[ECOPRODUCTION] 3 Questions à Léa Alric

Décoratrice, ensemblière et régisseuse d’extérieurs installée à Douarnenez, Léa Alric imagine et construit des univers éco-responsables pour le cinéma et l’audiovisuel. Cofondatrice d’Éco Déco Ciné et des Toiles Vertes, membre du pôle audiovisuel Douarnenez-Cornouaille, elle partage aujourd’hui ses pratiques et ses recherches lors des formations Écoprod, avec l’envie de faire évoluer les manières de créer, ensemble.

À cette occasion, nous lui avons posé nos traditionnelles 3 questions…

À noter que Films en Bretagne organise, les 5 et 6 mars 2026, une formation éco-prod intitulée « Tournages en milieux naturels ».

3 QUESTIONS À LÉA ALRIC

Films en Bretagne :

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager dans l’éco-production et à co-fonder le collectif Éco Déco Ciné ? Qu’est-ce qu’Éco Déco Ciné ?

Léa Alric :

Passionnée de cinéma, j’ai déchanté en découvrant l’envers du décor. Sensibilisée à l’écologie pendant mes études d’architecture, j’ai été frappée, dès mes débuts dans l’audiovisuel, par le « tout à la benne » lors de certains démontages.

Depuis, la gestion des déchets m’obsède : réduire, réemployer, trouver des filières. La création m’importe autant dans sa matière que dans sa manière.

En 2017, avec deux consœurs — cheffe peintre et ensemblière — du MAD (Métiers Associés des Décors), on crée Éco Déco, puis en 2019, le collectif Éco Déco Ciné, rejoint par des chef·fes décorateur·rices. L’objectif : interroger nos pratiques et agir à notre échelle. Notre première action, une enquête de terrain auprès des professionnel·les, a révélé un besoin de formation chez celles et ceux déjà sensibles à ces enjeux.

Nous partageons ces solutions via Les Toiles Vertes, CUT! (Cinéma Uni pour la Transition) et des formations Ecoprod, dans les écoles de cinéma ou à la Ressourcerie du cinéma de Montreuil, née de cette dynamique.

Films en Bretagne :

Concrètement, qu’est-ce que l’écoconception d’un décor implique, et quels bénéfices cela apporte-t-il à la production ? Un exemple ?

Léa Alric :

L’écoconception commence dès la préparation : identifier fournisseurs locaux, matériaux, filières de réemploi.

Ce travail, mené avec le premier assistant, la régie et le·la chargé·e d’écoproduction, s’intègre peu à peu dans les pratiques.

Il s’agit de penser tout le cycle de vie du décor : depuis le choix des matériaux (provenance, caractéristiques, assemblage pour faciliter le démontage) jusqu’à leur sortie : réemploi, don, vente, recyclage, tri.

Cela passe aussi par une réduction de l’eau utilisée en peinture, des produits moins toxiques, une limitation des déchets, et surtout une communication avec l’équipe pour permettre à chacun·e de proposer des alternatives.

Le bénéfice est double : impact réduit et meilleures conditions de travail — moins de produits polluants, moins de pression, plus de sens… et même de la joie !

À Rennes, sur un téléfilm, nous louons à l’Adrak, ressourcerie fondée par des décorateur·rices. Grâce à de bons repérages, les décors sont regroupés à proximité des bureaux déco, régie et production, avec un atelier, un espace de stockage, une cantine, et un tri organisé par des régisseur·es formé·es à l’écoproduction.

En Bretagne, des dynamiques concrètes se mettent en place.

Pour que ces pratiques s’installent durablement et deviennent la norme, il faut que les conditions de travail et d’organisation évoluent, avec un véritable soutien de la production.

Films en Bretagne :

Qu’est-ce qui vous manque aujourd’hui pour aller plus loin en termes d’écoconception ?

Léa Alric :

Je parle d’éco-responsabilité, parce que c’est une démarche collective : chacun a une part de responsabilité, donc un pouvoir d’agir.

Pour avancer, il faut du temps, des moyens, et une vraie reconnaissance.

Ce n’est pas qu’une question de budget, mais d’anticipation. Or, les équipes sont déjà très sollicitées, parfois à bout de souffle : prépas courtes, scénarios en réécriture, repérages et plannings tardifs…

Difficile d’aller plus loin sans repenser l’organisation. Cela ne peut pas reposer sur de petits gestes ou la bonne volonté de quelques-uns. C’est une dynamique collective.

Mieux préparer, c’est déjà mieux produire. Intégrer ces enjeux en amont, c’est éviter l’improvisation coûteuse, soulager les équipes, et construire des tournages plus durables, plus humains, plus respectueux — et souvent plus efficaces.

Quand la production s’engage, soutient la démarche et lui donne les moyens d’exister, alors on peut, ensemble, faire un cinéma autrement.

L’écoproduction offre l’opportunité d’être plus en phase avec le monde d’aujourd’hui, et avec les valeurs que beaucoup de technicien·nes portent déjà.

Propos recueillis par Films en Bretagne, janvier 2026.

+ d’infos : sur Éco Déco Ciné

E-mail de contact : ecodecocine@protonmail.com

Autre actualité :

Formation | Ecoprod : Tournages en milieux naturels

Films en Bretagne accompagne la transition écologique du secteur en proposant cette formation inédite de 2 jours en présentiel. Alors qu’une grande partie des tournages en Bretagne a lieu en milieux naturels, cette formation vise à sensibiliser les professionnel·les aux enjeux environnementaux et à les mettre en action grâce à la présentation des méthodes et des solutions leur permettant d’appliquer les principes de l’éco-production.

La formation aura lieu jeudi 5 et vendredi 6 mars 2026 à Guidel (56). Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 29 janvier 2026.

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