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C’est déjà un gros succès de librairie en Allemagne! Les aventures en terre bretonne du Commissaire Dupin, qui passionnent tant de lecteurs Outre-Rhin, vont aussi devenir un téléfilm. Et dans cette histoire, le mystère est partout : dans les enquêtes du policier autant que dans l’identité cachée de l’auteur. Pauline Burguin s’est glissée dans les coulisses du tournage.

Un matin d’automne sur les départementales du Sud-Finistère, je fais route vers Pont-Aven où se déroule le tournage du premier volet du téléfilm allemand Bretonische Verhältnisse. J’y retrouve le producteur exécutif Björn Andren et l’équipe de régisseurs bretons choisis pour le tournage de l’adaptation de cette histoire inventée par un mystérieux auteur allemand caché derrière le pseudonyme de Jean-Luc Bannalec.

Bretonische Verhältnisse, ein Fall für Kommissar Dupin est devenu un beau succès de librairie en Allemagne, avec plus de 500 000 exemplaires vendus. Parmi les raisons qui expliquent ce succès, il y a ce sympathique commissaire aux allures de Columbo que l’auteur imagine dans un décor, la Bretagne, qu’il connait visiblement très bien. Il nous emmène sur la piste du meurtrier de l’hôtelier Pierre-Louis Pennec, de Concarneau à Pont-Aven, où le commissaire se perd dans les couleurs du tableau de Paul Gauguin « La vision du sermon ». Jean-Luc Bannalec échafaude toute son histoire à partir de ce tableau, dont l’original est resté pendant des années accroché sur les murs du restaurant d’un hôtel de Pont-Aven tenu par ce Pierre-Louis Pennec.[/vc_column_text][mk_gallery images= »2463,2464″ column= »2″ height= »310″ frame_style= »simple » disable_title= »false » image_quality= »1″ pagination= »false » count= »10″ pagination_style= »1″ order= »ASC » orderby= »date »][vc_column_text disable_pattern= »true » align= »left » margin_bottom= »0″]

L’enquête de Dupin traverse donc aussi l’histoire de l’Art et des peintres inspirés par la Bretagne à la fin du 19ème siècle. De nombreuses sociétés de production allemandes se sont manifestées auprès de l’auteur pour adapter le roman à l’écran. C’est au producteur Mathias Lösel, familier des paysages de l’Ouest de la France, que Jean-Luc Bannalec a fait confiance pour adapter son premier tome en 90 minutes. Ça tourne.

Ambiances de tournage

J’arrive un peu avant 9 heures sur le petit port de la ville sur l’Aven où une agitation inhabituelle modifie la circulation. Devant l’hôtel Central, quelques voitures de police stationnent moteur éteint mais gyros allumés. Sur la terrasse baignée d’une lumière douce, une caméra est scrutée par un homme concentré, les projecteurs sont à poste, comme fondus dans le décor naturel. Des techniciens entrent et sortent de l’hôtel, sous le regard d’un groupe de policiers. Légèrement intimidée, je tombe sur Stéphane Philippe, un régisseur déjà croisé sur des festivals en Bretagne. Il a une oreillette, observe et agit avec précision. Il m’accompagne à l’intérieur de l’hôtel et me voilà au milieu d’une petite faune de techniciens du cinéma germanophones.

Au comptoir, la patronne nous sert un café et Stéphane, occupé à louer un véhicule pour les besoins du tournage, répond à mes questions d’un air un peu distrait. Le régisseur général, Frédéric Le Gall, est parti très tôt ce matin récupérer des valises allemandes perdues entre deux aéroports. Je demande à Stéphane pourquoi les policiers sont là. Il sourit malicieusement : la scène qui se prépare ce matin à l’hôtel Central est un moment clé du téléfilm. Le commissaire Dupin a peut-être mis la main sur un suspect ! Les policiers croisés quelques instants plus tôt sont des figurants français et les voitures de police ont été louées spécialement pour le tournage. Je suis bluffée, je n’avais pas discerné les vrais des faux policiers. La patronne renchérit, me confiant être ravie de cette agitation. Certes, elle avait des réservations prévues à cette période mais l’équipe du tournage est tellement sympathique qu’elle ne voit pas le temps passer. Et puis « cette histoire, quel mystère ! On a eu un défilé de touristes allemands, cet été, sur les traces de ce commissaire Dupin et des lieux évoqués dans le livre. »

Secrets de repérages

Je sors de ma rêverie, on m’invite gentiment à évacuer l’hôtel. Sur la terrasse, je retrouve Frédéric Le Gall et Björn Andren, producteur exécutif du film pour la société française GMT Productions. Nous nous rendons 500 mètres plus loin, jusqu’à l’espace restauration du tournage. Je voudrais en savoir plus sur cet auteur, mais Frédéric et Björn restent évasifs. Apparemment, on préfère entretenir le mystère. Bien décidée à découvrir quelques secrets de tournage, je lance la discussion sur les décors du film : « C’est la première fois que je suis amené à faire des repérages sans scénario. Compte tenu de la mise en production un peu précipitée du film, le scénario n’était pas traduit début juillet lorsque j’ai commencé à repérer. Heureusement, il n’y avait qu’une vingtaine de décors à trouver, ce qui est assez peu et le roman est très précis en termes de description géographique. J’ai dû imaginer des choses par moi-même, ce qui au final a plutôt été un avantage, même si le risque était de proposer des décors complètement à côté de la plaque ! » Frédéric Le Gall a commencé les repérages début juillet durant un mois puis a poursuivi avec le « production designer » (directeur artistique, ndlr), Florian Langmaark, pendant deux autres semaines. « Concernant Pont-Aven, nous avons dû redoubler d’imagination car le musée, où devaient être tournées plusieurs scènes, est en travaux jusqu’en 2014. Notre décor principal aurait dû être l’hôtel des Ajoncs d’or comme cela est décrit dans le roman. Mais il jouxte le musée, et on a appris fin juillet que des baraques de chantiers allaient être installées sur la place devant l’entrée de l’hôtel, ce qui rendait notre tournage impossible. Nous avons demandé à ce que le chantier soit stoppé pour le tournage mais cela n’a pas été possible. Au final, on a trouvé cet hôtel sur le port de Pont-Aven, l’hôtel des Mimosas, et nous avons reconstitué une salle de musée dans une maison particulière. Pour chacun des vingt décors du film, j’ai fait quatre à cinq propositions différentes au réalisateur et à partir du 19 août nous sommes rentrés dans la préparation concrète du tournage ».

Une expérience singulièrement agréable

Frédéric remarque que l’ambiance allemande du tournage est détendue et moins “prise de tête” que ce qu’il voit parfois sur des tournages français. L’organisation d’un tournage allemand est en effet un peu différente. Chez les Allemands, c’est le « location manager » qui s’occupe des repérages et de l’organisation pratique du tournage : demande d’arrêtés municipaux, choix et réservation des commodités… Ensuite sur le plateau, le « set manager » prend le relais. Il occupe une fonction qui est l’équivalent d’un second assistant à la réalisation et du régisseur plateau à la française. En Allemagne, le premier assistant à la réalisation ne gère pas l’organisation du plateau et la régie ne s’occupe pas du catering (les fameux casse-croûte) car c’est la cantine qui s’en occupe. Le temps de travail est aussi organisé et comptabilisé un peu différemment. Pour les Allemands, les 30 minutes de petit déjeuner du matin font partie du temps de travail et à midi, ils n’ont qu’une courte pause de 30 minutes, là où en France, l’heure du déjeuner est « sacrée ».

L’amplitude horaire sur un tournage allemand semble un peu plus importante, la journée de tournage dure 10 heures suivie éventuellement d’heures supplémentaires. En France, la journée syndicale est de 8 heures sans intégrer la pause déjeuner et bien souvent le temps de travail réglementaire est dépassé. En définitive, les salaires allemands et français sont équivalents en net, mais compte tenu des charges un technicien français coûte plus cher à la production qu’un technicien allemand. Le protection sociale n’est évidemment pas la même, l’intermittence du spectacle n’ayant pas d’équivalent Outre-Rhin.
Autre différence : s’il y a des gens compétents partout dans les deux pays, pour les productions allemandes, embaucher local est une évidence car dans les länders allemands, il y a des chaînes de télévision de plein exercice et des sociétés de production sur tout le territoire. Au total, sur les 40 techniciens embauchés sur le tournage de Bretonische Verhältnisse, 8 sont français, essentiellement aux postes de régie et de décoration. La sortie du téléfilm est prévue à Pâques 2014 sur la chaîne ARD (groupement public de diffuseurs régionaux allemands) et le tournage de deux nouveaux épisodes aura lieu à l’automne prochain. Le Kommissar Dupin n’a pas dit son dernier mot !

Pauline Burguin

Photo en Une : l’hôtel central, haut-lieu de l’enquête du Kommissar Dupin[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]