[Écoproduction] En Morbihan, « Trésors » invente une ressourcerie régionale pour la culture : 3 questions à Héléna Cisterne

Héléna Cisterne en préparation de tournage (L'ÎLE DE LA DEMOISELLE de Micha Wald) | 2024

Transformer les « rebuts » en « trésors » : c’est le point de départ du projet porté par Héléna Cisterne et Amélie Trémélo, également soutenu par un comité stratégique composé d’acteurs culturels et institutionnels lorientais. Face au gaspillage des matières utilisées dans les tournages, les spectacles, les festivals ou les projets artistiques, elles imaginent une nouvelle manière de les faire circuler et de les valoriser, en réponse aux enjeux écologiques et économiques auxquels le secteur est aujourd’hui confronté.

Avec le projet Trésors, notamment soutenu par la Région Bretagne, elles ambitionnent de créer en région un lieu de mutualisation des matières, des outils et des savoir-faire, mais aussi de favoriser leur circulation entre les différents secteurs culturels. Avec une réflexion menée à l’échelle régionale, Trésors entend ainsi favoriser le réemploi, décloisonner les pratiques et construire de nouvelles formes de coopération autour de la création.

Héléna Cisterne, plasticienne de formation et cheffe décoratrice sur des tournages, porte aujourd’hui cette réflexion et accompagne le développement du projet. Après une première année d’incubation, Trésors entre dans une nouvelle phase, à la recherche d’un lieu, de soutiens et de nouvelles forces pour faire émerger cette Ressourcerie.

Films en Bretagne est allée à sa rencontre pour lui poser ses trois traditionnelles questions…

3 QUESTIONS à Héléna Cisterne

Héléna Cisterne,
cheffe décoratrice et cofondatrice de Trésors

J’ai 42 ans, presque 20 ans d’expérience dans le cinéma, et je vis dans le Morbihan, très heureuse, depuis 9 ans. Il y a trois ans j’ai proposé ce projet de Ressourcerie Culturelle à la Région Bretagne, aujourd’hui il est en train de se concrétiser.

Films en Bretagne :

Transformer les « rebuts » en « trésors » : c’est le point de départ de votre projet. Quel constat avez-vous fait, sur le terrain et à travers vos propres parcours, qui vous a donné envie de créer Trésors ? Et à quels besoins des professionnel·les de la culture souhaitez-vous aujourd’hui répondre en priorité ?

Héléna Cisterne :

J’ai fait des études d’Arts Plastiques, puis j’ai travaillé dans les équipes décoration pour des tournages de film pour le cinéma, avec quelques incursions dans la publicité.

Ce qui est resté de toutes ces expériences, dans les études comme dans le monde professionnel, c’est que toute création demande de la matière, qu’il y a une très grande disparité de moyens pour acquérir cette matière et qu’elle est majoritairement utilisée sur un temps court puis transformée en déchets.

Je me souviens de mes premiers tournages où je ne supportais pas de voir jeter du bois, du tissu, de la quincaillerie. Très vite ma chambre s’est transformée en stockage et mes colocataires n’ont plus eu accès au garage… Les années passant, de crises économiques en crises écologiques, il est devenu insupportable de voir la création culturelle générer plus de pollution et gaspiller une ressource rare et chère.

Ce constat était partagé par toutes les collègues que je rencontrais, les sociétés de production n’avaient pas la capacité de gérer la matière qu’elles utilisaient pour leurs créations.

En Bretagne, 20 ans plus tard, c’est ma maison qui s’est remplie de ce qui partait à la benne et qui pourrait servir à d’autres tournages.

Mais les solutions individuelles, si elles ont le mérite d’exister, ne sont pas efficaces, et n’offrent pas une égalité d’accès à cette matière.

Des modèles efficaces existent, et un réseau national, le Ressac, soutient le développement dans les zones dépourvues de structures, comme c’est le cas en Bretagne.

Au vu de l’activité culturelle et artistique de la Bretagne, ses festivals, tournages, événements, centre d’arts et collectifs d’artistes, créer une structure à l’échelle de la région faisait sens.

Grâce aux apports des acteurs culturels que nous rencontrons à chaque étape du développement, le projet s’affine pour répondre aux besoins précis du territoire, tout en conservant une base permettant d’évoluer avec d’autres acteurs dans le futur.

Aujourd’hui ces besoins sont : un lieu de mutualisation du matériel utilisé ponctuellement, un lieu de mise en commun de la matière à la suite de son utilisation et des ateliers à proximité de cette matière.

Images extraites du Business Plan du projet Trésors, la Ressourcerie culturelle et artistique de Bretagne

Films en Bretagne :

Dans un contexte de contraintes écologiques et de difficultés économiques croissantes, le réemploi peut-il aussi être une manière de repenser les façons de créer ? Au-delà de la réduction des déchets, peut-il contribuer à renforcer l’autonomie et la résilience du secteur culturel, notamment en favorisant de nouvelles pratiques et de nouvelles coopérations à l’échelle locale et régionale ?

Héléna Cisterne :

Oui, c’est notre objectif.

Nous avons constaté que dans chaque milieu, théâtre, cinéma, festivals, etc., il y a des réseaux forts avec des initiatives de mise en commun, mais ces différents milieux culturels ont peu d’interaction entre eux, peu de lieux en commun.

Parfois certains techniciens qui évoluent entre festivals et cinéma, entre cinéma et théâtre arrivent à faire transiter certains éléments, certains besoins, mais les projets tombent rarement au même moment et les transferts de matière sont rares.

Pourtant la matière utilisée par un tournage peut facilement trouver une deuxième vie dans une scénographie de théâtre ou de la décoration pour un festival.

Il nous faut un lieu commun à tous les milieux, ouvert à toutes les pratiques.

Un lieu où transmettre la matière mais aussi les nouveaux savoirs, notamment les techniques d’éco-conception, qui permettent d’en allonger la durée d’utilisation.

Nous visons la création d’un lieu de stockage et de mise en commun de la matière, avec des ateliers où la travailler : un lieu qui permette à la création de partir de la matière disponible.

En créant ce lieu de mise en commun des ressources, des savoirs, des pratiques, on permet donc à chaque utilisateur de rentrer dans un fonctionnement plus collectif, et de réduire l’impact écologique et le coût économique de sa création.

Préparation de tournage (L'ÎLE DE LA DEMOISELLE de Micha Wald) | 2024

Films en Bretagne :

Après une première année d’incubation, Trésors entre dans une nouvelle phase : vous cherchez notamment à élargir le collectif autour du projet, à recruter une coordinatrice, à trouver de nouveaux soutiens, notamment auprès des collectivités, et à trouver un lieu pour expérimenter la ressourcerie. Pourquoi est-il essentiel, à ce stade, de faire collectif ? Et comment imaginez-vous la suite du projet, entre son ancrage dans le Morbihan et la réflexion autour d’une SCIC à l’échelle régionale ?

Héléna Cisterne :

Trésors est un projet soutenu par la Région Bretagne. Nous avons reçu un financement pour créer une Ressourcerie Culturelle et Artistique, sous la forme d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif.

Nous pensons que le temps de l’individualisme est passé, et qu’il n’y a que le collectif, le commun, qui puisse nous sortir de l’impasse écologique et économique dans laquelle nous sommes.

Au cours du développement avec l’incubateur du TAg56 nous avons défini les besoins auxquels le projet répond mais aussi la forme qu’il devrait prendre.

Si nous avons envie de créer un lieu dans le Morbihan qui ait une portée régionale, nous pensons aussi qu’il ne faut plus développer de super-structure qui absorbe toutes les initiatives, tous les projets.

Nous plaidons pour une mise en réseau de tous les acteurs déjà existants, afin de se répartir la matière, les projets, en fonction de nos spécificités et nos capacités de réponse.

Nous voulons créer une scic avec différentes structures du réemploi et de la culture, à l’échelle de la Région, afin de mutualiser des emplois, des outils de gestion, des ressources, pour nous rendre plus résistantes aux aléas de l’économie, et des politiques qui l’orchestrent, tout en conservant nos spécificités.

Aujourd’hui nous sommes en train d’explorer les différentes possibilités d’implantation dans le Morbihan.

Lorient Agglomération, consciente de l’impact économique d’une Ressourcerie Culturelle, est intéressée pour accueillir le projet, et les acteurs culturels et artistiques de Lorient sont investis dans son développement, mais la problématique foncière et sa gestion par des groupes privés nous mettent pour l’instant dans l’impasse.

Nous essayons de trouver des solutions ensemble, mais nous ouvrons aussi notre recherche à d’autres agglomérations qui auraient du foncier plus accessible, parce que pendant que nous cherchons, la matière continue d’être détruite et les budgets de baisser.

Nous sommes à la recherche de personnes pour appuyer le projet, pour s’impliquer dans son développement. Des personnes qui voudraient voir le projet s’implanter dans leur agglomération, ou sur un lieu disponible, seraient prêtes à y donner du temps.

Image extraite du Business Plan du projet Trésors, la Ressourcerie culturelle et artistique de Bretagne

Propos recueillis par Films en Bretagne, septembre 2026.

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E-mail : ressourcerieculturellemorbihan@gmail.com

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