pas là, même s’il a « hâte de pouvoir soumettre son texte à lecture ». La chance, là encore, c’est de ne pas être seul : « les consultants (qui interviennent au Groupe Ouest, ndlr) ont des réseaux, les liens créés avec les producteurs associés au dispositif Estran sont par ailleurs restés solides, amicaux même ».

Clémence Dirmeikis – Danse, poussin.
Produit par Amélie Quéret – Distribué par Amélie Quéret, Respiro Productions

De sa voix menue, Clémence nous raconte à son tour le parcours de son film. « Il a fallu attendre un peu pour une première sélection mais aujourd’hui, il tourne pas mal ». Un point décisif pour ce court : « il a fait partie de la sélection de la Maison du Film court au Short Film Corner à Cannes. Maintenant, ce qui est étonnant c’est que le film circule beaucoup à l’international et peu en France. » Plus remarquable encore : « il est beaucoup demandé en Amérique du Sud. Ça me réjouit que ça parle à des Mexicains, des Chiliens », s’amuse Clémence. « C’est une question de ton peut-être. La façon presque onirique ou fantastique avec laquelle est traitée l’histoire, on la retrouve beaucoup dans la littérature sud-américaine ».

Et en effet, avec un film qui fait référence à la tradition bretonne, Clémence a pourtant le public le plus large qui soit. Elle voyage. « Je viens de partie en Roumanie, à Timisoara. J’y ai fait de belles rencontres. Et ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard cette fois car on retrouve Massimiliano (Massimiliano Narduli, ex programmateur du festival de Brest, ndlr) dans l’équipe de programmation du festival » – croit savoir Clémence. Dans les semaines à venir, « il y a aussi un festival à Lisbonne où le court est en lice pour les Prix de Meilleur film, Meilleur Premier film et Meilleure musique originale ! ». Parallèlement, la jeune femme savoure « les retours très encourageants des professionnels » qu’elle croise au gré de ses déplacements.

Clemence Dirmeikis- Timishort festival
Clemence Dirmeikis lors du Timishort festival © Sebatatatru.ro

Portée par cette dynamique, Clémence oeuvre à un deuxième court métrage « plutôt bien avancé ». Avec précaution, mais enthousiasme, elle avoue également un projet d’une autre envergure. « Peut-être un long métrage, sans doute une adaptation de roman ». Elle a conscience « de l’ampleur du projet » mais l’envie est là. Une envie telle que Clémence, qui travaillait déjà comme seconde assistante mise en scène, ne s’éloigne plus des plateaux : « Estran a agrandi mon réseau et j’ai le plaisir de travailler avec de plus en plus de visages connus ».

« Tout a été positif pour moi dans cette expérience (Estran). Le tutorat a été bénéfique et rassurant ; ça m’allait très bien. J’ai aussi beaucoup aimé l’accompagnement de la scénariste Alice Vial et Antoine (Le Bos, directeur de Groupe Ouest ndlr). J’aurais mis bien plus de temps à acquérir les outils pour raconter une histoire si j’étais restée seule dans mon coin ».

Lauriane Lagarde – À l’Horizon
Produit par Thomas Guentch – Distribué par Anthony Trihan, Next Film Distribution

Lauriane, elle aussi, a fait de belles expériences grâce à la sélection de son film en festivals. Elle rentre de Moulins (Allier) où ses deux actrices principales étaient nominées – catégorie court métrage – pour le prix du Premier rôle féminin au Festival Jean Carmet. Dédié à la fiction, ce festival a été pour la jeune femme « une occasion de rencontrer des professionnels, de revoir Armande Boulanger (son) actrice principale mais aussi de rencontrer et de voir le travail d’autres acteurs et réalisateurs talentueux ». Un moment agréable et stimulant « où les retours ont été très bienveillants. On vous encourage : Continuez ! ». Pourtant « c’est difficile de faire un retour sur un premier film. Peu de gens se risquent à le faire et c’est normal » avoue la réalisatrice. C’est aussi « très dur d’être spectateur de son film » poursuit-elle, confiant avoir « refait (son) film dans (sa) tête tant de fois ». Et puis c’est venu : « À Moulins, je me suis installée dans un siège à l’écart. J’avais le tract. Mon film a été projeté, dans de bonnes conditions et j’ai enfin ressenti de l’émotion ».

Parcours auteurs - Plateforme
Lauriane Lagarde (écharpe noire) et le groupe des auteurs en résidence avec La Plateforme © La Plateforme

Avec un nouveau court métrage dans sa besace, Lauriane fait partie des cinq lauréats de l’appel à projets lancé par La Plateforme (le Pôle cinéma audiovisuel des Pays de la Loire, ndlr). Elle boucle tout juste sa première semaine de résidence. Une situation très plaisante pour la jeune réalisatrice qui se réjouit d’être, dans ce cadre qu’on lui offre, « pleinement concentrée sur l’écriture. J’aurai le producteur à chercher ensuite, en cela je profite d’avoir fait ce premier court ».

Heureuse en fiction, Lauriane n’a pas pour autant tourné le dos au documentaire. Avec trois films à son actif, elle développe un nouveau projet pour lequel elle a obtenu une aide à l’écriture de la Région Bretagne. « J’aime le documentaire. Et la fiction m’apporte dans ma pratique du documentaire. Ça ouvre, ça libère, je peux mêler les choses. Je n’évolue pas dans deux mondes fermés et je veux maintenant exploiter cette porosité entre les genres, ce n’est plus théorique ».

Estran a donc ouvert des portes et permis à la réalisatrice de progresser. Son court métrage À l’Horizon poursuit sa vie en festivals et vient tout juste d’être acheté par TV5 Monde. Cette réussite, c’est aussi le fruit d’un duo professionnel bien assorti, une équipe que Lauriane et Thomas Guentch, son producteur Estran, auraient tous deux plaisir à reformer sur un prochain projet…

Claire Barrault – T’es con Simon
Produit par Marc Bellay – Distribué par Anthony Trihan, Next Films

Un calcul rapide… Claire évalue à 13 ou 14 sélections en festivals le parcours de son film à ce jour. Elle mentionne deux prix, deux distinctions qui la touchent particulièrement. Ce sont celles décernées par des jurys jeunes, des élèves d’option cinéma. Pourquoi y voir un sens particulier ? « Parce ce que c’est quelque chose que j’ai pratiqué moi aussi, j’ai participé à ce genre de comités et j’aimais beaucoup ça ».

Plus exotique, le film de Claire a été projeté au French Film Festival de Sacramento ou encore en Estonie. Difficile cependant de faire le voyage pour de jeunes réalisateurs. « Dès que je peux, j’y vais. Quand c’est pris en charge ».

Comme ses collègues, la jeune femme a profité de la belle dynamique Estran et enchaîné illico sur d’autres projets. Le tournage de son prochain court se profile en mai, c’est dire ! « Un projet produit par la société Paris-Brest Productions, soutenu par la Région Bretagne et coproduit avec les chaines locales bretonnes ». Mais ce n’est pas tout, Claire – elle aussi – voit plus long ! Elle coécrit donc actuellement, « avec Alice Vial, rencontrée dans le cadre d’une résidence d’écriture Estran. Un long métrage que nous allons aussi co-réaliser ».

Claire Barrault GO © Brigitte Bouillot
Claire Barrault en séance de travail au Groupe Ouest © Brigitte Bouillot

« Ma session avec Groupe Ouest et mon parcours Estran m’ont fait rencontrer des gens, connaître les dispositifs : j’ai vraiment pris goût à l’accompagnement. J’ai d’ailleurs participé à un atelier à Aix en Provence suite à Estran ».

Quatre ex-lauréats sur quatre occupés à de nouveaux films… Belle statistique, et beau bilan ! Bon casting aussi sans doute que ces quatre auteurs-réalisateurs en herbe. Pas un n’a fléchi. Tous ont réitéré, avec la confiance des professionnels et des réseaux qui les ont accompagnés. Les bonnes fées qui se sont penchées sur ces berceaux-là peuvent se réjouir, en même temps que la filière régionale toute entière. Éclos en région, ces jeunes talents semblent en effet trouver sur place la ressource et les relais pour s’épanouir. L’effort et les moyens dévolus à accompagner l’écriture semblent aussi faire la preuve de leur pertinence et de leur efficacité. Excellente nouvelle !

Charlotte Avignon