Islam pour mémoire : le pari de la distribution

Le 22 mars sort sur les écrans français le très beau long-métrage documentaire de Bénédicte Pagnot, Islam pour mémoire, produit par Gilles Padovani. Cet événement est l’aboutissement d’un parcours de production parsemé d’embûches et d’un mode de distribution maison. Andrew Huart, jeune assistant multicartes chez .Mille et Une. Films, nous en parle. 

À 31 ans, Andrew Huart a déjà plusieurs vies. Après des études et quelques années de carrière dans le travail social, il choisit d’emprunter des chemins de traverse et d’explorer le monde du spectacle vivant et des festivals en Bretagne. Des voies détournées qui l’ont mené à .Mille et Une. Films, à Rennes, où il a fait le choix de s’arrêter. Il nous parle de son parcours et de ce poste qu’il occupe depuis deux ans, de son rôle pour la visibilité et dans la distribution du premier long-métrage documentaire de Bénédicte Pagnot, Islam pour mémoire, qui sort en salles cette semaine.

– Films en Bretagne : Vos études ne vous destinaient pas à travailler dans la production audiovisuelle. Comment en êtes-vous arrivé à faire ce choix ?

Je n’avais même jamais pensé que c’était possible avant de me donner cette chance de travailler dans ce qui me passionne, les arts vivants et plus généralement l’expression artistique. C’était en 2012. C’est après avoir occupé plusieurs postes dans différents domaines artistiques que j’ai décidé de m’intéresser à la production. Je me suis formé comme assistant de production au sein de la Licence Pro GPAME (1) de l’Université Rennes 1. J’ai fait mon stage chez .Mille et Une. Films, en tant qu’assistant de production et de communication. À la fin du stage, plutôt que de laisser la place à un nouveau stagiaire comme ça se faisait jusque-là, Gilles Padovani a parlé de créer un poste pour travailler de manière plus continue à la visibilité des films de son catalogue. La création d’un tel poste ne relève pas de l’évidence, c’est un signe fort : il place ainsi le travail sur la visibilité des films au cœur de son engagement de producteur. Le projet m’intéressait, et je suis resté.

– Comment définiriez-vous ce poste, quelles sont vos fonctions dans la société ?

L’intitulé de mon poste est celui d’assistant de production, mais il déborde largement ce terme en réalité. Je suis en charge de la distribution des films – projections et éditions DVD principalement – et de la communication – réseaux sociaux, site internet et relations presse. J’assiste aussi bien Gilles que les autres membres de l’équipe à la production, mais aussi dans la vie de la société. L’identité de .Mille et Une. Films est forte, avec plus de 70 films produits en 20 ans, c’est ce qui me sert de base pour communiquer. Nous avançons projet par projet et 90% de notre énergie est concentrée dans leur fabrication. Mon rôle est de faire en sorte que les films rencontrent leur public, et donc que nos messages passent.

– Ce qui n’est pas une mince affaire ! Islam pour mémoire est un film dit fragile, en dépit d’indéniables qualités formelles, de la richesse des thématiques abordées et des réflexions auxquelles il invite. C’est un des trop rares premiers longs-métrages documentaires à être produit en région et je crois qu’il n’a pas été simple à produire.

Le film a été long à écrire et à réaliser, c’est un projet complexe qui a beaucoup évolué à toutes les étapes – notamment avec le décès du personnage principal, Abdelwahab Meddeb – et jusqu’à la fin du montage. C’est un film de cinéma, avec les moyens que ça implique, beaucoup de voyages, mais avec une équipe restreinte, très investie dans le projet. C’est en effet un pari en termes de production. Nous n’avons pas obtenu beaucoup de moyens : seuls la Région Bretagne et le Département des Côtes d’Armor nous ont soutenus. Et nous l’avons produit dans une logique que je qualifierai d’empirique, à l’image de ce côté mosaïque du film, dans la continuité de la pensée d’Abdelwahab Meddeb.

– Comment prépare-t-on une sortie nationale et comment avez-vous travaillé à faire connaître le film avant cette sortie ? Avec qui avez-vous collaboré en ce sens ?

J’aurais aimé qu’on ait eu un peu plus de temps pour préparer cette sortie, pouvoir envoyer le film en festivals pendant un an, afin qu’il arrive sur les écrans en ayant construit sa réputation. Nous avons saisi une autre opportunité stratégique, celle d’une sortie pendant la campagne électorale des présidentielles françaises. Nous nous sommes assez naturellement rapprochés de la société parisienne Iskra pour leur proposer de distribuer le film. Nous connaissons bien cette société de production et de distribution pour avoir, entre autres, coproduit Saigneurs (encore sur les écrans). C’est un vrai pari pour eux aussi : s’engager à défendre un premier long-métrage documentaire aussi exigeant, d’une réalisatrice qui n’est pas « connue », et qui parle d’Islam, c’est risqué. D’autant plus qu’un film comme celui-ci a besoin d’être porté dans la durée et avec beaucoup d’attention. Iskra a donc choisi de monter une équipe pour mettre en place une stratégie de distribution et de communication au cordeau.

Le distributeur a fait appel à une programmatrice, Marie Demart, et à Philippe Hagué, en charge des relations avec les associations et les partenariats hors médias. Tandis que Marie s’occupe de l’exploitation en salles, Philippe entre en contact avec les réseaux susceptibles d’être intéressés par les thématiques du film et le cinéma documentaire. Autant de relais pour nous, partout en France, qu’ils tentent de rendre acteurs de la programmation. Ils nous ont vraiment associé à leurs prises de décisions à chaque étape. J’apprends la distribution auprès de tout ce petit monde en tant qu’assistant/pivot/facilitateur ! Nous travaillons également avec Stanislas Baudry, l’attaché de presse de Dégradé, une fiction palestinienne que nous avons coproduite l’an passé : il s’occupe des grands médias. Et moi, des relais locaux ou des médias et des filières plus spécialisés.

Je dispose d’un certain nombre d’outils communs, j’ai pu en créer d’autres. Il y a facebook et les réseaux sociaux, qu’anime Etienne Delcambre, community manager du film, pour que nos messages soient partagés, et ce sans être détournés : l’Islam est un sujet sensible, comme j’ai pu le vérifier à plusieurs reprises ! À ce jour, la bande-annonce a été vue plus de 31000 fois et partagée plus de 500 fois sur facebook, ce qui est vraiment bien pour un film comme celui-ci. Je cherche sur les réseaux tous les relais possibles. Nous travaillons également sur des partenariats médias dans une logique de valorisation des contenus et d’échange de visibilité. Nous avons la chance d’avoir Médiapart, Philosophie magazine et Saphir News à nos côtés.
Il m’a aussi fallu travailler bien en amont sur le choix des supports, papier et numériques, qui sont autant d’entrées différentes dans le film, son histoire, son univers. J’ai ainsi créé un site dédié, où de nombreux contenus sont accessibles. J’ai élaboré un dossier de presse, ainsi qu’un dépliant 4 pages que nous choisissons d’offrir aux exploitants qui programment le film, une façon d’affirmer notre foi dans son potentiel.
Selon les données dont je dispose aujourd’hui, le film sortira dans une petite dizaine de salles partout en France la première semaine, et une seule salle parisienne, Les 3 Luxembourg, en programmation quotidienne. S’y ajoutent deux séances spéciales par semaine, suivies d’un débat avec des intellectuels, chercheurs, écrivains…. Il sortira également en banlieue et il y aura pas mal de projections dans l’Ouest, notamment une tournée avec Zoom Bretagne, ce qui permettra à Bénédicte d’accompagner le film auprès du public breton.

– Et ensuite ?

Nous continuons à communiquer sur le film et son actualité et à activer un maximum de réseaux pour que les exploitants donnent la chance au public de rencontrer le film. Pour ma part, je vais bientôt commencer à réfléchir à la seconde vie du film, son exploitation non-commerciale, des séances isolées et d’autres dans le cadre le Mois du Film Documentaire. C’est une prochaine étape de notre stratégie de distribution mais à moyen terme. Le parcours du film en salles prime avant tout. Les médiathèques et les associations viendront plus tard. Ce qui est intéressant, c’est que les films ont aujourd’hui plusieurs chances d’atteindre leur public. Nous allons travailler sur une sortie DVD pour 2018. J’aimerais aussi beaucoup que .Mille et Une. Films et son catalogue prennent le virage de la VOD. Ce sera un de mes prochains gros dossiers côté distribution.

Propos recueillis par Gaell B. Lerays

(1) Licence Pro Gestion de Production Audiovisuelle, Multimédia et Événementielle.

Programmation 1ère semaine

Le film est diffusé en sortie nationale dans les salles suivantes :
• Paris – Les 3 Luxembourg
• Brest – Cinéma Les Studios
• Nantes – Cinéma Le Concorde
• Lyon – Cinéma-Opéra
• Marseille – Cinéma Le César
• Rennes – Ciné-TNB

Avec plusieurs séances spéciales :
• Le 22 à 21h : grande première aux 3 Luxembourg (Paris 6e) en présence de la réalisatrice et de l’équipe du film
• Le 24 aux 3 Luxembourg également, séance suivie d’une discussion avec Lucette Valensi, historienne et directrice d’études émérite de École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) , « Islam éclairé contre islam fanatique ».
• Le 24 à 14h30 au Ciné Toboggan à Décines : dans le cadre de Les Ecrans du Doc – 7ème édition , séance suivie d’un café discussion au bar du centre culturel.
• Le 26 à 11h : au Cinéma Escurial , Paris 13e, séance suivie d’une rencontre avec la réalisatrice Bénédicte Pagnot dans le cadre des « Dimanches du documentaire ».

Toute la programmation en temps réel ici.

Festivals

2017 : Festival International de Cinéma Méditerranéen de Tétouan, Maroc. Compétition Documentaires
2017 : Festivals : Itinérances, Alès, Sélection
2017 : Al Ard Doc Film Festival, Cagliari. Sélection
2016 : Traces de vie – Clermont-Ferrand : première mondiale en compétition Regard documentaire « Hors Frontières »

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