[vc_row][vc_column][mk_gallery images= »20514″ column= »1″ image_size= »full » collection_title= »Maxime Crupaux © Maxime Crupaux » disable_title= »true » item_id= »1494864527-5919d28f1e325″][vc_column_text]

Maxime Crupaux est scénariste et a notamment écrit pour la huitième saison de Section de Recherches. Alors qu’il s’est récemment installé à Dinan, il livre son parcours et son travail d’écriture de série pour la télévision.

– Films en Bretagne : Quel est votre parcours, avant l’écriture ?

Après des études à Sciences Po Rennes, j’ai fait un master de gestion de production à Paris 1. Quelques stages dans des sociétés de production et de distribution plus tard, j’ai décroché, en 2010, le poste de chargé du Bureau d’accueil des tournages d’Alsace. Pendant un an, j’y ai acquis une bonne connaissance des techniciens de cette région et appréhendé toute la dimension politique de ce travail. Finalement, j’ai quitté ce poste prenant conscience qu’il fallait que je me donne les moyens de me diriger vers l’écriture, le domaine qui me passionnait le plus et dans lequel je me sentais le plus à l’aise. Ce qui me parle en premier dans un film, cela reste le scénario, la qualité des intrigues, la profondeur des personnages et tout simplement ce que cela dit de la vie, du monde qui nous environne.

J’ai alors contacté Dominique Lancelot, productrice à l’époque chez Auteurs Associés, la société qui produit la série Section de Recherches. Elle cherchait quelqu’un pour faire de la coordination d’écriture. J’ai intégré l’équipe en 2011, en tant qu’assistant des scénaristes. La série était déjà bien en place avec quatorze épisodes par an et une écriture dix mois sur douze. Ce n’est pas une série révolutionnaire mais elle porte la fiction française en terme d’audiences et de retombées économiques. Elle a un autre grand avantage, celui de fournir du volume.

– Comment s’organise ce travail d’écriture ?

Cette série a une dynamique d’écriture et une dramaturgie particulières. Les épisodes se construisent collectivement avec quatre ou cinq scénaristes et plusieurs demi-journées de brainstorming par semaine. Au terme de ces séances, le collectif accouche d’une intrigue. Un auteur a apporté une idée, les autres sont des collaborateurs qui travaillent ensemble pour mettre en place cette idée. De séances en séances, mon travail était de compiler les éléments de chacun. Ces comptes rendus de séances permettaient, au gré des ajouts ou retours successifs, de faire émerger l’enquête. L’auteur qui apportait le sujet devait ensuite rédiger le séquencier. Au fil des allers-retours avec la chaîne, on avançait sur une deuxième version puis une version dialoguée. En tant que coordinateur, je devais pousser les auteurs vers leurs retranchements, questionner la crédibilité des intrigues, des personnages, puis je m’occupais de la passation du texte au plateau. Je devais référer à la productrice les questions soulevées sur le plateau pour envisager des ajustements. Je suis ensuite devenu directeur littéraire, j’avais plus d’interventionnisme dans l’écriture en communiquant d’égal à égal avec les auteurs. Sur la huitième saison, Dominique Lancelot m’a promu scénariste.

– En quoi ce travail sur « Section de Recherches » a-t-elle été une école pour vous ?

C’était une école très pratique, très empirique où j’ai appris l’écriture d’un certain type de fiction télé. J’y ai développé un regard assez précis sur la structure et les étapes de travail en amont des dialogues. Depuis, je travaille énormément sur séquencier, je questionne énormément chaque scène qui est pour moi comme un mini-scénario où il doit y avoir des conflits identifiés. Par la suite, j’ai ressenti le besoin de partir parce que je ne voulais pas m’installer dans le confort. Ce n’est pas non plus le genre de série que je regarde en tant que spectateur. Néanmoins, j’ai toujours aimé apprendre des techniques. Mon désir d’écrire a été concomitant avec les prémisses du renouvellement de la fiction télé en France.

– Qu’avez-vous fait après cette expérience fondatrice ?

Je suis parti un an à Los Angeles suivre un programme d’écriture spécifique à la série télé, UCLA Professional Program in Writing for TV. Les cours étaient dispensés par des scénaristes, showrunners et producteurs qui évoluent sur des séries. Les américains ont une capacité à mettre leur vie en fiction de façon beaucoup plus intuitive que nous et travaillent beaucoup sur pilotes. J’y ai appris ces méthodes qui ne se font pas forcément en France.

Nous avions trois modules d’écriture au cours de l’année d’étude : trois projets de scénario pour des séries déjà existantes, ils appellent ça des spec-scripts. Mon premier module était donc le scénario d’un épisode de The Walking Dead, qui n’a évidemment pas été vendu mais que j’ai pu écrire sous le patronage d’autres scénaristes. Mon deuxième projet portait sur la colonisation de Mars, et le troisième un biopic sur le marquis de La Fayette.

– Avez-vous été tenté de faire carrière là-bas ?

Non, je n’ai pas souhaité rester aux États-Unis parce qu’il aurait fallu que je recommence depuis le bas de l’échelle. L’industrie est totalement impitoyable mais revenir en France avec ce bagage n’était pas inintéressant. Aux États-Unis, il y a un travail incroyable en amont, notamment de documentation, qui participe aussi au travail d’un scénariste et tout aussi important que l’écriture en elle-même. J’y ai aussi appris à lever des complexes et pris conscience qu’il est important d’écrire sur son temps, sans tergiverser. Il y a une structure économique différente, des possibilités pour certaines chaînes de faire confiance aux créateurs, de prendre de vrais risques. C’est beaucoup plus difficile en France. Après, il y a aussi des fictions sans concessions, des créations de niches mais les niches là-bas touchent quand même plusieurs millions de spectateurs.

– Quels sont vos projets actuellement ?

J’ai deux projets de séries en développement. De Grâce, avec Ego Productions, se déroule au Havre et raconte l’histoire d’une famille qui fait face au deuil suite à la disparition mystérieuse en mer du père, pilote de remorqueur. C’est une série qui mêle des questionnements très intimes avec une ambition de mettre en lumière des populations marginalisées. Le projet a obtenu l’aide à l’écriture du Fonds d’aide à l’innovation du CNC en 2016.
Mon deuxième projet Gaïa (Nord-Ouest Films) s’intéresse au monde agricole : un exploitant est frappé par une maladie étrange et sa femme infirmière va quitter son travail pour sauver l’exploitation. La série suit son parcours de femme combattante confrontée à un milieu très masculin. J’ai envie d’amener la série vers le genre fantastique tout en conservant un ancrage sociétal. Sur ces deux projets, je travaille avec un co-auteur, Baptiste Fillon, qui est dans la même optique que moi sur la fiction.

– On imagine que cela reste difficile aujourd’hui de vivre du métier de scénariste…

Il se trouve qu’aujourd’hui en France, la fiction télé est le secteur le plus attractif. Les temps de gestation des projets sont plus rapides qu’au cinéma et il y a une dimension collaborative qui accélère le rythme de création des séries. Pour ma part, je vis de l’écriture depuis 2011. Cette année, j’ai pris des risques, m’étant désengagé de séries plus traditionnelles. Je renonce aussi à la possibilité de toucher des droits d’auteur à leur diffusion, qui en général doublent les revenus d’écriture. Si mes projets n’avancent pas comme je l’espère, j’envisagerai peut-être de refaire de la commande. Tout auteur souhaitant vivre de son métier peut se retrouver dans ces considérations. S’y ajoute la possibilité d’enseigner ou faire du consulting. J’ai pu en faire sur une série télé et ce n’était pas inintéressant. Je suis tout à fait prêt à rencontrer des auteurs, producteurs pour nouer des collaborations. Tout se discute, c’est une question d’énergies, de rencontres et d’affinités.

– Avez-vous des projets pour le cinéma ?

J’ai des envies d’écriture de longs-métrages et de les mettre en chantier cette année. Ce ne sont pas des projets très avancés et sans doute que je ne me sens pas autant à l’aise techniquement qu’en série. Mais je ne pense pas que ce soit insurmontable donc j’y travaille.
Plus que la question du format, ce sont les histoires qui m’intéressent. Ensuite, elles se déploient ou pas, et prennent des formes plus longues que d’autres. Je ne m’interdis rien à partir du moment où je me sens bien dans l’écriture. Cela peut emmener vers des chemins complètement différents. J’ai envie de m’amuser, d’explorer des choses très différentes. J’ai d’ailleurs un projet de court-métrage, Guérir (Fase Films) que j’ai envie de mettre en images. Je suis curieux de mettre cela à l’épreuve du plateau, de poursuivre le processus réflexif sur l’écriture via l’image et le montage.

– Pourquoi avoir fait le choix de venir vivre en Bretagne, à Dinan ?

Ce sont des raisons personnelles, un projet de vie de famille. Mais si ce déménagement n’est pas lié au professionnel, il influe évidemment. Mon nouveau cadre de vie est plus agréable, moins stressant et plus spacieux. Il y a de nombreux avantages à être ici mais aussi quelques inconvénients avec lesquels il faut composer : je suis moins réactif sur les rendez-vous par exemple. Aujourd’hui, il n’y a pas de possibilités pour un scénariste télé d’avoir une activité rémunératrice de façon continue en région sauf à quelques exceptions près, je dois donc continuer, pour le moment, à jongler entre ici et Paris.

– Le travail de scénariste demande de la discipline, comment sont rythmées vos journées ?

J’écris tous les jours même si ce n’est pas forcément des centaines de pages. Le matin, pour moi, est la période la plus propice à l’écriture. Je prends un carnet et je délaye ce qui me passe par la tête. Ensuite, je laisse reposer et en milieu de matinée, je me mets sur le projet du moment. Généralement en début d’après-midi, je suis assez inefficace donc je me repose ou bien je lis. C’est important de lire pour écrire, beaucoup de choses en ce qui me concerne, de la littérature, des essais, des revues. Parfois, je relis des ouvrages de méthodologie pour me faire des rappels. Il faut aussi sortir, s’aérer, bouger et voir des choses. Je me remets à écrire en fin d’après-midi, voire début de soirée. Parfois, je me laisse emporter jusqu’au bout de la nuit. Il s’agit de trouver un équilibre parce que l’écriture ne s’arrête pas dès qu’on pose son stylo. Il faut savoir s’écouter et être constant. Le fait de travailler sur différents projets, dans différents formats fait beaucoup de bien, cela aide à ne pas s’enfermer et à progresser. Je suis curieux de plein de choses mais il faut y aller tranquillement, en étant humble et travailleur. L’écriture c’est du travail et aussi du re-travail.

Propos recueillis par Yann Pichot

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