Début d’année enchanté pour les Films de l’Heure Bleue

En mars dernier, Corto Fajal, Brewenn Hellec et Thomas Guentch présentaient leur nouvelle société Les films de l’Heure Bleue (1). Moins d’un an plus tard, le trio accompagne un premier long métrage en Panorama à la Berlinale, tandis que d’autres films ou projets se distinguent auprès de commissions sélectives…

Entretien avec Thomas Guentch (2), producteur de ces films.

– Films en Bretagne : Cette rentrée est chargée avec de nombreux projets qui aboutissent, des sélections ou soutiens sélectifs, la société a fait un sacré bond en un an, comment l’expliquez-vous ?

Thomas Guentch : « Oui, on a beaucoup de bonnes nouvelles, ces derniers temps. C’est sans doute le fruit de la politique de développement assez lourde que nous avions mise en place avant même de créer l’Heure Bleue. Dès l’année précédente, chacun d’entre nous a enclenché plusieurs projets, de formats et de genres différents, en se disant que peut-être tous ne se feraient pas mais surtout pour leur laisser du temps… La période de développement est cruciale pour les auteurs comme pour les producteurs, c’est important de ne pas brûler les étapes, d’accompagner l’écriture dans la longueur, vers la qualité. Aujourd’hui on est content de voir aboutir ou se consolider les films, issus de ces deux années de travail. »

Commençons avec le tout récent tournage de fiction qui s’achève tout juste…

« Le chien perdu de François Mitterrand est le troisième film du réalisateur italien, Alberto Segre, et son premier de cette ampleur, un moyen métrage qui est aussi un film d’époque (les années 90) avec de nombreux décors et beaucoup de comédiens. Le tournage s’est fait majoritairement en Bretagne, à Rennes, notamment au Parlement de Bretagne, et à St Malo, avec une journée parisienne sur les dix au total. Nous avons rencontré Alberto et son projet au Festival de cinéma de Brive où il participait aux séances de pitch, et notre coproductrice Louise Hentgen de Bobilux (Bordeaux), qui a initié le projet. »

Côté fiction courte toujours, le projet Jeter l’ancre un seul jour, co-écrit par Paul Marques Duarte et Blandine Jet, vient d’obtenir la bourse Beaumarchais. Ce sont deux auteurs que vous suivez depuis longtemps, ils travaillent aujourd’hui ensemble. Comment les avez-vous rencontrés et accompagnés sur ce projet ?

« Je suis ravi qu’ils obtiennent ce deuxième prix (3), c’est un super encouragement !

Avec Paul Marques Duarte c’est une longue histoire. Je l’ai rencontré à Courts en Betton, il y a plus de cinq ans. Il y montrait ses premiers films de lycéen, des films autoproduits. Je l’ai très vite accompagné de manière informelle sur ses premières expérimentations visuelles. En 2015, il a participé à l’appel des cinéastes à Calais. Il s’est rendu très souvent là-bas, y a rencontré un jeune migrant et l’a accueilli chez lui. Il a eu envie d’écrire un film à partir de cette histoire, sur cette thématique d’actualité et sur l’engagement citoyen. Et c’est là qu’est entrée en jeu, Blandine Jet. Je connais Blandine depuis longtemps aussi, à l’époque elle écrivait et mettait en scène pour le théâtre (3). Depuis deux ans, elle s’est réorientée vers le cinéma et la télévision. Je les ai encouragés à travailler ensemble, car même si Paul a déjà réalisé, ce projet est un premier film produit, particulièrement intime et portant une véritable vision d’auteur. Il lui fallait prendre de la distance avec ce qu’il a vécu avec ce jeune réfugier, recréer une histoire. Paul et Blandine ont vite formé un beau duo d’écriture, et ont décalé leur regard pour aborder la question de la crise migratoire et interroger le geste citoyen.

Le film est pré-acheté par France 2, TVR, Tébéo, Tébésud et soutenu par la Région Bretagne, nous prévoyons le tournage sur un Ferry à l’automne prochain. »

Côté auteurs fidèles ou fidélité à des auteurs, vous produisez les deux prochains documentaires de Jonathan Millet dont vous avez déjà accompagné deux fictions. Deux projets distingués tout récemment…

« Oui, pour l’un d’eux, Dernières nouvelles des étoiles, cela aura été un long parcours de production ! Il s’agit d’un film destiné au cinéma, une plongée immersive dans le quotidien des hivernants d’une base scientifique en Antarctique. Un film sur la solitude extrême pour lequel Jonathan a mis en place un tournage à distance pour ne pas fausser cette expérience, assez unique, d’isolement : après un long temps de préparation, la caméra a été confiée à l’un des scientifiques. Le film va mettre en relation ces images réelles à une matière sonore fictionnée. Il vient de recevoir le Below Zero Pitch award qui récompense le projet à la forme la plus innovante dans le cadre du North Pitch – Below Zero organisé par EDN autour de documentaires arctiques. Dans la continuité de ces rencontres norvégiennes (5), nous envisageons une coproduction avec la Scandinavie. Le film sera en montage à partir de février avec Vincent Tricon, nommé aux César 2017 pour son travail sur Divines.

Nous avons eu une autre bonne nouvelle en ce début d’année pour le second projet de Jonathan que nous développons. Les corps d’Osiris a obtenu la Bourse Brouillon d’un rêve (SCAM), de quoi nous donner des ailes pour poursuivre l’écriture du projet. Il se tournera l’an prochain dans un centre de soins post-traumatiques, à Marseille. Pour ce documentaire, nous avons participé aux Rencontres d’Août à Lussas cet été (l’an dernier nous y étions déjà avec Dernières nouvelles des étoiles) et cela a énormément profité au projet.

Oui, on peut parler d’accompagnement sur la durée avec Jonathan (6), nous avons fait ensemble notre premier film, Old Love Desert. C’est d’ailleurs à cette occasion que j’ai rencontré Mickaël Clouet et Rita El Quessar de la société marocaine Pan productions. Ils faisaient alors leurs études à l’Esra et ont ensuite monter leur structure à Casablanca. Quelques années après cette première collaboration, ils m’ont proposé de coproduire avec eux avec le 5ème long-métrage d’Hicham Lasri

Transition toute trouvée pour évoquer enfin votre premier long métrage. Vous vous préparez à rejoindre, à Berlin, l’équipe de Headbang Lullaby d’Hicham Lasri pour sa première mondiale, un grand moment en perspective…

« … Oui c’est fou ! La Berlinale est un rendez-vous majeur pour le cinéma indépendant, et cette sélection est une formidable mise en valeur du film et une belle reconnaissance. On ne mesurait pas vraiment l’impact de cette sélection, même en Panorama, sur la visibilité du film. Depuis l’annonce officielle des sélections berlinoises, on a eu une vingtaine d’appels ou de mails de distributeurs, de vendeurs, de journalistes qui veulent voir le film. Le festival fait un superbe travail de mise en valeur des films, auprès des professionnels et de la presse avec l’organisation de rendez-vous, d’une conférence de presse pendant l’événement, de projections, et une plateforme de visionnage en ligne. On a déjà un vendeur international, Paul Thiltges Distribution, pour qui le choix a été assez naturel puisqu’il était déjà vendeur des précédents films d’Hicham. Berlin sera l’occasion de rencontrer d’autres partenaires pour la suite du film.

Nous y allons en nombre : les trois producteurs de l’Heure Bleue, les producteurs marocains, le chef opérateur, le compositeur, la monteuse, une vraie délégation autour d’Hicham Lasri !

Le film s’est fabriqué entre le Maroc et la Bretagne, et si le cinéaste n’en est pas à son coup d’essai, c’est le premier long de nombre de membres de l’équipe, racontez-nous :

Nous avons tourné intégralement au Maroc et toute la post-production s’est faite à Rennes chez AGM Factory. Effectivement, c’est notre premier long-métrage, c’est aussi le cas pour le chef opérateur, Charles-Hubert Morin et la monteuse Mona-Lise Lanfant. Charles-Hubert a travaillé avec nous dès nos premiers films (les courts de Jonathan notamment) et on a voulu qu’il soit de cette aventure. Hicham Lasri est très ouvert à de nouvelles collaborations. Il est surtout soucieux de la qualité des relations de travail, l’expérience importe peu tant que l’envie et les compétences sont là. C’est quelqu’un qui a une vision, qui fonce et qui a souvent eu à œuvrer à plusieurs postes sur ses premiers films. En cela, cette production a été très différente pour lui. Le fait de venir six mois à Rennes pour la post-production, loin de chez lui, a été un peu violent mais aussi très bénéfique, car il a eu l’occasion se concentrer et de travailler dans un seul et même studio entouré de collaborateurs de création dédiés à son projet, avec de vraies belles rencontres humaines.

La Région Bretagne, tout comme l’aide aux Cinémas du monde du CNC, a été un fond déterminant sur ce projet, c’est ce qui a permis de consolider la coproduction, de la rendre cohérente et de construire une belle passerelle entre la Bretagne et le Maroc, avec comme point d’orgue la présentation du film lors du Festival Travelling, qui explore cette année la cinématographie marocaine.

Propos recueillis par Elodie Sonnefraud

Première mondiale le 12 février à 21h30 au Festival International du Film de Berlin.

Hicham Lasri sera l’un des cinéastes invités de Travelling. Six de ses films sont programmés dans la section Portraits de cinéastes [Urba-ciné]. L’avant-première de Headbang Lullaby est prévue le 14 février 20h45 au ciné-TNB.

(1) Lire l’article publié à la création des Films de l’Heure Bleue.

(2) Lire la présentation de Thomas Guentch, producteur émergent bénéficiaire du dispositif Estran 6.

(3) Jeter l’ancre un seul jour a déjà remporté le Prix Côté-Court (Pantin) du meilleur projet de film.

(4) Au sein de la compagnie de théâtre professionnelle, Légitime folie.

(5) Le North Pitch – Below Zero se tient mi-janvier à Tromsø en Norvège, Dernières nouvelles des étoiles y était présenté par Jonathan Millet et la coproductrice du film Aleksandra Chevreux (Docks66).

(6) Thomas Guentch a déjà produit deux des courts-métrages de Jonathan Millet Old Love desert et Tu tournes en rond et tu es dévoré par le feu.


  • Le chien perdu de François Mitterrand de Alberto Segre,

Une coproduction Les Films de l’Heure Bleue / Bobilux. Avec le soutien de la Région Bretagne , du CNC, du Conseil départemental du Finistère, du Fonds Image de la diversité, de l’Adami et avec la participation de France 2, TVR, Tébéo, Tébésud.

  •  Dernières nouvelles des étoiles de Jonathan Millet

Une coproduction Docks66 / Les Films de l’Heure Bleue. Avec le soutien du CNC contribution financière et des régions Bretagne et PACA.

  • Les corps d’Osiris de Jonathan Millet

Une coproduction Les Films de l’Heure Bleue / TITA Productions. Avec le soutien du CNC (Fonds d’Aide à l’Innovation Audiovisuelle et fonds Images de la diversité), et des régions Bretagne et PACA.

  • Headbang Lullaby de Hicham Lasri

Une coproduction Pan Production / Les Films de l’Heure Bleue. Avec la participation d’AGM Factory, le soutien du Centre Cinématographique Marocain, du Centre National de la Cinématographie et de l’image animée, de la Région Bretagne, de l’Organisation Internationale de la Francophonie, du Doha Film Institute, de l’AFAC (Arab Fund for arts and Culture), et du Forum of Namur (FIFF) 2014.

En savoir +

Lien(s) en relation avec ce sujet

Le site des Films de l’Heure Bleue

La page Programme de la Berlinale

La page programme de Travelling

La page Facebook de l’avant-première rennaise

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