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Le dernier film documentaire du réalisateur rennais Larbi Benchiha, « Bons baisers de Moruroa » sera en compétition officielle au Fespaco, entre le 25 février et le 4 mars prochain à Ouagadougou, après sa sélection à la 14è édition du Fifo à Tahiti. Rencontre avec ce cinéaste engagé dont la démarche documentaire propose de décrypter des enjeux de société. 

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Premières images, le faire avec

C’est en tant qu’éducateur social que Larbi Benchiha commence à travailler dans les rues rennaises, auprès de jeunes en rupture scolaire. Il se trouve que dans la maison de quartier où travaille le futur réalisateur de documentaires traîne une caméra super 8. Celle-ci devient un outil pédagogique pour le groupe et le début d’une démarche cinématographique pour Larbi Benchiha. Il apprend alors à faire ses premiers cadres, à monter, à projeter et à faire avec. Il filme les jeunes, découvre des trajectoires, se questionne sur les problématiques sociales qui les habitent tout en leur proposant de s’adonner à la fiction. Le quotidien et le quartier marquent profondément ces histoires.

Larbi Benchiha emmène l’équipe en Côtes d’Armor travailler à l’écriture d’un de leur court métrage avec le poète Yvon Le Men, entre deux sorties d’équitation ! De retour à Rennes et après le tournage en pellicule naît un premier film, L’Entre-Tours. Nous sommes en 1991, la vocation de Larbi se dessine en même temps que les bases d’une démarche documentaire forte. « Mon travail d’éducateur a été déterminant dans ma manière d’aborder les gens, petit à petit, et de les filmer. Je commence sans caméra. Lorsque je commence à filmer, la moitié du film est déjà réalisée. C’est l’approche qui est la chose la plus importante et qui correspond à mon univers cinématographique : le cinéma d’immersion, » raconte le réalisateur.

Raconter la société n’est plus une option mais bien une évidence. Larbi Benchiha quitte son poste d’éducateur pour une formation de journaliste reporter d’images à l’école des métiers de l’image, Les Gobelins. Il revient à Rennes en tant que stagiaire à TV Rennes, et devient pigiste pour plusieurs télévisions. Il rencontre René Vautier, le « cinéaste combattant » pour qui il va travailler.  « Cette rencontre a été déterminante dans ma vie, et dans ma pensée documentaire. L’idée d’un cinéma engagé s’est confirmée. Faire du cinéma documentaire m’est apparu comme une possibilité de dire la société » confie Larbi Benchiha.

Le réalisateur se balade dans les rues de Rennes, caméra sur l’épaule. C’est comme cela qu’il rencontre un groupe de jeunes qui vit « sous » le Liberté à Rennes, « la bande des chiens ». Il leur rend visite quotidiennement, toujours avec sa caméra même s’il ne filme pas. Ce seront les jeunes qui lanceront le « ça tourne ». 6 mois plus tard, en 1997, naît le premier documentaire de Larbi Benchiha Home d’infortune.
« Lorsque j’ai réalisé ce film, j’ai eu le sentiment de comprendre le monde de la rue. J’allais régulièrement manger avec les jeunes au restaurant social Le Fourneau par exemple. C’est là que j’ai commencé à échanger avec Yannick, un sdf. J’ai vite su qu’il y avait un film à faire avec lui. Un film, c’est avant tout le fruit d’une rencontre pour moi » affirme le réalisateur. Yannick habite alors dans un abri au pied d’un immeuble. Comme il a rendu visite aux jeunes du Liberté, Larbi Benchiha prend le temps de la discussion qu’il inscrit dans le quotidien. Lorsque Yannick valide le tournage, le réalisateur choisi le temps d’une cassette de 30 minutes qui correspond au temps que Yannick met pour déguster sa pomme. Le film La vie sans toit est là.

A celui-ci succède Home squat, le wagon des punks qui conclura la trilogie du réalisateur consacrée aux gens vivant dans la rue. Encore une fois, c’est le souci de la rencontre qui amène Larbi Benchiha à réaliser ce film. « Ce groupe de jeunes s’était installé au port du Légué à Saint-Brieuc. Ils avaient construit des barrières autour d’un wagon désaffecté. Je savais qu’il y avait une vie à l’intérieur de cet espace. Comme pour mes films précédents, j’ai pris mon temps. C’était une micro-société aux abords de laquelle je passais régulièrement, jusqu’au jour où j’ai poussé la porte. Les habitants ne m’ont jamais demandé de justifier ma présence. C’était un lieu d’une liberté incroyable. En leur proposant de projeter mes films documentaires, ils ont pu découvrir ma pratique, des liens se sont tissés et j’ai filmé leur quotidien sur une année » explique Larbi Benchiha.

Cette démarche d’approche tout en douceur, petit à petit, ne le quittera plus. Et c’est toujours avec le « ça tourne » donné par ses personnages que le réalisateur commence à filmer. Le réalisateur est avec, et fait avec ceux qu’il filme.

Rendre lisible des enjeux de société

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Larbi Benchiha ne se limite pas à cette démarche. Le réalisateur se veut porteur d’une voix publique, accessible à tous. « L’enjeu pour moi est de faire des films que la société puisse s’approprier. Et à ce moment-là, la question fondamentale est pourquoi devient-on marginal ? On peut passer devant les choses, les voir au quotidien, sans les comprendre. Par le cinéma documentaire et une distance juste, on peut donner à entendre une problématique et la rendre partageable. Cela créé de l’empathie, et on peut s’approprier ce qui, selon moi, nous concerne tous puisque nous interagissons au sein d’un seul et même espace collectif. Je travaille souvent avec des gens qui vivent à la lisière de la société, des règlementations, ou d’un mode culturel. L’enjeu est de casser cette lisière et de la rendre poreuse pour que les gens puissent imaginer une circulation entre leurs différents mondes.

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Il s’agit de se comprendre, pas juste de se regarder. Il faut créer des rapports car là où il n’y a pas d’échanges, c’est le repli qui prend la relève », développe Larbi Benchiha. En filmant, le réalisateur nous propose de regarder là où, habituellement, le regard se détourne et de comprendre des chemins de vie. C’est dans ce souci de rendre lisible que le réalisateur commence à s’intéresser aux essais nucléaires, et surtout à leur impact sur les populations et leur environnement.

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Le documentaire, une voie pour aller plus loin

« J’ai commencé la trilogie sur les conséquences des essais nucléaires en 2008 avec le film Vent de sable, le Sahara des essais nucléaires. Pendant le tournage, j’ai appris que la France avait continué ses expérimentations militaires jusqu’en 1966 en Algérie alors que le pays était indépendant depuis quatre ans. Il me semblait alors indispensable de continuer à explorer ce qui était caché. C’est comme cela qu’est né L’Algérie, De Gaulle et la bombe en 2010. Je ne pouvais pas laisser cette histoire dans l’ombre. »
La ligne de force de son dernier film Bons baisers de Moruroa est d’aller encore plus loin. Il s’agit d’y montrer les conséquences des radiations sur le long terme, sur plusieurs générations. « Cela nous concerne tous. En France, on ne parle pas de ces sujets ! Alors que dès les années 1960, le biologiste Jean Rostand affirmait que le nucléaire altérait le génome humain ! Nous le savions. Les essais ont eu lieu, loin des pays commanditaires, mais dans des zones peuplées, » raconte Larbi Benchiha. Avec ses films, il souhaite aller au-delà du témoignage. Son souci est avant tout de relier ces histoires aux nôtres, de nous inscrire dans l’Histoire, celle commune à chaque citoyen. En travaillant sur ces histoires du passé, Larbi Benchiha nous propose d’expliquer certains éléments de notre présent pour donner la possibilité d’éclairer notre futur.
« Dans mon travail, je cherche à dépasser la narration d’un passé, même si ma démarche s’inscrit dans un souci mémoriel. J’espère que ces films serviront aux générations à venir. Les sujets que je traite ne sont pas pris en charge par l’histoire officielle, ils sont toujours un peu à la marge, un petit peu occultés, parfois instrumentalisés politiquement. Pourtant, ici il s’agit d’une question de santé publique ! »

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« Je fais un travail de terrain où j’essaye de révéler ce qui a été enfoui. Il ne s’agit pas de regarder, il s’agit de comprendre les enjeux qui appartiennent à notre société et de les transmettre en les rendant publics. » Passionné par la recherche autour de ce sujet et animé par la nécessité de dire, le réalisateur continue son travail pour écrire un quatrième film. Il s’agira de questionner l’histoire de l’exploitation des mines d’uranium en Bretagne nettoyage des déchets générés par cette exploitation. « Il faut bien que l’histoire sociale des anciennes mines d’uranium s’écrive un jour. Nous le devons aux générations qui nous succèderont, » conclue le réalisateur.

Larbi Benchiha, cherche, creuse, discute et créé pour rendre les histoires qu’ils rencontrent partageables et activer les consciences qui ne pourront plus affirmer qu’elles ne savaient pas.

Clara-Luce Pueyo

Image de Une issue de L’Algérie, De Gaulle et la bombe © Aligal productions


Bons baisers de Moruroa

Ecrit et réalisé par Larbi Benchiha

Une production Aligal Productions

En coproduction avec France 3 Bretagne et avec le soutien du CNC, de la Région Bretagne, de la Procirep-Angoa.

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Le site du Fespaco où sera projeté samedi 25 février « Bons baisers de Moruroa »

Lire l’article sur le Festival International du Film Océanien publié sur le Blog Documentaire[/vc_column_text][/vc_column_inner][vc_column_inner width= »1/3″][mk_image src= »https://filmsenbretagne.org/wp-content/uploads/2017/02/Mururoa.jpg » image_height= »1200″ align= »center » animation= »right-to-left »][/vc_column_inner][/vc_row_inner][/mk_content_box][/vc_column][/vc_row]