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Il est un métier du cinéma dont on parle assez peu en tant que tel. Peut-être parce qu’il est rare, en région au moins, que l’on s’y consacre exclusivement. C’est pourtant le cas de Manon Poudoulec, professionnelle installée en Bretagne depuis une dizaine d’années, et dont le casting est devenu, un peu par hasard, et finalement par affinité, l’activité principale. Rencontre à l’occasion de la sortie prochaine de Fleur de Tonnerre, un long métrage soutenu par la Région Bretagne, dont Manon Poudoulec a assuré le casting local. 

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Faire du casting une activité professionnelle à part entière, en région ? Encore difficile à imaginer il y a quelques années. À la fois conséquence de l’accroissement des tournages accueillis sur le territoire et preuve de la professionnalisation de la filière bretonne, c’est aujourd’hui le métier, le seul, de Manon Poudoulec.

Cette jolie brune, avenante et sympathique, a bâti son nid petit à petit. Originaire de Blois, elle fait un premier pas vers le 7e art en quittant sa ville pour faire une fac de cinéma à Montpellier. « Seulement un DEUG », confie-t-elle. L’envie de terrain est la plus forte. Se présente l’opportunité de premiers stages avec Lazennec tout court en Languedoc Roussillon, la jeune femme tire le fil, rencontre des équipes, conforte son envie de cinéma, et décide « d’aller à Paris pour travailler ».

Elle fait alors ses premières armes deux ans durant, grâce au court métrage. Un travail sans salaire mais « qui reste une formidable opportunité » et, pour Manon, « la meilleure façon d’apprendre ». « C’est mieux aujourd’hui, parce qu’on est payé sur les courts », convient-elle, mais elle répète aussi combien ces nombreux stages, à défaut de la faire vivre, ont été déterminants et définitivement formateurs dans son parcours.

Sur les tournages qui s’enchaînent, elle se fait tour à tour régisseuse, scripte, se voit chargée – souvent – du casting figurants, devient deuxième, puis première assistante. La jeune femme évolue alors sans idée arrêtée sur l’itinéraire professionnel à suivre : « ce qui m’intéressait c’était l’image, la réalisation, la direction d’acteurs. Mon envie c’était plutôt de devenir assistante de réalisation. »

On commence à lui proposer des projets « plus professionnels », économiquement plus solides. Courts métrages, toujours, mais aussi pubs, clips : Manon étend son savoir-faire et touche à d’autres postes, comme le secrétariat de production. Nous sommes en 2002-2003, elle est intermittente, travaille, et travaillera les années qui suivent, sans beaucoup de temps morts, commençant d’éprouver son goût et son talent pour le casting, en réalisant celui du long métrage de Lorraine Lévy La première fois que j’ai eu vingt ans, en 2004.

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Puis vient le moment. Elle et son compagnon, Christophe Vallée, choisissent de quitter Paris pour se construire une vie différente de celle que leur offre la capitale. Destination : Bretagne, Côtes d’Armor. Le couple s’établit à Erquy. « Nous voulions nous installer dans le Morbihan ou dans les Côtes d’Armor, pour le littoral, les paysages. À Erquy, il y avait ça, la côte, et aussi les infrastructures, la possibilité de développer le projet que nous portions à l’époque. »
Leur objectif : fonder un institut de formation professionnelle dédié à l’écriture de scénario (premier assistant réalisateur, Christophe Vallée est également formateur scénariste). La structure ouvre en 2006 et fonctionnera jusqu’en 2009, date à laquelle le couple préfère jeter l’éponge. France Télévision, premier pourvoyeur de stagiaires pour l’institut, gèle en effet ses financements suite à la fin de la publicité sur les antennes du service public.

Christophe et Manon se projettent alors dans une autre aventure. C’est le temps de la Fée clochette, une société de production, établie à Saint Brieuc où le couple a emménagé. Quand à nouveau les difficultés surviennent, Manon cherche à rebondir et envisage un temps de retravailler à Paris. Elle décide cependant de tenter auparavant sa chance sur place, sollicite les réseaux professionnels et mobilise toute son énergie à se faire connaître. « Je connaissais Films en Bretagne et le Bureau d’Accueil des tournages, raconte-telle. Je me suis inscrite sur la base TAF (1) et je me suis battue pour travailler. »

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Sa détermination paie. En 2010, on fait appel à elle pour les repérages et le casting d’un premier film, tourné en Finistère : le long métrage de Julien Maury et Alexandre Bustillo, Livide. Au même moment, elle est sollicitée pour accompagner le documentaire que Ross Mc Elwee s’apprête à tourner à Saint-Quay-Portrieux : Photographic Memory. Deux missions qu’elle mène de concert.

Puis elle enchaîne, tous azimuts : clip de Nolwenn, courts métrages. Au fil des collaborations, ses attributions s’étoffent. Viennent les téléfilms, en 2012. Il y a d’abord le casting rôles de Meurtres à Saint Malo puis suivent, pour Septembre Productions, ceux d’Une Femme dans la révolution, tourné dans les Côtes d’Armor, et d’Au nom des fils, l’année suivante. Progressivement, Manon se spécialise, abandonne les repérages « qui sont ici (en Bretagne, ndlr) plutôt l’apanage des régisseurs. » Elle a désormais la certitude que son truc à elle, c’est le casting. « À cette période, on m’a proposé de devenir deuxième assistante, et j’ai refusé. » C’est au casting « qu'(elle) se sent le plus proche du metteur en scène ; à cet endroit qu’on est un véritable collaborateur artistique ! ».

De fil en aiguilles, la jeune femme se taille donc un costume sur mesure. « Je suis arrivée au bon moment, sourit-elle, il y avait sans doute une place à prendre. Nous ne sommes pas nombreuses,  nous avons des profils différents, et je suis la seule dans les Côtes d’Armor. Sonia (Larue, ndlr), par exemple, ne fait que du casting rôles (elle est par ailleurs réalisatrice, ndlr). Moi je fais du casting rôles et figuration, et rien d’autre. »

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Le vivier de Manon, ce sont les comédiens qui vivent en Bretagne. Les postes à pourvoir : des premiers rôles, pour le court métrage essentiellement, des seconds – généralement -, puis des « petits », dont on n’attend que quelques mots. Avec le temps, Manon connaît son monde et sait aller chercher certains profils. Son plaisir, c’est en même temps la découverte « dans  un secteur   qui se renouvelle vite, avec des comédiens aux horizons et formations diverses, plus souvent issus du spectacle vivant, et puis beaucoup de Parisiens qui viennent ou reviennent s’installer en région maintenant que les possibilités professionnelles existent davantage. »

Il est aussi fréquent de recruter des non-professionnels, « souvent un choix du réalisateur. » Dès lors, c’est une autre approche, une autre méthode de travail. Pour savoir à qui elle a affaire, Manon évalue ses comédiens d’un jour « sur des situations, des improvisations ciblées ». Que les comédiens soient amateurs ou non, la jeune femme a généralement le champ libre dans ses recherches et aussi dans ses choix. « Il est rare d’avoir des indications précises du réalisateur pour se guider » explique-t-elle.

Il faut donc savoir prendre l’initiative. Il faut aussi savoir travailler vite. Le directeur de casting ne fait en effet pas partie des premiers en piste quand un tournage se prépare. Dans le cas de Fleur de Tonnerre (2), « le directeur de production m’a contactée un mois avant, raconte Manon. Un mois c’est peu, mais ce n’est pas rare. Ce tournage, j’en entendais parler depuis longtemps. Il était prévu qu’il soit tourné dans les environs (de Saint-Brieuc, ndlr). Puis il a été repoussé. J’étais très intéressée, même en sachant que les moyens étaient modestes », avoue la jeune femme, qui se félicite de pouvoir aujourd’hui travailler en choisissant les projets sur lesquels elle s’engage.

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« Fleur de Tonnerre », c’est un des très bons souvenirs de Manon. Pour le film, elle avait à pourvoir une dizaine de petits rôles. Une centaine de figurants et silhouettes constituaient le reste – et le gros – des troupes à rassembler. Elle raconte, enthousiaste : « je prévois une journée d’essais, (soit un timing très serré, ndlr), à la fin nous retenons neuf comédiens ! C’est la première fois que cela m’arrive. » La réalisatrice lui fait confiance et ne demande pas à revoir quiconque avant le tournage. La réalisatrice, c’est Stéphanie Pillonca : « une femme extra, généreuse, bienveillante… Quelqu’un de serein, qui sait dire oui, bien que ce soit son premier long métrage. » Et Manon poursuit : « pour la figuration, ça a été pareil : tout a été validé », regrettant soudain, amusée : « je n’ai pas réussi à trouver suffisamment de gueules cassées, de physiques abîmés, j’étais presque frustrée de ne pas avoir à chercher davantage, que ça passe comme ça… » Pour trouver aux personnages les corps cabossés pour les servir, comment s’y prendre ? « Le casting c’est le seul endroit où on peut mettre une annonce en spécifiant des caractéristiques physiques, ethniques, etc. Je ne m’en prive pas, je suis aussi précise que possible et je m’autorise à aller assez loin quand je rédige un profil », explique Manon.

Une chose la gêne en revanche : « je refuse, quand on me demande de trouver des comédiens ou figurants non payés ». Elle précise du même coup ses prérogatives en matière d’embauche : « pour les figurants c’est ma responsabilité, c’est moi qui fais les contrats. » Une part administrative « potentiellement lourde à traiter, même avec quelqu’un pour vous assister », mais un désagrément largement compensé par l’intérêt du poste et ses autres facettes. Aussi Manon raconte une expérience récente, et inédite, qui l’a ravie : « sur le tournage de L’Accident, en 2016, j’ai été coach pour les enfants qui tournaient, j’ai adoré ça, j’aimerais le faire plus souvent ! »

En ce moment c’est une période creuse, pour les tournages, et donc dans l’emploi du temps de la jeune directrice de casting. Il y a longtemps que ça n’était pas arrivé et, bien sûr, il est bienvenu de souffler un peu. Mais au-delà, à quoi pense-t-on ? « Je suis complètement autodidacte, confie Manon, on se pose toujours des questions. J’ai pensé un moment faire un long métrage en tant qu’assistante, de casting pour avoir une vision plus claire, plus complète de mon métier. Un producteur pour qui j’ai travaillé m’en a dissuadée et m’a rassurée en me disant que, si ma façon de faire donnait satisfaction, c’est que c’était la bonne façon faire ! ». A bon entendeur…

Charlotte Avignon

(1) La base TAF (pour Techniciens, Artistes et Figurants en régions) est la base de données du réseau Film France, elle recense et actualise les compétences professionnelles des régions. Les inscriptions sont administrées localement par les commissions du film locales, implantées dans les régions.

(2) Long métrage, coécrit par Stéphanie Pillonca et Gustave Kervern d’après le roman éponyme de Jean Teulé (Editions Julliard), réalisé par Stéphanie Pillonca et produit par JPG Films (en coproduction avec Les Productions du Ch’timi et Nexus Factory. Tourné intégralement en Bretagne à Moncontour (22) et Auray (56). Toute la post-production (excepté le montage image) a été effectué dans les studios d’AGM Factory. Le film a bénéficié du soutien de la Région Bretagne (aide financière et aide logistique d’Accueil des tournages en Bretagne). En salles dès le 18 janvier (Sophie Dulac distribution).

Photo de Une © Charlotte Avignon

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Filmographie (casting) , non exhaustive

2017 – Ôtez-moi d’un doute, de Carine Tardieu – Karé Productions
2017 – Sales gosses, de Frédéric Quiring – Les Films du 24
2016 – Fleur de tonnerre, de Stéphanie Pillonca – JPG Films
2016 – Juillet août, de Diastème – Karé Productions
2016 – West Coast, de Benjamin Weill – Jerico et Mars Films
2016 – L’Inconnu de Brocéliande (téléfilm), de Vincent Giovanni – La Compagnie des Phares et balises
2016 – Les premiers les derniers, de Bouli Lanners – ADCB Films
2015 – Et ta sœur, de Marion Vernoux – Les Films du Kiosque
2015 – Neuf jours en hiver (téléfilm), de Alain Tasma – Roche Production
2015 – Joséphine, ange gardien : Légendes d’Armor (série télé) – DEMD Productions
2014 – Kommissar Dupin – Bretonische Brandung (téléfilm), de Thomas Roth – Filmpool fiction GmbH avec .Mille et Une. Films
2014 – Allegro ma non troppo (court métrage), d’Alissa Wenz – Folle Allure
2014 – Au nom des fils (téléfilm), de Christian Faure – Septembre Production
2014 – Avec Lou (court métrage), d’Isabelle Schapira – Punchline Cinéma
2013 – Chez nous c’est trois !, de Claude Duty – Local Films
2013 – Meurtres à… : Meurtres à Saint-Malo (série télé), de Lionel Bailliu, produit par Quad Télévision
2012 -Médecin-chef à la Santé (téléfilm), de Yves Rénier – Capa Drama
2012 – Sea, No Sex & Sun, de Christophe Turpin – Quasar Pictures
2011 – Livide, de Julien Maury et Alexandre Bustillo – La Fabrique 2
2004 – La première fois que j’ai eu 20 ans, de Lorraine Lévy – Arena Films[/vc_column_text][/mk_custom_box][/vc_column][/vc_row]