Yvon Guillon, la FRESH Touch

FRESH ? C’est un programme émergent, entre Bretagne et Normandie, qui veut dire Filmer la Recherche En Sciences Humaines et Sociales. C’est une envie, celle de réunir deux mondes séparés, et qui s’ignorent le plus souvent malgré leurs cousinages : la recherche universitaire en Sciences Humaines, et le cinéma documentaire. A l’occasion de journées d’études, qui se déroulent à Caen le 20 et 21 juin, rencontre et portrait de leur initiateur, Yvon Guillon, figure enthousiaste du paysage audiovisuel rennais.

Qui à Rennes ne connaît pas Yvon, son sourire et son envie de faire “frétiller”, comme il dit, les choses autour de lui, de les faire bouger ? Lui voit sa vie professionnelle comme une démarche humaniste : « Maîtriser la technique et la technologie, c’est une chose. Mais c’est là-haut aussi que ca se passe, dans la tête, avec le bonheur, toujours, de voir naître de beaux projets ”. Dans les années 70, Yvon Guillon débute en animant Radio Vilaine, pendant sa durée de vie de 3 ans. D’emblée, il reconnait que les aventures les plus stimulantes ont souvent une fin ! Il n’en reste pas moins animé par l’envie de travailler sans murs ni frontières, en dressant des ponts entre les mondes.

Il rejoint Le CREA (Centre de Ressources et d’Etudes Audiovisuelles) de l’Université de Rennes 2 au début des années 80, en tant que producteur audiovisuel. Il pilote des ateliers de réalisation pour les étudiants et les enseignants, avec le soutien de France 3. A cette époque, la chaîne régionale diffusait les films nés de ces ateliers menés avec l’Université, des documentaires de 3 ou 4 minutes. Puis, c’est la grande aventure du cinéma d’animation en Bretagne, qui commence à Rennes en compagnie de Michel Guilloux et Jean-Pierre Lemouland. Sous le label AFRICA, ils organisent plus d’une vingtaine d’ateliers d’animation. La toute première pierre à l’édifice du genre, aujourd’hui en plein essor, est posée.

Yvon Guillon est donc devenu un spécialiste de l’éducation à l’Image. En 2008, il rencontre les enfants et familles qui vivent de part et d’autre du mur de séparation entre les Etats-Unis et le Mexique, à Tijuana.  » Welcome to Tijuana… », fredonne t-il en évoquant cette étape marquante de sa vie. Il anime avec d’autres, dont Joël Martins Da Silva, des ateliers avec des enfants mexicains et américains qui filment leurs pays, séparés de quelques mètres. Au Mexique, pour projeter les films réalisés,  » ça a été compliqué, les cinémas étaient fermés. Qu’est ce qu’on a fait ? On s’est servi du mur ! »

Médiateur mention documentaire

Après 20 années passées au CREA de Rennes 2, il fallait changer, évoluer. Il intègre la récente MSHB, la Maisons des Sciences Humaines de Bretagne, en tant que responsable multimédia. Il est également très engagé dans l’association rennaise Comptoir du Doc, et dont l’objet est de diffuser du documentaire. Son désir, c’est celui d’un décloisonnement nécessaire : faire que les cinéastes et les chercheurs travaillent ensemble autour du documentaire. « Rien de très nouveau. Regardez Edgar Morin, Jean Rouch… Aujourd’hui, personne ou presque ne travaille cette relation entre production d’images et recherche, alors que les questionnements sont foisonnants et intéressent de nombreuses professions ». Il développe donc une série de problématiques. En Sciences Humaines, comment le chercheur utilise-t-il l’image pour présenter ses recherches ? En documentaire, comment le réalisateur utilise la matière collectée par les Sciences, quel impact médiatique cela a-t-il pour le chercheur ? Comment mettre en place une production indépendante dans le domaine de la recherche? Quel modèle économique peut émerger d’une collaboration entre plusieurs Maisons et Laboratoires de Recherche, les réalisateurs, les professionnels de l’éducation à l’image, les producteurs et diffuseurs de contenus ? Autant de questions qui traversent FRESH.

Et enfin, last but not least, les films réalisés en atelier avec les enfants peuvent-ils donner lieu à des documentaires ? C’est précisément sur cette dernière question que porte les prochaines journées d’études à Caen. En compagnie de Benoit Raoulx, co-organisateur, Maître de conférence en géographie et documentariste, Yvon Guillon attend plus d’une trentaine de participants. Les discussions s’articuleront autour de films réalisés en ateliers et des thèmes de recherche comme l’Urbanisme ou l’égalité garçon/fille. Innovation, les films programmés sur ces journées sont visibles sur le site de Comptoir du Doc, partenaire de ces journées.

A noter également, La session d’automne de FRESH aura lieu à Rennes sur le thème de l’image d’archives. “ Notre ambition est de créer un rendez-vous récurrent, tous les 6 mois environ. Pour l’instant, c’est un partenariat entre la Bretagne et la Normandie, où nous sommes en alternance. Mais à terme, ça serait bien d’y intégrer les Pays de La Loire ”, précise Yvon Guillon.

Pauline Burguin

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