« Nous partageons et les gens nous accompagnent »

En janvier dernier, « Entre nous deux », le second long métrage de Nicolas Guillou, était présenté en avant-première à 320 exploitants de salles à l’occasion des rencontres de la Règle du jeu. Entretien avec le réalisateur qui sort son film le 12 mai.

De quoi nous parle votre second long métrage ?
Un jeune couple d’une trentaine d’années veut à tout prix s’isoler du tumulte de la vie pour prendre le temps de faire leur premier enfant. Seulement cela ne va pas être aussi simple car une avalanche d’évènements va les en empêcher et leur faire oublier leur obsession d’être parents.
Pourquoi avoir choisi ce sujet ?
Nous nous sommes dit que ce serait intéressant de montrer aux gens qui ont ce problème que ce n’est pas si dramatique. De montrer également que l’arrivée du premier enfant est un grand bouleversement pour tout l’entourage. Notamment pour les parents des géniteurs qui se retrouvent avec un statut de grands parents sans vraiment réaliser ce que cela va changer dans leur vie. On pense aussi qu’en allant voir ses amis, on pourrait avoir des conseils, et finalement ils ne nous apportent pas les réponses qu’on attend car eux-mêmes sont préoccupés par l’éducation de leurs enfants.
Plus on est obsédé par la réalisation d’un désir et moins on s’en approche. On bosse jusqu’à 30, 35 ans comme des forcenés et, soudain, on réalise qu’on n’a pas pris le temps de créer une famille. C’est un vrai problème de fond, et traiter ce sujet comme une comédie permet de le dédramatiser. On a déjà eu des retours sur le film, et beaucoup nous ont dit qu’il leur avait fait beaucoup de bien car ils se sentent moins seuls et ont pu rire de leurs soucis.

Nicolas Guillou et Alexandra Robert

Comment avez-vous financé votre film ?
Le Conseil général des Côtes d’Armor nous a aidé à hauteur de 18 000 €. On a fait un gros apport en industrie avec notre société Vent d’Ouest Production. La société Pijo Production nous a proposé d’ouvrir le capital du film via son site Touscoprod.com. Ainsi 1072 personnes sont devenues co-producteurs de notre film pour un total de 75 000 €. Le minimum de participation était de 10 € et certains ont investi jusqu’à 3000 €.
Vingt-six salles de la région Bretagne sont également devenues co-productrices par le biais de ce site. L’ensemble de tous ces apports nous a permis de financer le film dont le budget est de 652 000 €.
Pas de soutien du Conseil régional ?
Nous ne sommes pas très contents à ce niveau-là. Entre nous deux est un film qui se passe en Bretagne, ce n’est pas qu’un film. C’est aussi une très belle carte postale de la région. C’est important que les politiques nous aident, parce que le cinéma est une économie fragile. Et je trouve dommage d’être rejeté sur une subjectivité artistique. Le film est à 95% réalisé par des Bretons. Nous avons une société de long métrage bretonne dans les Côtes d’Armor, on se bat. On a généré des emplois ; une vingtaine de personnes sans compter les comédiens. C’est un début.
Que vous a apporté votre participation aux rencontres de la Règle du jeu ?
Si aujourd’hui, nous existons c’est grâce à la Règle du jeu. Cette association d’exploitants m’a accompagné, ils nous ont écoutés, encouragés pour mes premiers courts métrages, puis pour Terre de sang (premier long métrage de Nicolas Guillou, réalisé en 2005 / NDLR) et aujourd’hui ils m’accompagnent encore pour Entre nous deux. Ils ont été coproducteurs sur le film avec Cinéma 35, les Ecrans d’Armor. Ces gens de terrain aident les gens de terrain. C’est unique.
Nous partageons et les gens nous accompagnent.
Quels sont vos projets ?
On travaille sur un autre long-métrage : La Couleur de la rose. Une société de production anglaise, une allemande et une autre canadienne sont intéressées. Nous sommes encore un peu fragiles et ces gens-là sont prêts à s’investir à nos côtés. Tandis que le tissu français ne s’intéresse pas à nous parce que nous sommes trop petits.
J’ai des lettres d’engagement de François Berléand, Frédéric Diefenthal, Jean-Pierre Kalfon et de Valérie Kaprisky. J’ai proposé le scénario à la Région Bretagne et on me répond que le sujet n’est pas abouti alors que j’ai les engagements de tous ces comédiens. Je ne comprends pas, et nous sommes pleins d’interrogations. Je m’investis beaucoup sur le territoire breton et c’est dommage que nous n’y soyons pas reconnus.
Maintenant, le budget de ce prochain film est très élevé pour nous (7 millions d’euros), et c’est pour cette raison que nous sommes en partenariat avec des sociétés de production outre-Manche.
Pensez vous réitérer le même processus de coproduction que pour votre dernier long métrage ?
Notre système de fonctionnement se fait naturellement : on partage et les gens nous accompagnent. Maintenant le budget est très élevé, et ce peut-être une ouverture pour continuer cette aventure humaine.
Nous avons commencé avec nos idées, nos envies, c’est à nos politiques de nous accompagner sur cette économie. Ils font des budgets pour ça. Je trouve bien que l’on accompagne d’autres productions qui viennent en Bretagne, cela montre que nous sommes ouverts. Mais regardons d’un peu plus près l’économie bretonne… Nous aurions pu être encouragé. J’espère que cela va changer.
Ce travail demande beaucoup d’énergie et on est parfois autocentré, mal reconnu… Il y a des entités fortes qui sont bien implantées comme Films en Bretagne, le bureau d’accueil des tournages. C’est vraiment une région qui va de l’avant.
Nos films sont nos films, on a le mérite d’aller au bout de nos projets. Fabrice Richard, qui est un chef opérateur reconnu, nous a fait confiance, il s’est investi à fond. Il est temps de penser que, oui, nous faisons du cinéma, oui, nous générons des emplois. Il est possible que nous n’ayons pas cette reconnaissance du milieu puisque nous sommes autodidactes. Nous avons eu beaucoup de mal à essuyer les retours de la profession avec Terre de sang. Et pourtant, nous l’avons vendu à Canal+ et il a été classé Arts et Essais. Ils n’étaient pas obligés de le prendre.
Tout ce qui existe aujourd’hui vient de ce que nous sommes. Il est bon d’en tenir compte. Il y a un potentiel de talents artistiques ici en Bretagne et c’est génial. Il ne faut pas perdre de temps. Faire du cinéma, cela englobe l’économie, le patrimoine et le tourisme de notre région.

Propos recueillis par Sabine Gombert-Gouérou
Entre nous deux
Durée : 1h27
Sortie sur les écrans le 12 mai 2010 (20 copies argentiques et 60 numériques)
Avec : Alexandra Robert, Nicolas Guillou, Monique Le Negaret, Frédérique Bel, Yvan Mahé, Laurent Chandemerle, Julien Bertheux
Image : Fabrice Richard, Patrick Bertuccelli
Musique : Jean-Marc Illien
Production et distribution : Vent d’Ouest Production

Photo : Yvan Mahé et Monique Le Negaret © Vent d’Ouest Production

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