Gwendal Quistrebert : dans le sillage de Jean Grémillon

Lauréat 2010 du concours  »Scénario d’une nouvelle » du Festival Travelling de Rennes, Gwendal Quistrebert a bravé les éléments en tournant  »Captif » cet automne à Brest. Le film sera diffusé le 23 février à Travelling dans le cadre d’un programme inédit de courts métrages qui permet de découvrir cinq films, cinq cinéastes, cinq productions, cinq univers partageant un lien avec la Bretagne.

– Pourquoi avoir choisi cette saison pour tourner en extérieur ?

– Gwendal Quistrebert : je voulais tourner à l’automne pour profiter au maximum d’un temps variable et jouer avec la lumière pour définir des atmosphères, des moments différents. Dans mon film, il y a peu de dialogues et la lumière a une grande importance : elle donne la tonalité d’une scène ou de l’humeur d’un personnage, du moins je l’espère.
Je viens de la lumière et je voulais exploiter le potentiel de Brest sous la pluie ou juste après la pluie : cette lumière très particulière et très belle quand le soleil perce après une ondée, surtout avec le soleil d’hiver… ou bien la nuit, les routes qui luisent sous les réverbères ou les phares des voitures. Je vais faire rire tout le monde mais je n’ai pas eu autant de pluie que je le souhaitais !
En revanche, nous avons eu les changements de temps espérés et souvent au bon moment. Globalement, nous avons eu beaucoup de chance avec le temps. Et puis, j’ai toujours eu l’impression que tout s’arrangeait pour le mieux sur le tournage. Nous avons tourné sept jours à Brest, beaucoup autour du Port de Commerce, au cours D’Ajot, devant le tribunal, sans oublier les célèbres escaliers du film Remorques de Jean Grémillon.

– Comment cette aventure a-t-elle commencé ?

– G.Q. : j’ai écrit l’adaptation de la nouvelle Le Captif d’Asli Erdogan pour le concours Le scénario d’une nouvelle organisé par le festival Travelling en 2010. L’histoire se passe en Turquie. Nous suivons le cheminement – et surtout les états d’âme – d’une jeune femme jusqu’à la porte d’une prison au moment où son compagnon est transféré ailleurs. J’ai transposé assez librement cette histoire. L’homme est un clandestin arrivé à Brest par bateau…
J’ai été lauréat du concours et j’ai donc gagné les droits d’adaptation de la nouvelle mais l’aventure ne faisait que commencer. Ensuite il a fallu que je trouve une production, ce qui n’a pas été si facile. Au bout de six mois, une production parisienne, Back in Town, avec qui je venais de travailler comme chef électro, m’a répondu favorablement. Puis il a fallu trouver le financement, les acteurs, les lieux de tournage. Tout cela prend du temps. Pour moi, cela fera trois ans à la prochaine édition de Travelling.

– Comment êtes-vous venu à la réalisation ?

– G.Q. : je crois que j’ai toujours eu envie de réaliser. A la fac, j’ai emprunté une caméra au département audiovisuel et j’ai réalisé un court avec des copains. Ensuite, j’ai été objecteur de conscience à l’ARC (Atelier Régional Cinématographique) à Quimper et j’ai appris sur le tas en m’occupant du matériel en location.
Ce qui m’a beaucoup plu dès le départ, c’est le travail de la lumière. Je suis électro depuis une douzaine d’années et je travaille essentiellement sur des tournages de fiction. J’ai eu le temps de voir comment se passe un tournage et d’acquérir de l’expérience.
Quant à écrire un scénario, j’ai fait des études de lettres et surtout j’en ai lu beaucoup, en plus de ceux des films pour lesquels j’ai travaillé. Ecrire un scénario ne me semblait donc pas hors de portée. Et avant celui-là, j’en ai écrit un certain nombre mais c’est le premier qui a vraiment abouti.

– Premier tournage, première direction d’acteur. Comment ça s’est passé ?

– G.Q. : j’avais déjà fait un autre film mais il y a longtemps. J’avais tourné en U-matic et la copie est en VHS. Il était déjà sans dialogues et je jouais dedans ! Il a été diffusé au festival de Douarnenez. Ca date… Cette fois-ci, j’avais de vrais comédiens. Les deux comédiens principaux sont Marie Denarnaud et Manu Couderc. Marie a accepté tout de suite. J’ai beaucoup travaillé en amont avec elle et du coup ça a été assez simple au tournage.
Par contre pour le rôle masculin, trois jours avant le tournage je n’avais plus d’acteur. Celui que j’avais choisi a eu un empêchement de dernière minute ! J’ai dû faire passer des castings à distance, via le téléphone de ma productrice ! J’ai demandé que les comédiens se présentent et qu’ils marchent de dos puis face à la caméra. La production m’envoyait les images. C’était un peu fou !

– Sur quels critères avez-vous choisi ?

– G.Q. : comme je l’ai déjà dit : au cinéma, il y a quelque chose de magique car tout finit par s’arranger. L’avant-veille du tournage, je devais choisir entre trois acteurs. J’ai discuté par téléphone avec chacun d’entre eux et puis j’ai dû faire mon choix. Pas si simple ! Et j’ai choisi Manu. C’est quelqu’un d’agréable et de réceptif, très à l’écoute même s’il est très bavard ! Sa fragilité passe dans son regard et c’est ce que je voulais.
Il s’est tout de suite bien entendu avec Marie. Il avait moins d’expérience qu’elle mais son enthousiasme et son envie compensaient. Les diriger était vraiment très agréable et stimulant.

Propos recueillis par Jenny Kéguiner

Séance unique, en présence des équipes des films le samedi 23 février – 16 h – Cinéma Gaumont
L’Etre Filmé de Thierry Goron, 2011, France, 6’, Couleur. Hanani Experiences, Filme-moi ta plume. Avec Flavien Nyers et la voiture rouge.
Un homme à l’existence banale est immobile dans un monde en mouvement, modeste, tellement silencieux dans le vacarme moderne qu’il en devient étrange, bizarre. Isolé dans la foule.

Je rentrais de Jean-Christophe Dartois, 2013, France, 10’, Couleur. Paris-Brest productions. Avec Yoan Charles, Philippe Languille, Anne Pia, Rémi Creissels, Manou Bourdier, Salila Quéré
Guillaume, un jeune homme de 23 ans, rentre d’un voyage de plusieurs mois en Inde. Il retrouve sa ville, sa famille, son travail. Il subit l’étrangeté du retour. Voyager : percer une porte sur un autre monde. Lauréat du concours de scénarii Estran 5.

Captif de Gwendal Quistrebert, 2013, France, 17’30, Couleur. Back in Town. Avec Marie Denarnaud, Manu Couderc
Un port de commerce, une nuit. Nuri débarque clandestinement d’un cargo. Une nuit, Alice repasse soigneusement la robe qu’elle portera le lendemain. Une rencontre à deux temps. Lauréat du concours  »Scénario d’une nouvelle » – Travelling Istanbul.

Son Indochine de Bruno Collet, 2012, 9’50, Animation. Vivement Lundi !, Blink productions. Avec Claude Cottineau, Suzie Ripoche, Evelyne Grandjean, Dominique Engelhardt
Lors de l’anniversaire d’Emile, un événement fait ressortir son passé d’ancien combattant. Un passé qu’une partie de sa famille ne veut plus entendre…

9m2 de Sandy Seneschal, 2013, 21’40, Couleur. Sensito Films. Avec Adélaïde Leroux, Catherine Riaux, Sylvain Dieuaide, Emmanuelle Hiron, Nicolas Petisoff.
Enlevée et séquestrée entre quatre murs, Lola doit survivre à son quotidien.

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