[Génération(s) Start Motion] 3 Questions à Chris Tichborne

Dans le cadre de sa présence au Festival national du film d’animation de Rennes, nous avons posé nos 3 questions à Chris Tichborne, l’une des grandes figures contemporaines du cinéma d’animation en volume. Animateur primé aux BAFTA et Emmy Awards, ayant notamment travaillé avec Tim Burton (Les Noces funèbres), Henri Selick (Coraline) ou encore Wes Anderson (Fantastic Mr Fox), il se consacre désormais à la réalisation de séries et à la direction de l’animation (The House, Beetlejuice Beetlejuice).

Il a également été formateur lors de notre formation en animation stop-motion à Lorient, dans le cadre du projet Génération(s) Start Motion en partenariat avec France 2030, l’AFCA et l’EESAB.

Le Festival sera l’occasion de rencontrer Chris Tichborne pour 2 temps : une carte blanche où il présentera Les Noces Funèbres de Tim Burton (jeudi 9 avril) et une masterclasse « l’art de donner vie aux marionnettes » (vendredi 10 avril). Rendez-vous par ici pour de plus amples informations.

3 QUESTIONS à Chris Tichborne

Films en Bretagne :

Pourriez-vous nous décrire le parcours qui vous a mené à votre très impressionnante carrière dans le milieu du film d’animation stop-motion ?

Chris Tichborne

J’ai toujours aimé rêvasser et créer de mes mains. J’ai mûri assez tard et, bien après l’adolescence, je prenais toujours beaucoup de plaisir à construire avec des Lego, à sculpter de la pâte à modeler et à inventer des histoires de bandes dessinées un peu absurdes — pour être honnête, je le fais toujours aujourd’hui. L’école d’art a été une véritable révélation : elle m’a montré que je pouvais peut-être réellement vivre de ces passions. Lorsque mon film d’étudiant a commencé à être projeté en festivals, j’ai rencontré des personnes déjà actives dans l’industrie, ce qui a renforcé ma détermination à rejoindre ce milieu.

J’ai eu la chance de décrocher un poste d’assistant de production (« runner ») dans un studio de stop-motion à Londres. J’y ai touché à tout — fabrication d’accessoires, habillage de décors, éclairage, montage et, bien sûr, faire le thé. Avec le recul, cette diversité de tâches a constitué une formation idéale pour devenir réalisateur par la suite. Au bout d’un an, le studio m’a donné l’opportunité de me former comme animateur, et pendant les cinq années suivantes, j’ai travaillé sur différentes séries télévisées pour enfants.

En 2003, j’ai été engagé comme animateur sur Les Noces funèbres de Tim Burton (Corpse Bride). Mon expérience dans les séries jeunesse m’avait préparé à franchir un nouveau cap dans ma pratique. C’était impressionnant au début, mais je connaissais déjà beaucoup d’animateurs grâce à mes expériences précédentes, ce qui m’a offert un solide réseau de soutien. Cette expérience m’a ensuite mené à travailler sur Coraline quelques années plus tard, puis sur Fantastic Mr Fox en 2008 — aux côtés de nombreux·ses collègues ayant travaillé sur ces trois films.

Ma première expérience en tant que réalisateur remonte à 2011, sur la série de la CBBC Strange Hill High. Ce fut un immense apprentissage, couvrant toutes les étapes de la fabrication d’un film, de l’idée initiale à l’image et au son final. Depuis, j’ai eu la chance d’enchaîner des projets passionnants — un mélange de travail acharné, de bon timing et de collaboration avec des personnes talentueuses.

Films en Bretagne :

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre travail d’animateur stop-motion, de chef-animateur et de réalisateur ?

Chris Tichborne :

J’aime ce moment où une idée devient réelle grâce à la collaboration avec des personnes qui partagent la même sensibilité. Il y a quelque chose de magique dans le fait d’utiliser son imagination et ses mains pour donner vie à un objet. Encore aujourd’hui, les premières secondes d’animation d’une nouvelle marionnette me procurent une montée d’adrénaline. J’encourage toujours les animateurs à passer du temps avec leur marionnette avant de commencer : la tenir à hauteur des yeux, ressentir sa présence, imaginer ses pensées, réfléchir à la façon dont elle pourrait bouger ou s’exprimer.

Voir un scénario que l’on a écrit prendre vie ajoute une autre dimension de plaisir. Entendre des comédiens interpréter vos mots et observer comment les animateurs s’en emparent procure une émotion très forte, presque de l’ordre de l’amour. J’aime laisser une certaine autonomie aux animateurs : je les guide à travers le scénario, mais je souhaite aussi qu’ils apportent leurs propres idées et s’approprient le travail. Cette collaboration crée une richesse de moments que je n’aurais jamais pu imaginer seul.

Au fil des longues heures, des jours et des mois passés en studio, nous pensons toujours à l’effet que le film produira à l’écran. J’ai appris à faire confiance à ces réactions instinctives que nous avons en studio — ces intuitions sont précieuses. Si l’équipe éclate de rire devant un plan, il y a de fortes chances que le public réagisse de la même manière.

Films en Bretagne :

Vous avez enseigné pendant une semaine dans le cadre de la formation continue « animation de personnages stop-motion » organisée par Films en Bretagne l’été dernier (2025) à l’EESAB de Lorient. Pourriez-vous nous partagé votre expérience en tant que formateur ?

Chris Tichborne :

J’ai passé un excellent moment à enseigner à huit étudiantes, et j’aurais sincèrement aimé pouvoir rester plus longtemps. Les voir progresser en si peu de temps a été extrêmement gratifiant. J’ai conçu ma semaine de formation de manière à construire progressivement leur compréhension des principes du mouvement, et c’était passionnant d’observer leur technique s’améliorer et leur confiance grandir à mesure qu’elles s’appropriaient leur travail d’animation.

Une dynamique collective forte et bienveillante s’est rapidement installée au sein du groupe. Elles ont su s’apporter des retours constructifs et s’encourager mutuellement — ce qui est toujours idéal pour un formateur : voir des étudiant·es apprendre grâce à la collaboration et à l’intelligence collective. Le studio, ouvert et baigné de lumière naturelle, a également joué un rôle important : il nous offrait un espace lumineux et propice à la réflexion pour visionner leur travail chaque jour. Le fait de sortir des plateaux d’animation sombres pour planifier et faire le point instaurait un rythme de travail équilibré.

J’aimerais beaucoup revenir prochainement, idéalement pour une période plus longue, afin d’explorer encore plus en profondeur les compétences et les techniques. Il y a toujours le sentiment que certaines activités pourraient être poussées plus loin et que nous pourrions continuer à développer l’approche pédagogique collaborative que nous avons mise en place ensemble.

Propos recueillis par Tim Leborgne pour Films en Bretagne, mars 2026.

+ d’infos

As part of his participation in the National French Animation Festival in Rennes, we posed three questions to Chris Tichborne, a renowned contemporary figure in stop-motion animation. A BAFTA and Emmy Award-winning animator who has worked with Tim Burton (Corpse Bride), Henri Selick (Coraline), and Wes Anderson (Fantastic Mr. Fox), he now focuses on directing series and animation supervision (The House, Beetlejuice Beetlejuice).

He also served as an instructor in our stop-motion character animation training held in Lorient, as part of the Génération(s) Start Motion project in partnership with France 2030, AFCA, and EESAB.

The festival will offer two opportunities to meet Chris Tichborne: a carte blanche screening of Corpse Bride by Tim Burton, introduced by Chris (Thursday, 9 April), and a masterclass: “The Art of Bringing Puppets to Life” (Friday, 10 April).

3 QUESTIONS for Chris Tichborne

Films en Bretagne:

Could you describe your path towards and into your very impressive career in the stop-motion film industry?

Chris Tichborne:

I’ve always loved daydreaming and making things with my hands. I was a late developer, and well into my teens I was still happily building with Lego, sculpting with Plasticine, and inventing silly comic‑book stories — honestly, I still do now. Art college was a revelation; it showed me that I might actually be able to make a living from these passions. When my student film began screening at festivals, I started meeting people already working in the industry, which only strengthened my determination to join their club.

I was fortunate to land a job as a runner at a stop‑motion studio in London. I did a bit of everything — prop‑making, set dressing, lighting, editing, and, of course, making tea. Looking back, those varied tasks were the perfect training ground for directing later on. Within a year, the studio gave me the chance to train as an animator, and for the next five years I worked on a range of children’s television shows.

In 2003, I was hired as an animator on Tim Burton’s Corpse Bride. My years in children’s TV had prepared me to push my craft to a new level. It was intimidating at first, but I already knew many of the animators from previous jobs, so I had a strong support network. That experience led to Coraline a couple of years later, and then Fantastic Mr Fox in 2008 — many of the same people worked across all three films.

My first directing role came in 2011 on the CBBC series Strange Hill High. It was a huge learning curve, covering every stage of filmmaking from the initial idea to the final picture and sound. Since then, I’ve been lucky to ride a wave of exciting projects — a mix of hard work, good timing, and being surrounded by talented people.

Films en Bretagne:

What are you most passionate about in your work as a stop-motion animator, animation director, film director? 

Chris Tichborne:

I love the moment when an idea becomes real through the collaboration with like‑minded people. There’s something magical about using your imagination and your hands to bring an object to life. Even now, the first few seconds of animating a new puppet still give me an adrenaline rush. I always encourage animators to spend time with their puppet before they start—hold it at eye level, study its presence, imagine its thoughts, and consider how it might move or express itself.

Watching a script you’ve written come alive adds another layer of joy. Hearing actors perform your words and seeing how animators interpret them is a feeling close to love. I like to give animators a degree of autonomy; I’ll guide them through the script, but I also want them to bring their own ideas and ownership to the work. That collaboration creates a rich tapestry of moments I could never have imagined on my own.

Through the long hours, days, and months in the studio, we’re always thinking about what the final result will feel like on screen. I’ve learned to trust that instinctive reaction we get in the studio—those gut feelings matter. If the crew bursts out laughing at a shot, chances are the wider audience will too.

Films en Bretagne:

Could you share with us your thoughts and feelings about your experience teaching 1 week of Films en Bretagne’s 6-week professional stop-motion character animation course last summer, held at the Ecole Européenne Supérieure des Arts de Bretagne (EESAB) in Lorient?

Chris Tichborne:

I had a wonderful time teaching my eight students in Lorient last summer, and I genuinely wish I could have stayed longer. Watching them grow over such a short period was incredibly rewarding. I designed the course to gradually build their understanding of the physics of motion, and it was exciting to see their techniques strengthen and their confidence grow as they took ownership of their animation work.

A strong, supportive culture quickly developed within the group. They offered each other thoughtful feedback and encouragement, which is always a tutor’s dream—students learning through collaboration and social constructivism. The open, daylit studio played an important role too; it gave us a bright, reflective space to review their work each day. Stepping out of the dark animation bays to plan and regroup brought a healthy rhythm to our process.

I would love to return in the near future, ideally for a longer stay, so we can explore skills and techniques in even greater depth. There’s always a sense that we could push certain activities further and continue building on the relational pedagogy we established together.

Interview conducted by Tim Leborgne for Films en Bretagne, March 2026.

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